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Cinéma

Super Bowl 2026 : Bad Bunny, Nintendo et la fin des Marvel

Le Super Bowl 2026 marque un tournant majeur : l'absence de Marvel laisse place à Disney et Nintendo qui dominent avec des trailers spectaculaires pour The Mandalorian et Mario Galaxy. Entre la performance politique de Bad Bunny et l'effondrement du...

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Le Levi’s Stadium de Santa Clara a vibré dimanche soir non seulement pour la victoire écrasante des Seattle Seahawks sur les New England Patriots (29-13), mais pour une tout autre forme de spectacle : le clash médiatique et culturel le plus intense de l'année. Entre la preuve politique de Bad Bunny en mi-temps, qui a clairement adressé des piques à l'administration Trump et à ses politiques migratoires, et l'absence notable des super-héros Marvel, c'est finalement Disney et Nintendo qui ont tiré leur épingle du jeu. En investissant des sommes astronomiques pour quelques secondes d'écran, ils ont transformé cette finale de football américain en un lancement de missiles marketing pour The Mandalorian and Grogu et The Super Mario Galaxy Movie. Pour nous, amateurs de cinéma et de séries, le véritable match ne se jouait pas sur le gazon, mais dans la succession de spots publicitaires qui ont, en un clin d’œil, redéfini nos attentes pour l'année à venir.

Alors que les confettis tombaient sur le terrain de Santa Clara, l'après-match a été dominé par une seule question : a-t-on assisté au passage de témoin définitif entre l'ère des super-héros et celle des licences « legacy » ? La réponse, à en juger par la réaction en temps réel sur les réseaux sociaux, semble être un oui retentissant. Loin des intrigues complexes et de la « multiverse fatigue » qui pèse sur les productions Marvel ces dernières années, Disney et Nintendo ont proposé ce que le public réclame : une évasion pure, une esthétique forte et des héros qui n'ont pas besoin de cinq films de contexte pour être attachants. C'est un retour aux fondamentaux du cinéma populaire, mais enrichi par des décennies d'histoire culturelle. 

Grogu, aka Baby Yoda from The Mandalorian, with Mando on the left, and with Luke Skywalker on the right, separated by a shot of Baby Yoda standing.
Grogu, aka Baby Yoda from The Mandalorian, with Mando on the left, and with Luke Skywalker on the right, separated by a shot of Baby Yoda standing. — (source)

Bad Bunny vs Grogu : le choc culturel du Super Bowl LX

L'édition 2026 du Super Bowl restera dans les annales comme un événement paradoxal, coincé entre la réalité politique brutale d'une Amérique sous tension et l'évasion onirique proposée par les géants de l'industrie du divertissement. D'un côté, la mi-temps confiée au rappeur portoricain Bad Bunny a agi comme un véritable manifeste. Sa performance, survoltée et chargée de symboles, n'était pas qu'un concert : c'était une réponse directe et frontale à Donald Trump et à l'ICE, l'agence fédérale anti-immigration, rappelant à 130 millions de téléspectateurs que la culture pop reste un vecteur de résistance. De l'autre, l'ambiance « concorde nationale » voulue par la NFL a été sérieusement écornée par cette prise de position, prouvant que le sport n'est plus une bulle étanche.

Une mi-temps politique en terre de Trump

Il est difficile de croire que l'on se trouvait dans l'Amérique de Trump 2 lors de cette soirée. Pourtant, le contexte était pesant. Une semaine plus tôt, lors des Grammy Awards, l'artiste de 31 ans s'était déjà distingué par des propos virulents, critiquant vivement la politique de l'ICE et les violences policières. Réitérer ce message devant plus de 100 millions de téléspectateurs américains, et des centaines de millions à travers le monde, relevait d'une gageure. Bad Bunny a transformé la scène du Levi’s Stadium en un tribune politique, utilisant sa visibilité pour défendre une communauté latino-américaine qui se sent menacée.

La dissonance cognitive de l'évasion

Ce contraste saisissant n'a pas été sans créer une certaine dissonance cognitive chez le téléspectateur. Passer d'une dénonciation visuelle des conditions de détention des migrants à la féerie colorée de Nintendo demandait une flexibilité mentale rare. C'est là toute la force du Super Bowl : il est devenu une sorte de « Mille et une nuits » moderne, où les genres se télescopent sans transition. Bad Bunny a incarné la colère et la chair, tandis que les spots publicitaires qui ont suivi ont offert le sucre et le rêve. Cette dichotomie a parfaitement résumé l'état de l'Amérique en 2026, déchirée entre ses réalités sociales et son besoin constant de distraction spectacle.

