En tant que cinéphile passionné qui analyse chaque plan d'image et dissèque chaque bande-annonce comme si ma vie en dépendait, je dois l'avouer : rarement je n'ai ressenti un tel sentiment de vide. Nous sommes en février 2026, et le Super Bowl LIX venait tout juste de livrer son lot de surprises médiatiques, mais celle qui nous intéressait le plus, nous les fans de la galaxie lointaine, a tourné au fiasco. Après sept longues années d'absence des écrans de cinéma, l'attente d'un nouveau film Star Wars était devenue presque physique, une expectation frémissante accumulée depuis la sortie controversée de "L'Ascension de Skywalker" en 2019. Pourtant, ce teaser de 36 secondes diffusé lors de la grande messe sportive américaine n'a pas suscité l'envie ni la frisson, mais plutôt un " mélange de bâillement et d'indifférence ", pour reprendre une expression cruellement juste. Ce n'est pas seulement une occasion manquée, c'est une véritable claque pour ceux d'entre nous qui espéraient voir la franchise retrouver sa grandeur épique.

Sept ans d'attente pour... ça ?
Remontons le fil du temps pour saisir l'ampleur du désastre. Décembre 2019. "L'Ascension de Skywalker" clôturait la trilogie séquèle dans un tumulte de critiques mitigées et de frustrations narratives, marquant la fin d'une ère pour Lucasfilm. Depuis lors, le cinéma Star Wars est resté plongé dans un silence radio quasi total, laissant le relais aux séries Disney+ pour entretenir la flamme. Pendant sept ans, les fans ont rêvé d'un retour triomphal sur grand écran, d'une fenêtre de 36 secondes lors du Super Bowl LIX qui devait marquer le grand retour, le moment où la Galaxie reprendrait sa place centrale dans la culture pop mondiale. Au lieu de cela, nous avons eu droit à un teaser anecdotique qui semble avoir été assemblé à la va-vite, sans âme ni ambition. On pourrait penser qu'après un tel hiatus, Disney aurait préparé une frappe chirurgicale, un coup de massue médiatique. Hélas, le sentiment dominant qui émane de ce clip est celui d'une commodité industrielle plutôt que celui d'un événement artistique majeur.
Mon premier réflexe après le trailer : vérifier que je n'avais pas rêvé
Ma réaction immédiate après avoir visionné ces trente-six secondes a été, je l'avoue, une totale confusion. Je me suis littéralement demandé si ma connexion internet avait coupé avant la suite ou si j'avais manqué une étape cruciale. Vous connaissez ce fameux "moment trailer" ? Cet instant précis où la notification surgit sur votre téléphone, où vous posez tout, où vous retenez votre souffle parce que vous sentez que l'Histoire s'écrit sous vos yeux ? Ce moment où le grain du sable change, la musique s'élève, et où vous savez que vous allez courir acheter une place de cinéma avant même la fin de la vidéo ? Ici, il n'y a rien de tout ça. Juste un sentiment de vide abyssal. J'ai dû relire la description de la vidéo pour m'assurer qu'il s'agissait bien d'une promotion pour le grand retour au cinéma et non d'une simple publicité pour un nouveau jouet. C'est d'autant plus ironique que d'autres bandes-annonces diffusées lors de ce Super Bowl 2026 ont su créer l'événement, laissant notre saga préférée en queue de peloton.
Ce que le trailer montre (et surtout ce qu'il ne montre pas)
Analysons maintenant froidement le contenu de ces trente-six secondes, car c'est dans le détail que l'on mesure le manque de substance. Il ne s'agit pas simplement de râler pour le plaisir de râler, mais de démontrer concrètement en quoi ce teaser échoue à remplir sa fonction première : nous donner envie de voir ce film. Lorsqu'on décompose image par image ce qui nous est offert, on se rend compte que le tableau est désespérément pauvre. Il n'y a pas de "wow effect", pas de révélation qui justifie l'existence de ce projet en salles. C'est un peu comme ouvrir un cadeau géant le matin de Noël et n'y trouver qu'un basique paquet de chaussettes.
