
Bryan Woodman (Matt Damon), expert en ressources énergétiques, est un employé honnête adorant par-dessus tout sa famille. Après un événement tragique pour sa famille, Bryan devient le consultant du prince Nasir.
Bennett Holiday (Jeffrey Wright), un jeune avocat talentueux, doit veiller au bon déroulement d'une fusion entre les deux géants pétroliers américains Connex et Killen. Cette fusion attire l'attention du gouvernement américain.
Pendant ce temps-là au Moyen-Orient, un jeune pakistanais travaillant pour le groupe Connex se voit licencié à cause de la fusion de l'entreprise. Le garçon connaît une grande période de chômage qui le dégoûte de la vie. Mais un jour, il découvre la religion musulmane à laquelle il ne s'était jamais attaché jusqu'alors...

Un scénario complexe et multipoints de vue
Stephen Gaghan étant plus réputé pour ses scénarios alambiqués que pour ses talents de réalisateur, le travail était plutôt risqué. Mettre en scène plusieurs protagonistes à l'écran tout en leur donnant une profondeur égale n'est pas une tâche simple, mais le réalisateur y parvient.
L'histoire est la grande force du film. En effet, pour un même événement, nous avons droit à pas moins de quatre points de vue différents, ce qui donne un rendu intéressant de par sa complémentarité et son approche. Ces points de vue ont beau être différents, ils apportent tout de même un plus non négligeable au long métrage. Le réalisateur nous montre le point de vue de chaque protagoniste, ayant une vision différente d'un même événement grâce à leur expérience unique qui les caractérise. Chaque personnage renvoie à une vision du monde particulière et met en avant une critique qui tisse sa toile patiemment durant le déroulement du film.
Ainsi, la vie du jeune pakistanais tente de nous faire réfléchir sur le terrorisme actuel en nous mettant à la place de ce jeune homme. Mais la réflexion ne s'arrête pas seulement au terrorisme, et c'est là que l'intérêt du film se dévoile. Le monde du pétrole est fait de magouilles au sein de certains gouvernements qui ne reculent devant rien pour se tailler la part du lion, au détriment de certaines personnes qui se font manipuler sans vergogne. Cette dénonciation est très forte et se ressent à la fin du film, qui est bien évidemment le point culminant de l'histoire.
Une réalisation hachée mais efficace
Même si l'approche du sujet est pertinente et intéressante, l'ensemble se révèle indigeste aux premiers abords. Nous passons d'un personnage à l'autre sans aucune logique apparente, ce qui perturbe la compréhension du scénario. Le tout reste assez mal ficelé, surtout au début. Gaghan se reprend en main vers la moitié du film pour, au final, nous combler.
Par ailleurs, en plus d'être complémentaires, les différents points de vue des personnages ont une interaction entre eux, et parfois les personnages se croisent. Il est jouissif de voir Matt Damon se retrouver à côté de George Clooney. Ils ne se connaissent pas, mais pourtant ils sont liés par une personne. Une perle en la matière.
Un casting de choix mené par George Clooney
Après l'histoire, la deuxième force du film est sans nul doute le casting. Ce dernier a fait l'objet d'un soin particulier et les acteurs rendent une grande crédibilité à leur personnage respectif. Le plus bluffant d'entre eux est George Clooney, s'étant grandement investi dans le projet en changeant son physique. Ainsi, l'acteur s'est laissé pousser la barbe et a pris 18 kilos pour les besoins du film. George Clooney abandonne donc son rôle de Danny Ocean, séducteur de ces dames dans "Ocean's Eleven" et sa suite, pour "revêtir" le costume de Robert Barnes. L'acteur incarne à merveille ce personnage solitaire, bizarre mais avec un grand cœur. Les autres acteurs tels que Matt Damon ou Jeffrey Wright restent crédibles à l'écran mais ne rendent pas une interprétation à la hauteur de leur talent.

Conclusion
Après "Lord of War", "Jarhead - la fin de l'innocence" et "Munich", c'est au tour de "Syriana" de vous faire comprendre les ficelles du monde d'aujourd'hui à travers un scénario intelligent mais un peu mal ficelé, accompagné d'un casting de choix. L'esprit contestataire est de retour au cinéma, et le plus drôle c'est que ce sont des films américains. Ce seraient-ils enfin réveillés ? Ça sent bon la révolution...