Mise en scène de la mi-temps : Spoilers et cinéma militant

Attention : Spoilers sur la mise en scène de la mi-temps

Bad Bunny a débuté son set non pas sur la scène principale, mais enfermé dans une structure en grillage métallique évoquant les centres de détention, une image brutale diffusée en prime-time. Ce choix de mise en scène n'était pas anodin : la caméra a effectué un travelling circulaire autour de l'artiste, utilisant une focale longue qui écrasait les dimensions, donnant l'impression que les murs se rapprochaient irrémédiablement. L'éclairage était froid, clinique, presque carcéral. Alors que les percussions montaient en puissance, le grillage s'est effondré mécaniquement, non pas par magie, mais par une explosion pyrotechnique calculée au millimètre, symbolisant la rupture des chaînes. Le tout s'est fait sous un éclairage rouge et bleu électrique, couleurs du drapeau portoricain mais aussi de l'ambiance néon des clubs de nuit. 

Casque Mandalorien Star Wars Boba Fett Mando Armure Casque Din Djarin - Photo 1/3
Casque Mandalorien Star Wars Boba Fett Mando Armure Casque Din Djarin - Photo 1/3 — (source)

Le moment le plus fort ? Lorsque des danseurs, vêtus de combinaisons orange identiques à celles des détenus, ont envahi la pelouse pour former une chaîne humaine brisant l'enceinte virtuelle. C'était un choix de réalisation risqué, presque cinématographique dans sa narration visuelle, qui a détourné l'attention du match pour la focaliser sur une urgence sociale. Ce n'était pas du divertissement « pour le fun ». Inspirée par l'esthétique de cinéastes militants tels que Spike Lee ou Jordan Peele, cette mise en scène s'apparentait à un théâtre politique à visée propagandiste. Pour conclure, Bad Bunny s'est placé sur un podium élevé, le poing levé, alors que des drones survolant le stade formaient le mot « LIBERTAD » dans le ciel californien. Une image digne de Blade Runner, à l'optimisme désespéré.

Sur le terrain : la domination sans appel des Seahawks

Si les spectateurs moins intéressés par le football ou le politique se sont tournés vers les pubs, le match en lui-même a néanmoins offert quelques moments de bravoure. Les Seattle Seahawks ont remporté le deuxième Super Bowl de leur histoire en dominant largement les New England Patriots sur le score sans appel de 29 à 13. Ce n'était pas la finale fleuve et spectaculaire à laquelle on s'attendait parfois, mais une démonstration de force tactique.

Une défense de fer baptisée « Dark Side »

Favoris de cette finale, les Seahawks n'ont laissé que des miettes à leurs adversaires, qui se sont heurtés à une défense quasi intraitable dont le nom de code, « Dark Side », va sans doute se faire une place dans les livres d'histoire de la ligue. Aux côtés de surnoms mythiques comme la « Legion of Doom » de 2014, cette ligne défensive a verrouillé le match. Dès la première possession, Seattle a pris les devants grâce à un field goal de 3 points, et malgré une résistance initiale de la défense des Patriots, la machine ne s'est jamais arrêtée.

Kenneth Walker III, le héros improbable

Même si le match n'a pas été une fête offensive pour les Seahawks, le running back Kenneth Walker III a volé la vedette. Désigné MVP (Meilleur Joueur) du match, il a accompli une performance historique avec 135 yards gagnés à la course et 26 yards à la passe. Cela faisait vingt-huit ans — depuis Terrell Owens pour les Denver Broncos — qu'un running back recevait cet honneur, habituellement réservé aux quarterbacks. Le quarterback Sam Darnold, malgré la victoire, l'a d'ailleurs admis avec humour : « Je sais qu’on a gagné le Super Bowl, mais on aurait pu être un peu meilleurs en attaque, mais ça m’est égal pour l’instant ». Une déclaration qui résume bien l'ambiance d'une soirée où le spectacle autour du terrain a parfois éclipsé le jeu lui-même.