Din Djarin, Grogu et des tauntauns : le minimum syndical
Faisons l'inventaire à la Prévert de ce que l'on voit. Din Djarin et Grogu, certes, c'est la base. Mais ils sont installés sur un char tiré par des tauntauns, ces créatures de monture que nous avons déjà vues dans "L'Empire contre-attaque" en 1980. De la nostalgie ? Plutôt du recyclage. On aperçoit le retour du Razor Crest, ce vaisseau emblématique qui avait pourtant été détruit dans la série. Est-ce une reconstruction, un flashback, ou une incohérence scénaristique ? Le trailer ne prend même pas la peine de nous l'expliquer. Des combats de cage sont promis par la narration officielle, mais à l'écran, ils sont à peine suggérés, noyés dans un montage rapide et flou. Le problème fondamental est que tout cela ressemble à un épisode lambda de la série télévisuelle que nous regardons confortablement installés sur notre canapé le vendredi soir, et absolument pas à un événement cinématographique qui mérite que l'on paie dix-sept euros une place de cinéma et que l'on s'assoie dans une salle obscure avec des inconnus.

Sigourney Weaver : 2 secondes pour une légende
L'ajout de Sigourney Weaver au casting avait pourtant de quoi faire rêver. Une actrice iconique, une légende vivante du cinéma de science-fiction grâce à "Alien" ou "Avatar". Pourtant, son apparition ici est presque insultante de discrétion. On la voit furtivement, le temps d'un plan, sans aucune ligne de dialogue, sans la moindre indication sur la nature de son personnage, sans que sa présence ne soit exploitée pour créer un mystère. C'est du name-dropping pur et dur, une stratégie marketing bas de gamme qui consiste à afficher une tête connue pour espérer attirer les curieux. Comparez cela avec l'utilisation des camées dans les bons trailers Star Wars : le masque de Darth Vader qui s'allume dans la pénombre à la fin du trailer de Rogue One, ou ce rire glaçant de Snoke dans le teaser de L'Éveil de la Force. C'était des images qui parlaient, qui chargeaient chaque seconde d'une tension électrique. Ici, Sigourney Weaver est juste une silhouette décorative, un gâchis total de talent.
L'absence totale de teaser narratif
Le pire péché de ce trailer, c'est son incapacité à raconter une histoire ou à poser une question. Un bon teaser fonctionne comme une promesse, une énigme que l'on désire résoudre. Comme l'ont souligné certains observateurs, même un film imparfait comme "L'Ascension de Skywalker" comprenait l'objectif d'un trailer Star Wars : piquer la curiosité des spectateurs en répondant à quelques questions tout en en suscitant de nouvelles. On montrait un vaisseau qui explose, une main robotique qui touche du métal, un regard inquiet. Là ? Zéro question, zéro réponse, zéro enjeu. On ne sait pas qui est l'antagoniste, on ne sait pas quel est le but de la quête, on ne sait même pas pourquoi ce film existe en dehors de la volonté de Disney de remplir son calendrier de sorties. C'est du vide narratif absolu. Si vous avez manqué notre analyse complète des bandes-annonces du Super Bowl 2026, vous n'avez rien raté de crucial concernant l'intrigue de ce film, car il n'y a simplement rien à analyser.
L'art du trailer Star Wars — ce que Disney a oublié
Il est essentiel de se remémorer ce qui fait la grammaire spécifique d'un trailer Star Wars réussi pour comprendre à quel point celui-ci est une faute de goût technique. Star Wars, c'est une mythologie, un langage visuel et sonore qui a été raffiné pendant des décennies. Disney semble avoir oublié les codes de base qui ont fait de cette franchise l'empire médiatique qu'elle est aujourd'hui. Ce n'est pas seulement une question de budget ou de durée, c'est une question de compréhension de l'ADN de l'œuvre. Pour sauver le soldat Star Wars, il faut comprendre ce qui l'a tué.
