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Cinéma

Stupeurs et tremblements

Adaptation du roman d'Amélie Nothomb par Alain Corneau, avec Sylvie Testud lumineuse. Une satire cauchemardesque du monde du travail au Japon, drôle et décapante.

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Amélie, une jeune Belge, est engagée dans une entreprise prestigieuse japonaise : Yumimoto. Ravie de pouvoir se replonger dans la société nippone, où elle est née et a vécu jusqu'à 5 ans, elle découvre vite que le monde du travail au Japon est très différent de celui de l'Occident... Et qu'il ne semble pas y avoir de frein à sa chute sociale !

L'univers d'Amélie Nothomb : entre succès et critiques

L'univers d'Amélie Nothomb est légendaire : son propre personnage est entouré des plus grosses rumeurs (elle écrirait comme une barbare, se levant très tôt le matin, carburant au café noir et aux fruits pourris), et ses romans, à raison d'un par an en moyenne, sont toujours d'énormes succès. Commencée en 1992 avec Hygiène de l'assassin (adapté au cinéma en 1999), sa carrière n'est qu'une succession de best-sellers. Pourtant, si son écriture est exceptionnelle (les nombreux dialogues sont génialement rythmés, ses idées très originales), on peut lui reprocher un manque de variété dans la forme : ses livres sont toujours assez courts, vite lus, avec énormément de dialogues... Bref, on peut aimer, mais au bout d'un moment, ça peut lasser !

L'adaptation cinématographique : un pari risqué

Le problème en adaptant du Nothomb au cinéma, c'est que l'efficacité de ses histoires repose largement sur le texte, les dialogues... Difficile de retranscrire cela à l'écran où l'image est privilégiée. Ainsi, Hygiène de l'assassin fut un échec aussi bien critique que commercial. Stupeurs et Tremblements, publié en 1999 et vendu à 360 000 exemplaires, était donc attendu au cinéma avec crainte et impatience... Et finalement, c'est plutôt réussi !

Évidemment, le matériau de base – le livre d'Amélie Nothomb – était déjà très solide : la vision de la chute sociale d'une Occidentale au Japon, le système hiérarchique et ses absurdités, la transformation d'une femme ambitieuse en véritable légume, l'humiliation face au sens de l'honneur... Mais transformer ce livre dont la force réside, encore une fois, dans les dialogues, n'était pas aisé.

Sylvie Testud : une performance remarquable

Les acteurs sont tout d'abord très bons : Sylvie Testud en tête, tour à tour très drôle ou complètement déprimante, elle assure dans son rôle de traductrice belgo-japonaise qui finira par gérer les toilettes du 44ème étage... Et l'on ne peut que rester scotché devant sa maîtrise du japonais, et sa faculté à parler cette langue qu'elle ne maîtrisait pas avant (et allez, 2000 phrases à apprendre pour le rôle, sympa !). Les autres acteurs, tous japonais et donc pas franchement connus en France, sont excellents également, dans un registre plus excessif, limite caricatural (et Kaori Tsuji, qui vire de la douce femme à la supérieure sadique, est impressionnante !).

La mise en scène d'Alain Corneau et la musique

La mise en scène est sympa également. Alors qu'Alain Corneau, le réalisateur, ne traînait pas forcément une excellente réputation (Le Prince du Pacifique, ça vous tue un homme !), il maîtrise bien son film, et malgré l'unité de lieu, parvient à maintenir le spectateur en haleine. La musique, uniquement du Bach, crée une ambiance très originale et agréable à écouter !

Les quelques défauts du film

Cependant, quelques détails peuvent gâcher le plaisir du spectateur : ceux qui ont déjà lu le livre risquent de trouver le film un peu lent... De plus, si les dialogues du bouquin sont géniaux, leur transcription à l'écran, que ce soit en direct ou en voix off, plombent un peu le film et créent des longueurs. Enfin, et c'est le problème de toute adaptation, la vision du réalisateur peut être en total décalage avec celle du lecteur : ainsi la traduction cinématographique de la « défenestration » d'Amélie est un survol de Tokyo par une Sylvie Testud en pleine lévitation !! Bizarre, bizarre... Mais bon, le pari n'était pas facile, et globalement, c'est plutôt réussi !

Une vision cauchemardesque du travail au Japon

Le film nous offre donc une image, certes caricaturale, du monde du travail au Japon, et les transformations que subissent les gens qui y participent. Ainsi, Amélie est une fille pleine d'ambition qui, prise dans un système absurde où les tâches sont répétitives et inutiles, va perdre toute motivation et se complaire dans une certaine médiocrité... Et y prendre goût ! Le gigantisme de la société, et l'impression de n'en être qu'un infime rouage, lui donne envie de se créer des tâches supplémentaires complètement absurdes (elle se charge ainsi de mettre les calendriers à jour). Enfin, la vision de l'honneur, de ne jamais démissionner même si l'on est affecté aux tâches les plus ingrates, est assez impressionnante. Bref, Stupeurs et Tremblements nous propose une vision cauchemardesque du travail au Japon, répétitif, absurde et déshumanisé.

Une satire à ne pas prendre au pied de la lettre

Tout cela est cependant caricatural, et il ne faut pas prendre le film au pied de la lettre. De même, les rumeurs de racisme anti-Japonais ou anti-occidental sont exagérées : il vaut mieux regarder cela avec un regard amusé et une certaine distance que de le prendre trop au sérieux... Et si Amélie Nothomb critique de façon virulente le système japonais, elle montre également que les Japonais peuvent voir les Occidentaux comme des arriérés ! Bref, tout le monde en prend pour son grade !

Verdict final

Stupeurs et Tremblements est donc une adaptation plutôt réussie d'Amélie Nothomb, ce qui était loin d'être gagné au départ. Le film n'est pas exempt de défauts, mais reste dynamique, drôle, et l'on passe 1h45 sympa !

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cypher22
cypher22 @cypher22
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