L'étrange silence de Marvel et Warner Bros

Mais pour les cinéphiles, l'après-match a surtout été marqué par ce qui manquait à l'appel. Marvel, habituellement maître de la maison lors de cet événement, a fait le choix surprenant de l'absence totale, tout comme Warner Bros. Ce retrait a laissé le champ libre à Disney et Nintendo pour opérer un changement de paradigme majeur. Plutôt que de miser sur des figures de super-héros en crise identitaire, les annonceurs ont parié sur la nostalgie transgénérationnelle et l'aventure familiale. Pour en savoir plus sur la chute de certains géants du genre et cette stratégie du vide, n'hésitez pas à consulter notre article sur le déclin des super-héros.

La fatigue du multivers ?

Un rapport récent de Deadline suggérait que Marvel allait sauter complètement la ruée publicitaire du Super Bowl, et c'est exactement ce qui s'est produit. Aucune bande-annonce pour Spider-Man : Brand New Day ou Avengers : Doomsday. C'est une absence surprenante pour une marque qui a fait de cet événement son rendez-vous annuel pour teaser l'avenir du MCU. De même, Warner Bros. n'a pas présenté Supergirl, préférant rester à l'écart. Est-ce un aveu de faiblesse ? Probablement pas, mais plutôt un calcul lucide : face à une saturation du marché des films de super-héros et à une « multiverse fatigue » palpable chez les spectateurs, les studios ont choisi de ne pas brûler de cartouche publicitaire inutilement.

Un vide stratégique habilement occupé

Ce vide a été immédiatement comblé par d'autres acteurs. Loin de l'ambiguïté des intrigues croisées, Disney a misé sur le concret avec Toy Story 5 et le nouveau film de Pixar Hoppers, mais surtout sur ses licences « legacy ». L'absence de Marvel a paradoxalement renforcé l'impact des autres spots. Dans un paysage médiatique saturé, le silence est une stratégie comme une autre, et en se taisant, les géants des comics ont laissé la lumière braquée sur Mario et le Mandalorian, prouvant peut-être que le public est prêt à passer à autre chose.

Des millions par seconde : l'économie folle des pubs du Super Bowl

Il est difficile de concevoir les sommes en jeu lors de cette soirée. Acheter un créneau de trente secondes pendant le Super Bowl revient à investir le budget d'un film indépendant entier. Pour l'édition 2026, les chiffres atteignent des sommets vertigineux : environ 8 millions de dollars pour un spot de 30 secondes. C'est un pari d'une violence économique inouïe, où chaque image doit être optimale pour justifier le coût. Pour Disney et Nintendo, ce n'est pas simplement une question de visibilité, c'est une déclaration d'intention. En débloquant ces budgets astronomiques, ils affirment que ces projets ne sont pas de simples produits dérivés, mais des événements culturels majeurs capables de rivaliser avec les plus grandes productions hollywoodiennes.

Le pari du « premium »

Cette économie de l'attention repose sur un principe simple : l'exclusivité et la « finitude ». Il est de notoriété publique que les teasers diffusés pendant le Super Bowl font partie des plus onéreux, des mieux produits et des plus explicites. C'est le seul événement où les majors hollywoodiennes acceptent de dévoiler leurs intentions prématurément pour optimiser le « buzz ». On parle ici de shots qui ne seront peut-être même pas dans le film final, créés uniquement pour l'événement dans un processus appelé « trailer only shots ». C'est cette attention au détail, cette « surproduction » volontaire, qui justifie le prix d'entrée. Le spectateur ressent cette qualité de fabrication « premium ».

Le mixage sonore comme arme fatale

Prenons l'exemple du montage sonore. Pour ces spots, les studios ne se contentent pas d'extraire des dialogues du film. Ils commandent des remixes exclusifs ou utilisent des morceaux de musique originaux dont les droits coûtent une fortune. Dans le cas de The Super Mario Galaxy Movie, la rumeur court que Nintendo a payé des droits obscénément élevés pour sampler un classique du disco des années 80, réorchestré pour l'occasion par un orchestre symphonique complet. On parle ici d'un mixage « Dolby Atmos » conçu pour exploiter les installations sonores des bars-resto et des salons des téléspectateurs, garantissant que même si le spectateur regarde son téléphone, la musique le forcera à lever les yeux.

Décryptage des trailers : entre easter eggs et pièges sucrés

C'est ici que mon œil de cinéphile a vraiment vibré. Avec l'absence de Marvel, la bataille des trailers s'est transformée en une démonstration de force de la part de Disney et Nintendo. Chaque image était pesée, chaque zoom potentiellement porteur d'un easter egg pour les fans inconditionnels. Mais attention, comme toujours avec le Super Bowl, il faut savoir distinguer la promesse du produit final.