Ces trailers qui nous ont donné des frissons (et pourquoi)
Fermons les yeux et souvenons-nous. Le premier teaser du "Réveil de la Force"Songeons à 2014. Ce paysage aride, l'ombre de Finn se relevant, et surtout, ce sabre laser à garde latérale qui s'illumine dans un crépitement électrique inouï, porté par la musique incomparable de John Williams. Trente secondes ont suffi pour que les larmes perlent. L'émerveillement était intact. Songeons également à Rogue One. Si l'aperçu ne dévoilait guère l'intrigue des plans de l'Étoile de la Mort, il se clôturait sur une silhouette encapuchonnée de noir dans un couloir, au souffle lourd et sibilant. Nul besoin de voir son visage pour pressentir l'imminence du chaos. Tous les ingrédients s'harmonisaient : une bande originale oppressante ou grandiose, un voile de mystère, une promesse d'épopée, et par-dessus tout cette sensation de"l'ailleurs", ce sentiment que nous allions quitter notre banalité pour aller voir des choses que nous n'avions jamais vues.

La formule magique que même Rise of Skywalker avait comprise
Je suis le premier à critiquer "L'Ascension de Skywalker" pour son scénario décousu et sa gestion hasardeuse de la continuité. Cependant, objectivement, Disney savait encore vendre le produit à l'époque. La bande-annonce finale regorgeait de batailles spatiales en cascade, de vues de la flotte Sith, de visuels à couper le souffle qui donnaient l'échelle véritable d'une guerre galactique. Il y avait cette impression inégalée d'une "galaxie très lointaine". Le trailer du Mandalorian, lui, ne possède aucun de ces marqueurs. C'est du télévisuel formaté pour le petit écran, avec des cadrages serrés, une palette de couleurs un peu terne, et une mise en scène qui semble empruntée à un épisode de série procédurale. Projeter cela sur le plus grand événement médiatique de l'année, c'est avouer qu'on ne croit plus en la puissance de l'image cinéma.
Quand le "mignon" ne suffit plus
Il est clair que la stratégie visuelle de ce trailer mise tout, et je dis bien tout, sur la présence de Grogu, alias Baby Yoda. C'est le phénomène viral de 2020, la petite peluche qui a sauvé Disney+ à ses débuts. Mais en 2026, le "mignon" est-il encore un argument suffisant pour vendre un ticket de cinéma ? La novité s'est cruellement usée. Nous avons vu le Petit Faire des yeux ronds, faire des bulles, manger des grenouilles pendant trois saisons. La "cuteness" ne peut plus porter une narration lourde de sens. Un film, surtout un film Star Wars, ne peut pas reposer uniquement sur un personnage adorable sans proposer une vraie histoire, une vraie tension, une vraie gravité. Utiliser Grogu comme un appât marketing facile, c'est traiter le public comme des enfants gâtés qu'il suffit de divertir avec un hochet brillant. Nous avons grandi, et la saga doit grandir avec nous.
De la série au film : le pari à l'envers qui sent le réchauffé
Au-delà de la qualité du trailer, c'est la stratégie industrielle même de ce projet qui interroge. Transformer une série streaming à succès en long métrage cinématographique est un pari à l'encontre de toutes les logiques hollywoodiennes des dix dernières années. D'habitude, les franchises vont du cinéma vers la télévision pour élargir leur univers (Marvel avec WandaVision, Loki; Star Wars avec Ahsoka ou Kenobi). Ici, c'est l'inverse. Disney prend ce qui fonctionne sur le petit écran et tente de le gonfler artificiellement pour le grand écran. Pourquoi une telle décision ? La réponse sent le calcul financier froid plutôt que l'inspiration créative.
