
Sarah Morton est une romancière anglaise aigrie, découragée, en manque d'inspiration. Elle décide de partir se reposer dans le Luberon, dans la maison de campagne de son éditeur... Tout y est calme, paisible, propice à l'écriture. Jusqu'à l'arrivée imprévue de la fille de son éditeur, une jeune nymphomane, aguicheuse et provocante. Les deux femmes vont s'affronter, apprendre à se connaître et finalement se rejoindre dans leurs sentiments pour faire face à des événements plutôt imprévus.
François Ozon : un réalisateur attendu au tournant
Un nouveau Ozon est toujours très attendu, surtout depuis les succès critiques de Sous le sable et 8 Femmes... Pourtant, Ozon avait commencé sa carrière bien avant ces deux films, et l'on se demandait un peu si, à force de faire du cinéma fantasmatique sur papier glacé avec un casting de luxe, le réalisateur n'avait pas tendance à perdre un peu de sa fibre provocatrice si évidente dans Sitcom (définitivement culte !). C'est pourquoi Swimming Pool avait de quoi effrayer : des critiques partagées, dissertant des heures sur le pourquoi et le comment du film, une affiche et une ambiance ressemblant à Sous le sable...
Un début de film déconcertant
De fait, le début du film est décevant : Charlotte Rampling incarne un personnage plutôt détestable, coincée et aigrie, qui ne peut s'empêcher d'être méchante avec tout le monde. Quand Ludivine Sagnier débarque, on hallucine : complètement « pouf », plutôt vulgaire, on a du mal à s'attacher au personnage. Enfin, Ozon commence à se la jouer provocateur gentil : rapports troubles entre les deux femmes, personnages un peu excessifs, caricaturaux, érotisme soft... On se dit que ça y est, Ozon a raté son film !
La piscine : quand le film prend son véritable sens
Et pourtant non !! La piscine du titre va relancer le film et embarquer avec elle le spectateur. Car dès que les protagonistes s'en approchent, les femmes évoluent, les façades se fissurent, et chacune dévoile peu à peu sa fragilité et ses blessures intérieures. Les fantasmes deviennent réalité, la température monte au fur et à mesure que les vêtements tombent.
Un scénario classique sublimé par les détails
Pourtant, l'histoire est classique, voire carrément pas originale : deux femmes que tout oppose vont se transformer au contact de l'autre, la coincée se détendant alors que la nymphomane se montre finalement pas si sûre d'elle-même. Mais de petits détails viennent troubler ce scénario peu transcendant : un serveur de resto au total look « gay seventies » (merci François, on sent bien le fantasme de base !), une femme naine, et surtout... du sang !
Une réalisation maîtrisée et deux actrices exceptionnelles
Mais la réalisation vient illuminer cette histoire : Ozon cadre bien, fait exploser les couleurs du Luberon, joue sur les contrastes entre la chaleur du soleil, la fraîcheur de la piscine, l'obscurité de la maison... Il filme magnifiquement ses deux actrices, complètement en phase avec leurs personnages. Car la qualité du film, c'est certainement les deux comédiennes qui semblent s'offrir totalement au réalisateur, sans aucune retenue ni pudeur, qui s'approprient totalement leur rôle et sont très crédibles. Et pour les amateurs, Ludivine Sagnier est absolument magnifique, on la voit sous toutes les coutures, et Charlotte Rampling est très bien conservée également !
Les thèmes cachés de Swimming Pool
Évidemment, le film se veut profond : il aborde ainsi le thème du voyeurisme, de l'exhibition, du fantasme, de l'identification, voire de la domination et de la soumission. Mais tous ces thèmes sont sous-entendus, évoqués sans être véritablement développés... Car en voyant Swimming Pool, la première chose qui saute aux yeux, c'est ce sentiment de bonheur intense qu'a François Ozon de réaliser son film. La scène durant laquelle Charlotte Rampling se fume un joint avant de danser comme une folle semble tout droit sortie d'un fantasme d'Ozon, comme s'il réalisait là un vieux rêve de fan. De même, les plans élaborés par Rampling et Sagnier pour échapper à la police sont légers et pleins d'humour, comme si Ozon était un gosse qui s'amusait avec ses actrices ! Et cette modestie et ce plaisir sont véritablement communicatifs !
Verdict final : un film surprenant à découvrir
Bref, malgré un démarrage un tantinet longuet, Swimming Pool est un très bon film, très surprenant dans ses changements de tons, entre humour et gravité, réel et fantasme, violence et jouissance... À voir pour réfléchir longuement sur le fantasme, sur l'imaginaire, ou juste pour passer un bon moment face à un réalisateur qui fait exploser le talent de ses actrices.