Star Wars : retour aux fondamentaux avec The Mandalorian and Grogu

Analysons le trailer de The Mandalorian and Grogu. Ce qui a frappé les spectateurs, c'est le retour à une esthétique « dirty » et texturée, loin de l'écran vert trop lisse de certaines récentes séries. Jon Favreau, qui passe de la série au long métrage, semble avoir compris que l'avenir de Star Wars passe par la consolidation de son univers récent plutôt que par une expansion infinie. Le trailer nous montre Din Djarin et le jeune Grogu aux prises avec les restes de l'Empire, mais surtout, nous promet une aventure plus intime.

On y aperçoit des vaisseaux chasseurs impériaux survolant des paysages désolés qui rappellent L'Empire Contre-Attaque, mais avec une dynamique de « buddy movie » moderne. Ce qui est fascinant, c'est la façon dont le trailer joue sur notre attachement émotionnel à Grogu (« Baby Yoda ») sans pour autant nous montrer trop de scènes d'action. C'est un piège sucré : on nous vend de l'émotion pour nous faire oublier que la trame scénaristique pourrait être assez classique. La transition de la petite au grand écran semble réussie, conservant l'aspect sériel tout en augmentant l'échelle des décors.

Mario : une suite galactique prometteuse

Côté Nintendo, The Super Mario Galaxy Movie a confirmé ce que beaucoup espéraient : la suite directe du film de 2023 ne se contente pas de refaire la même chose. Basé sur les jeux Super Mario Galaxy (2007) et *2010), le trailer nous propulse dans l'espace. On y voit Mario, Luigi et leur nouveau meilleur ami Yoshi (dont l'apparition a provoqué des hurlements de joie dans le salon) rejoindre la Princesse Peach et Toad pour une aventure interstellaire. 

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Logo from Star Wars Movie — Lucasfilm / CC BY-SA 3.0 / (source)

Le visuel est époustouflant. Illumination a poussé les rendus d'éclairage encore plus loin que dans le premier opus. Les planètes flottantes, les champs d'étoiles et l'utilisation de la profondeur de champ sont d'une qualité technique rare. On a même pu entrevoir Bowser Jr., qui semble tenter de capturer Rosalina, une antagoniste intéressante qui n'avait pas encore été exploitée au cinéma. La sortie est prévue pour le 1er avril 2026, et si le teaser tient ses promesses, ce film pourrait bien battre les records établis par son prédécesseur, qui avait franchi le cap du milliard de dollars avec aisance.

Pixar, Michael Jackson et les autres

Il ne faut pas oublier les autres trailers. Pixar a présenté Hoppers, qui semble explorer une thématique autour de la technologie et de la nature, et Toy Story 5, qui joue clairement sur la carte de la nostalgie en nous promettant des retrouvailles avec Woody et Buzz. De son côté, Universal a profité de l'audience pour présenter le film biographique sur Michael Jackson, Michael, qui sortira en avril 2026, ainsi que Scream 7, confirmant que le slasher n'a pas dit son dernier mot. Sans oublier Mega Minions, qui devrait faire les frais rires des plus jeunes, et The Day of Revelation de Steven Spielberg, un film qui reste très mystérieux mais dont le simple nom à l'écran a suffi à créer le buzz.

Pourquoi Mario et Grogu ont remplacé les super-héros

L'absence de Marvel lors de cette édition 2026 est un séisme dont Disney et Nintendo ont su habilement profiter. Mais il serait réducteur de parler de simple opportunité. Ce qui s'est joué hier soir, c'est la confirmation que le public a changé de régime. Après deux décennies de domination des super-héros Marvel, le cycle s'essouffle. Les scènes post-génériques, les intrigues croisées et le jargon complexe ont fini par créer une barrière à l'entrée pour le grand public.

En contrepoint, The Mandalorian et Mario offrent des joies immédiates, universelles. On n'a pas besoin de connaître vingt ans de comics pour comprendre la relation entre un chasseur de primes et un enfant alien, ou pour vibrer quand Mario saute sur un Goomba. C'est un retour au cinéma « propre », où le visuel prime sur le lore complexe. En remplaçant les super-héros par ces licences, le Super Bowl a validé une tendance de fond : le public veut du rêve, mais un rêve accessible, sans manuel d'instructions de trois cents pages.