Mandalorian : la série qui a sauvé Star Wars après la trilogie sequel
Il ne faut pas oublier le contexte qui a mené à cette situation. Après la réception pour le moins mitigée de la trilogie sequel, "The Mandalorian" est apparue comme une bouffée d'oxygène pur. Elle a redonné ses lettres de noblesse à la franchise en revenant aux fondamentaux : des westerns spatiaux, une ambiance lone wolf and cub, une réalisation soignée et un format sériel qui permettait de prendre son temps. La série a prouvé, incontestablement, que Star Wars pouvait exister et même briller hors du cinéma, en explorant des coins reculés de la galaxie sans avoir besoin de sauver l'univers à chaque episode. Alors pourquoi ce revirement brutal ? Pourquoi prendre quelque chose qui fonctionne parfaitement dans son format et le forcer dans un moule qui ne lui correspond pas ? C'est la preuve que la direction artistique est pilotée par des impératifs de calendrier et non par une vision claire.
Le calcul commercial derrière cette décision
Hypothèsons un instant la pensée stratégique des dirigeants de Disney. Le studio a besoin d'un film Star Wars au cinéma pour des raisons de marketing mondial et de revenus bruts. Le streaming, c'est bien pour l'abonnement, mais le cinéma, c'est la vitrine prestigieuse et les milliards au box-office. Mais au lieu de prendre le risque de développer un nouveau projet cinématographique original, avec de nouveaux personnages et une nouvelle histoire qui pourraient diviser ou échouer, ils choisissent la voie de la facilité. Ils recyclent une propriété existante et déjà approuvée par le public. C'est du risk management pur, de la gestion du risque à tous les étages, pas de la création. Le trailer reflète parfaitement cette logique : minimal effort, maximum brand recognition. C'est du "content", pas du cinéma. Comme nous l'avions vu lors du Super Bowl 2026 où Nintendo et Mario se dévoilaient, la prudence semble être le maître-mot de cette année, mais pour Star Wars, c'est une erreur fatale.
Ce que ce choix dit sur l'état de la franchise
Si la seule solution que Disney trouve pour ramener Star Wars au cinéma est de transformer une série en film, c'est un aveu de faiblesse créative troublant. Cela suggère qu'ils n'ont pas de nouvelle histoire à raconter dans cette galaxie qui soit assez forte pour justifier un blockbuster en soi. La franchise semble tourner en rond, recycler ses acquis, n'ose plus l'inédit. Au lieu de regarder vers l'avenir, elle se contente de grimper sur les épaules de son succès télévisuel récent. C'est un signe inquiétant de sclérose. Lorsqu'une empire créatif ne propose plus que des déclinaisons de ce qu'il a déjà fait, il signe souvent le début de son déclin. On attendait un "Episode X", un "Dawn of the Jedi", un film sur les premiers Jedi ou sur l'Ancienne République. On a eu un épisode de télé allongé.
Bad Bunny, le Super Bowl et l'éclipse culturelle de Star Wars
Il est impossible d'analyser la réception de ce trailer sans contextualiser sa diffusion lors du Super Bowl LIX. Le Super Bowl n'est pas juste un match de football, c'est une arène culturelle où se battent les géants de l'industrie du divertissement pour capter l'attention mondiale. Cette année, une étoile a éclipsé toutes les autres, et ce n'était pas la Force. C'était Bad Bunny. La domination du chanteur portoricain sur les conversations sociales a été telle que le petit film de science-fiction s'est retrouvé relégué au rang de footnote, une anecdote en marge du spectacle principal. Star Wars, autrefois roi incontesté de la pop culture, s'est fait voler la vedette par un artiste qui a fait l'histoire de la mi-temps.
