Dimanche 18 octobre 2026, au Festival de Sitges, en Catalogne, Peter Jackson a donné en une phrase la réponse la plus nette à une question qui traîne depuis quinze ans. Interrogé sur ses projets, le réalisateur néo-zélandais a répondu, selon le compte rendu de ScreenRant repris en France par Dexerto et Konbini : "Le scénario de Tintin 2, le deuxième film, est également fini. Il s'agira du prochain film que je réaliserai."

La déclaration est claire, elle vient de l'intéressé, et elle a un contenu précis : le scénario existe, il a été écrit avec Fran Walsh, sa coscénariste de toujours. Jackson a précisé dans le même souffle que le tournage de La Traque de Gollum, réalisé par Andy Serkis, touchait à sa fin - environ deux semaines de production restantes - et que The Shadow of the Past, l'autre film tiré de Tolkien, en était encore au stade de l'écriture. Autrement dit : son calendrier se libère.
Ce que l'annonce ne dit pas
Tout le reste manque. Aucune date de sortie, aucun début de production, aucun album d'Hergé confirmé. Konbini le rappelle sans détour : Les Sept Boules de cristal et Le Temple du Soleil reviennent le plus souvent dans les conjectures, mais rien n'a été officialisé. Aucune confirmation de studio non plus : pas de communiqué de Sony ou de Paramount, pas de budget, pas de casting. Et pas un mot sur Steven Spielberg, dont le rôle de producteur - annoncé au moment du premier film et repris tel quel par un post du compte @ActuaNewsFr en mai 2026 - n'a pas été reconfirmé depuis.
Car c'est là le point sensible. Ce que Jackson a livré à Sitges est une déclaration d'auteur en festival, pas une décision industrielle. Un scénario terminé n'est pas un film financé. Entre les deux, il y a un studio qui engage plus d'une centaine de millions de dollars, un pipeline de capture de mouvement à remettre en route, un calendrier de sortie à trouver et une distribution mondiale à négocier. Rien de tout cela n'a été annoncé.
Trois annonces en six mois
La répétition est devenue le vrai sujet. En mai 2026, à Cannes, où il recevait une Palme d'or d'honneur, Jackson confiait déjà travailler sur le scénario : "Je suis en train d'écrire la suite de Tintin avec Fran Walsh. J'y travaille activement, même ici à l'hôtel." En juillet, dans un entretien à Gold Derby relayé par Première, il allait plus loin : "Fran et moi avons écrit le scénario du prochain film Tintin", avant d'ajouter, avec une prudence révélatrice : "le prochain film que je vais réaliser sera probablement cette suite de Tintin".
Entre juillet et octobre, le "probablement" a disparu. C'est le seul changement mesurable. Pour le reste, les trois annonces se ressemblent : un scénario, une intention, et zéro élément nouveau sur le financement ou la date. Begeek avait, dès le mois de mai, dressé la liste des promesses antérieures : le projet annoncé par Jackson à la sortie du premier volet, la sortie avancée par Kathleen Kennedy pour Noël 2014 ou l'été 2015, la relance par Spielberg en 2018, puis Andy Serkis assurant au Festival d'Annecy que le film vivait toujours dans l'esprit du cinéaste. Le site comparait Tintin 2 à The Winds of Winter de George R.R. Martin, ce qui n'est pas un compliment.
Sur les réseaux, l'enthousiasme vient surtout des agrégateurs
L'ampleur de la vague mérite d'être regardée de près. Le post le plus vu n'est pas celui d'un fan : c'est celui du compte agrégateur @DiscussingFilm, qui a relayé la phrase de Sitges le 18 octobre à 19h35 UTC. Au lendemain de la publication, il affichait environ 1,63 million de vues, 60 500 "likes", 5 250 partages et 1 850 citations - de très loin le meilleur score relevé sur le sujet. Le Français @CineHDFR a suivi avec un laconique "LET'S GO" et 43 "likes".
Les messages de spectateurs, eux, tiennent surtout du soupir de soulagement. Le 19 octobre, @GaaryWrld écrivait : "Ça va faire 15 ans que j'attends la suite de ce film putain et ça va enfin arriver 🥹" - environ 4 500 vues et 287 "likes". Sur Reddit, un internaute s'étonnait qu'il ait fallu si longtemps pour avoir une suite "malgré le fait que celui de Spielberg était bon". Ces messages ne constituent pas un sondage : ils illustrent deux tonalités, la joie et le reproche rétrospectif, sans permettre de dire laquelle domine.
L'ironie, elle, a des preuves tangibles. Le 10 janvier 2019, le compte @LePointPop publiait déjà : "Tintin 2 confirmé avec Peter Jackson et Steven Spielberg aux commandes". En mai 2026, @ActuaNewsFr annonçait "Tintin 2 avance enfin", avec un "scénario en cours" et un "Spielberg impliqué". La première de ces deux affirmations était alors exacte : Jackson écrivait bien le scénario, comme il l'avait annoncé à Cannes le 13 mai. La seconde, en revanche, n'a pas été reconfirmée depuis - le nom de Spielberg n'a pas été prononcé à Sitges. Voilà comment une information ancienne se recycle en actualité : sans vérification nouvelle, parce que la case "Tintin" du tableau des projets maudits doit rester remplie.
L'obstacle n'est pas la volonté, c'est l'économie du film
Il serait injuste de traiter Jackson de mythomane. Un réalisateur de cette stature ne cite pas publiquement son prochain film par hasard, et l'écriture d'un scénario avec Fran Walsh est un travail réel, pas une intention de principe. La lecture charitable est même la plus probable : le projet avance, lentement, parce qu'il est difficile à monter.
Les chiffres du premier volet expliquent pourquoi. Le Secret de la Licorne n'avait rapporté que 77 millions de dollars aux États-Unis en 2011, mais l'international avait largement compensé, avec un total mondial situé entre 300 et 374 millions de dollars selon les décomptes. Traduction : la valeur commerciale de Tintin repose sur l'Europe francophone, la France et la Belgique en tête, pas sur le marché américain. Pour un studio, c'est une équation moins confortable qu'un blockbuster familial adossé au marché américain - il faut sécuriser les recettes à l'étranger avant de lancer un film de capture de mouvement, format coûteux et lent, sans star en chair et en os pour porter l'affiche.

À cela s'ajoutent des facteurs personnels et industriels que Begeek rappelle : la mort du chef opérateur Andrew Lesnie, en 2015, a compliqué pour Jackson le retour sur un plateau, et le cinéaste a surtout tourné des documentaires depuis Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées en 2014 - Pour les soldats tombés, The Beatles: Get Back. Sa dernière fiction remonte à douze ans. On ne redémarre pas une machine de capture de mouvement par nostalgie.
Ce qu'il faudrait voir pour y croire
Trois signaux changeraient la nature de l'annonce : un distributeur et un studio nommés, un album officiellement choisi, une date de tournage. Un quatrième - la confirmation, ou non, de Spielberg à la production - trancherait la question de la continuité avec le film de 2011. Tant qu'aucun de ces éléments n'apparaît, la phrase de Sitges reste ce qu'elle est : la parole la plus ferme jamais donnée sur le sujet, et toujours pas un feu vert.
Les fans, eux, ont appris à distinguer l'émotion d'une annonce de la réalité d'un calendrier ; leur ironie n'est pas du cynisme, c'est de la mémoire. La bonne nouvelle, cette fois, est qu'il y a un scénario. La mauvaise, c'est que quinze ans de promesses ont installé une habitude dont seul un écran de cinéma pourra les débarrasser.