La machine à FOMO : TikTok comme arme de distraction massive

Le Super Bowl ne s'arrête pas au coup de sifflet final. Une fois les pubs diffusées, la vraie bataille commence sur les réseaux sociaux, et plus particulièrement sur TikTok. Les marketers l'ont bien compris : le trailer n'est que l'amorce. C'est ce qu'on appelle la machine à FOMO (Fear Of Missing Out). Chaque frame est immédiatement découpée, ralentie, analysée et remixée par la communauté.

De l'écran TV au téléphone viral

Prenez l'oeil de Grogu scintillant dans le trailer Mandalorian, ou une planète spécifique dans le film Mario. En moins de cinq minutes après la diffusion, ces images devenaient des tendances mondiales. Les studios intègrent désormais ces moments spécifiquement pour qu'ils deviennent des mèmes ou des « GIFs » réutilisables. C'est une stratégie de marketing d'influence : ce ne sont plus les critiques qui dictent l'humeur, mais les créateurs de contenu qui découpent les pubs.

La stratégie du « trailer only shot »

C'est ici qu'il faut être prudent. Comme je l'évoquais plus haut, beaucoup de plans vus hier soir ne figureront probablement pas dans le film final. Ils sont là pour créer la viralité. Pour Mario, par exemple, une scène où le personnage utilise un costume spécifique peut avoir été créée uniquement pour le spot afin de faire réagir les fans du jeu vidéo. C'est un piège séduisant : on s'attache à une image qui, finalement, n'aura aucune existence narrative. C'est la force et la limite de cet événement : il vend une promesse visuelle ultime, parfois au détriment de la réalité du film.

France : zéro football, maximum de memes

En France, si l'audience du Super Bowl reste massive, la relation au football américain est très différente. Ici, peu importe le vainqueur (les Seahawks, bravos d'ailleurs), nous sommes là pour le show. Et cette année, la réaction hexagonale a suivi deux courants majeurs.

Quand la pub devient plus regardée que le match

Sur Twitter (X) et TikTok France, les hashtags concernant Bad Bunny et les trailers ont totalement éclipsé ceux liés au score. La performance politique du rappeur portoricain a suscité de nombreuses réactions, oscillant entre l'admiration pour son courage et l'incompréhension quant à la place de la politique dans un événement sportif. Mais c'est surtout l'aspect visuel qui a marqué : la mise en scène « carcérale » a donné lieu à de nombreux mèmes et analyses de passionnés de cinéma qui y ont vu une référence directe aux dystopies contemporaines.

La distance culturelle comme filtre

Les Français, souvent cyniques vis-à-vis de la publicité, ont cette fois-ci plié face à la qualité de production des spots. La différence culturelle joue ici un rôle clé : là où un Américain peut voir un trailer de Toy Story 5 avec une nostalgie liée à son enfance, le spectateur français va plutôt apprécier la qualité technique de l'animation Pixar. De même, pour The Mandalorian, l'engouement dépasse le simple statut de fan de Star Wars pour toucher les amateurs de bonne science-fiction, qui voient en Jon Favreau un garant de qualité. En somme, la France a consommé ce Super Bowl comme un festival de bande-annonces géant, grillant les sièges virtuels des multiplexes mois à l'avance.

Conclusion : Le nouveau visage du divertissement

En conclusion, ce Super Bowl 2026 restera comme un marqueur dans l'histoire du marketing culturel. Entre le manifeste politique de Bad Bunny et l'offensive marketing concertée de Disney et Nintendo, nous avons assisté à une redéfinition des priorités du divertissement mondial. Le retrait tactique de Marvel et Warner Bros n'est pas un accident, mais un symptôme d'une transition majeure : l'ère du super-héro complexe touche à sa fin, laissant place à des icônes plus anciennes, plus simples, et finalement plus réconfortantes.

Pour nous, cinéphiles, cette soirée a offert un concentré de ce qui nous attend. The Mandalorian and Grogu promet de consolider l'univers Star Wars sur grand écran avec une qualité inégalée, tandis que The Super Mario Galaxy Movie s'annonce comme une fête visuelle technique. En misant sur l'émotion et la nostalgie plutôt que sur la complexité narrative, les géants de l'industrie ont peut-être trouvé la clé pour maintenir le public captivé dans un monde de plus en plus fragmenté. Le football a son champion, mais dimanche soir, c'est bien l'industrie du divertissement qui a marqué le plus grand touchdown.

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Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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