Bad Bunny : le vrai vainqueur du Super Bowl LIX
Il faut être honnête : Bad Bunny a réalisé une performance historique qui a captivé le monde entier. Quatorze minutes de show, entièrement en espagnol, avec des invités de prestige comme Lady Gaga, Ricky Martin ou Cardi B. Jamais un artiste latino n'avait occupé ce créneau avec une telle ampleur et une telle fierté culturelle. Le spectacle était visuellement époustouflant, symboliquement fort, et musicalement irrésistible. Résultat : les réseaux sociaux n'ont parlé que de lui. Des images de son "casita", de la fosse à danse, de ses tubes ont inondé Twitter, Instagram et TikTok. Dans cette tempête médiatique, le trailer Star Wars est passé comme une lettre à la poste, noyé dans le flux d'images colorées et vibrantes de la performance musicale. C'était une éclipse totale. L'énergie était ailleurs, la passion était ailleurs.
Star Wars, jadis roi du Super Bowl, relégué au second rang
Il faut se souvenir que Star Wars a longtemps été le maître incontesté de la publicité du Super Bowl. C'est LE moment pour lancer un événement cinématographique, comme l'expliquent souvent les experts en marketing. En 2013, des films comme Iron Man 3 ou Star Trek Into Darkness utilisaient cette vitrine pour créer l'événement. Mais en 2026, Disney a raté le coche. Le trailer est passé quasi inaperçu, éclipsé non seulement par Bad Bunny mais aussi par une certaine indifférence générale qui semblait planer sur la salle. Contrairement à d'autres années où un trailer faisait l'objet d'analyses ligne par ligne quelques secondes après sa diffusion, ici, le débat public a mis du temps à s'embraser, et encore, de manière très tiède. Star Wars n'est plus le "must-see" automatique qu'il était. Il est devenu un produit parmi d'autres sur un étalage déjà bien chargé.
Ce que cela révèle sur le statut actuel de la marque
Cette éclipse en dit long sur le statut actuel de la marque Star Wars dans le paysage culturel. En 2015, le premier trailer du "Réveil de la Force"avait littéralement embrasé la toile, déclenchant un raz-de-marée mondial de nostalgie et d'espoir. Néanmoins, en 2026, une bande-annonce censée marquer le retour triomphal au cinéma passa quasiment inaperçue, ensevelie entre une publicité pour une bière et un numéro de variétés. La désaffection flagrante ne saurait être niée, et elle se mesure même chiffrée. La magie s'est estompée. La"galaxie lointaine" ne semble plus si lointaine ni si fascinante pour le grand public. Elle est devenue familière, trop familière peut-être, banalisée par une surproduction de contenu sériel qui a tué le caractère événementiel de chaque sortie. Star Wars n'est plus une religion, c'est une habitude, et ce trailer nous a malheureusement rappelé que cette habitude peut se perdre.
Fatigue de franchise ou crise d'identité ? Ce que les réactions disent vraiment
Pour finir cette analyse, il est crucial de regarder ce que les réactions des fans et du grand public nous disent sur l'état de la fandom Star Wars en 2026. Ce n'est pas seulement une question de goût personnel, c'est un baromètre de la santé de la franchise. Lorsqu'on observe les commentaires sous les vidéos, les fils Twitter et les analyses de divers médias, un schéma clair émerge qui dépasse la simple déception d'un trailer raté. C'est un problème plus profond qui touche à l'identité même de ce que Star Wars représente pour une nouvelle génération.
Du "hate-watching" à l'indifférence : le vrai danger pour Disney
Le phénomène le plus frappant n'est pas la colère, c'est le silence. Les réactions au trailer ne sont pas hostiles, virulentes ou remplies de "hate-watching" comme on a pu le voir pour d'autres projets controversés. Elles sont vides. C'est pire que la colère, parce que la colère est une passion. On peut survivre à la controverse, comme l'a prouvé "The Last Jedi" qui a généré des débats enflammés mais a fait des records au box-office. L'indifférence, elle, ne se monnaie pas en billets de cinéma. Lorsqu'un article spécialisé parle d'un "mélange de bâillement et d'indifférence", cela sonne comme le glas du marketing. Disney devrait préférer avoir des fans qui hurlent leur mécontentement plutôt que des spectateurs qui haussent les épaules et passent à autre chose. L'indifférence est l'ennemie mortelle d'une franchise qui vit de l'engagement émotionnel de son public.
