Un monstre de cinéma n'est pas forcément né dans un ordinateur. Dans Le Règne animal, les mutations qui bouleversent une famille prennent aussi forme grâce au travail de maquilleurs et de sculpteurs. Pour croire à une créature, il faut d'abord lui donner une forme - et l'inscrire dans une histoire.

Le long métrage de Thomas Cailley imagine une société où certains humains se transforment peu à peu en animaux. François tente de protéger sa femme et leur fils Émile, lui-même gagné par la métamorphose. L'AFCAE souligne la place du bestiaire, des maquillages et des effets spéciaux dans ce récit qui mêle drame familial, fantastique et fable écologique.
Le travail de la matière
Pour découvrir une partie de cette fabrication, le CNC a suivi Olivier Alfonso, maquilleur et superviseur des effets de maquillage chez CLSFX Atelier 69. L'atelier conçoit notamment des accessoires, des maquillages, des faux corps et des animaux fictifs. Alfonso y évoque son travail sur Le Règne animal, mais aussi sur Mandibules de Quentin Dupieux.
Ces métiers ne consistent pas seulement à dessiner un monstre. Il faut lui donner un volume et une présence que les acteurs peuvent côtoyer et que la caméra peut filmer. C'est l'un des atouts des effets réalisés sur le plateau : ils existent dans l'espace de la scène, ce qui permet d'accorder la lumière, le décor et le jeu à cette présence concrète.
Cela ne signifie pas que le film repose uniquement sur des trucages matériels. Le CNC rappelle que les créatures de cinéma naissent souvent d'un mélange entre effets spéciaux réalisés directement - maquillages, prothèses ou costumes - et effets numériques. Les sources disponibles ne détaillent toutefois pas la part exacte de chaque procédé dans Le Règne animal. Il serait donc hasardeux d'en tirer une recette technique précise.
La créature doit servir le récit
L'apparence ne suffit pas. Dans le film, la métamorphose d'Émile fait écho à l'adolescence et aux changements qu'il traverse, tandis que son père cherche à le protéger sans pouvoir décider de ce qu'il devient. L'AFCAE relève la dimension familiale du récit et son lien avec la nature. Cette lecture ne renseigne pas sur les choix de fabrication, mais aide à comprendre pourquoi le bestiaire compte autant : les créatures ne sont pas de simples attractions, elles incarnent le trouble au coeur de l'histoire.
Le film a reçu le César 2024 des meilleurs effets visuels. Cette récompense reconnaît un résultat, pas une méthode particulière. Elle ne permet pas, à elle seule, de savoir quelles scènes ont été réalisées avec du maquillage, des prothèses ou des images numériques.
Dans le cinéma de créatures, l'illusion est d'autant plus forte qu'on oublie l'atelier qui l'a rendue possible.