Les 16-25 ans et Star Wars : un amour qui s'éteint ?
Il y a une question générationnelle centrale qui se profile derrière ce fiasco marketing. Pour un jeune de 20 ans en 2026, Star Wars n'est pas l'événement culturel fondateur de sa jeunesse. C'est la saga que ses parents ou ses grands frères ont aimée. Il a grandi avec l'Univers Cinématographique Marvel, avec les séries complexes et sombres de HBO, avec des univers transmedia constants. La nostalgie du sabre laser ne fonctionne pas sur lui de manière innée. Que lui propose ce trailer ? Rien qui ne puisse pas être trouvé dans n'importe quelle autre série d'aventures générique sur Disney+. Il n'y a pas la "cool attitude" d'un Tony Stark, ni la gravité d'une série moderne. Il y a un homme en casque et un petit monstre vert. Sans une narration forte et moderne pour capter cette nouvelle audience, Star Wars risque de devenir un patrimoine culturel poussiéreux, admiré de loin mais plus habité.
La fracture entre fans hardcore et grand public
Enfin, ce trailer illustre parfaitement la fracture qui s'est creusée entre les fans hardcore et le grand public. Les fans inconditionnels, comme moi, passeront des heures à disserter sur le retour du Razor Crest, à spéculer sur le modèle de casque ou à chercher des easter eggs dans le décor. Mais le grand public, lui, ne voit que 36 secondes de "deux gars dans le désert". Il ne voit pas le lien émotionnel, il ne voit pas pourquoi il devrait dépenser son argent pour ça au lieu de regarder la prochaine saison de sa série préférée. Le trailer échoue lamentablement à créer un pont entre ces deux audiences. Il est trop obscur pour le néophyte et trop pauvre pour le connaisseur. Résultat : personne n'est satisfait. Cette fracture, si elle n'est pas comblée par un film d'une envergure exceptionnelle, pourrait finir par isoler la franchise dans une bulle de nostalgiques, coupée du monde réel.
Verdict : à qui s'adresse vraiment "The Mandalorian and Grogu" ?
Après avoir décortiqué chaque seconde, analysé chaque stratégie et écouté chaque réaction, il est temps de tirer les leçons de cette désastreuse opération marketing. Ce film, "The Mandalorian and Grogu", est-il condamné avant même sa sortie au cinéma, ou reste-t-il une chance, infime mais réelle, de sauver le retour de Star Wars sur grand écran ? Le constat est sévère, mais l'espoir est la dernière chose à mourir dans la galaxie, n'est-ce pas ?
Un film sans audience clairement définie
Le problème fondamental de ce projet est qu'il semble ne pas savoir à qui il s'adresse. Disney est pris entre deux chaises : tenter de rassurer les fans de la série en leur donnant "plus de la même chose", ou tenter d'attirer le grand public avec une promesse d'événement cinématographique. Le résultat est un hybride qui n'est ni poisson ni viande. Pas assez ambitieux pour être un véritable événement cinématographique majeur, pas assez risqué ou original pour surprendre les fans. C'est du "content" fabriqué pour occuper le terrain médiatique, pas pour inspirer ou émerveiller. C'est un film de remplissage, une opération de maintenance de franchise plutôt qu'une œuvre de création. À moins que le film final ne cache une surprise narrative colossale que le teaser a sciemment masquée — ce qui serait un pari marketing très risqué — il semble condamné à la médiocrité.
Ce qu'il faudrait pour sauver le retour de Star Wars au cinéma
Tout n'est pas encore perdu, certes. Un second trailer plus audacieux, qui montrerait réellement des enjeux, des batailles spatiales ou un antagoniste charismatique, pourrait-il inverser la vapeur ? C'est possible, mais la pente est raide. Pour sauver ce retour au cinéma, il ne faudrait rien de moins que de redonner à Star Wars son sens de l'émerveillement. Il faudrait arrêter de jouer la carte de la sécurité et reprendre des risques artistiques. Nous avons besoin de voir des choses que nous n'avons jamais vues, pas des réchauffés de tauntauns et de vaisseaux reconstruits. Nous avons besoin d'une musique qui nous soulève, d'images qui nous font peur ou rêver. Sinon, ce film risque d'être le symptôme d'un déclin irréversible, la preuve qu'une légende peut s'éteindre non pas avec un bang, mais avec un soupir d'indifférence. Star Wars est plus qu'une saga, c'est un mythe, comme nous le rappelons souvent, mais même les mythes ont besoin de sang nouveau pour survivre à l'éternité.
Confession d'un fan : quand 36 secondes font mal au cœur
Je ne vais pas vous mentir, chers lecteurs. Lorsque j'ai vu apparaître le logo Lucasfilm sur mon écran ce dimanche de février 2026, mon cœur a raté un battement. Après sept longues années d'attente, après des mois de rumeurs, de démentis, de projets annoncés puis abandonnés, le moment était enfin arrivé. Star Wars revenait au cinéma. Du moins, c'est ce que je croyais. Ce qui a suivi ces quelques secondes de logo ne fut pas l'extase promesse d'un grand retour épique, mais une sensation étrange, faite de confusion, de déception et, osons le mot, de tristesse. Trente-six secondes. C'est tout ce que Disney et Lucasfilm avaient à nous offrir pour marquer le retour de la plus grande franchise de science-fiction de l'histoire du cinéma sur grand écran.
Le choc de l'attente brisée
Il faut comprendre l'ampleur de l'attente pour saisir la violence de la chute. Depuis décembre 2019 et la sortie de "L'Ascension de Skywalker", les fans de la galaxie lointaine se sont nourris de miettes. Des séries Disney+, certes, dont certaines excellentes comme les deux premières saisons de "The Mandalorian" ou l'ambitieuse "Andor". Or le cinéma Star Wars — cette odyssée partagée dans l'obscurité d'une salle, ce frisson commun quand les étoiles défilent à l'écran et que la fanfare de John Williams éclate depuis les haut-parleurs — tout cela n'était plus qu'un vague lointain souvenir. Chaque projet inédit annoncé — le métrage de Taika Waititi, celui de Patty Jenkins, les rumeurs d'une trilogie signée Rian Johnson — s'est heurté à un silence abyssal ou à un ajournement indéfini. Ainsi, lorsque Disney a officialisé que"The Mandalorian and Grogu" serait le prochain film Star Wars au cinéma, avec une diffusion d'un teaser pendant le Super Bowl LIX, l'espoir s'est ravivé. Enfin. Enfin nous allions retrouver cette magie perdue.
Trente-six secondes qui disent tout... et rien
Le problème avec ce teaser, c'est qu'il révèle exactement ce qui ne va pas avec la stratégie actuelle de Lucasfilm. Trente-six secondes, c'est à peine le temps de comprendre ce qu'on regarde. On y voit Din Djarin et Grogu sur un char tiré par des tauntauns. On aperçoit furtivement Sigourney Weaver. Le Razor Crest fait son retour, sans qu'on sache si c'est un flashback ou une reconstruction. Et c'est tout. Pas d'antagoniste, pas d'enjeu, pas de question qui titille la curiosité. Rien qui justifie le déplacement dans une salle de cinéma. Le pire ? Ce sentiment que les responsables marketing de Disney ont considéré que le simple fait d'entendre la musique de Star Wars et de voir un casque mandalorien suffirait à déclencher l'hystérie collective. Comme si la nostalgie était une monnaie qu'on pouvait dépenser indéfiniment sans jamais la renouveler. Ce teaser n'est pas une promesse d'aventure, c'est un produit dérivé qui s'ignore.