Rebecca n'a pas été sauvé d'une annulation imminente. Les tensions documentées autour du film portent plutôt sur le contrôle artistique : Alfred Hitchcock voulait tirer du roman de Daphne du Maurier un récit de suspense, tandis que le producteur David O. Selznick exigeait une adaptation fidèle. Le film a abouti par une série d'arbitrages, sans que les désaccords attestent d'un arrêt de production réellement proche.
Un roman, deux visions du film
Quand Hitchcock arrive à Hollywood en 1939, Selznick lui confie l'adaptation de Rebecca. Le producteur veut retrouver le roman à l'écran, scène après scène. Hitchcock, lui, considère le livre comme un point de départ et souhaite privilégier le suspense plutôt que l'intrigue sentimentale.
La divergence apparaît dès le traitement du scénario. Selznick lui adresse une longue note de reproches, puis Hitchcock revient au texte de Du Maurier. Il ne s'agit pas d'une adhésion sans réserve : une modification importante survit à cette révision, celle des circonstances de la mort de Rebecca. Selon TCM, ce changement répond aux objections des censeurs.

La censure agit donc sur le contenu, mais les éléments rapportés ne laissent pas entendre qu'elle ait menacé l'existence du film. Elle impose plutôt une limite à l'adaptation, à laquelle l'équipe trouve une réponse.
Sur le plateau, une autre idée du travail
Le désaccord se prolonge pendant le tournage. Hitchcock préparait ses séquences à l'avance et filmait les plans nécessaires au montage qu'il avait en tête. Selznick lui demandait davantage d'angles, afin de disposer de choix au montage. Pour le réalisateur, ces options supplémentaires n'étaient pas utiles : les plans avaient été conçus pour s'assembler d'une manière précise.
Cette opposition révèle deux façons de produire un film. Selznick, producteur très impliqué, voulait garder une marge de contrôle sur le résultat. Hitchcock défendait une mise en scène pensée comme un ensemble, où multiplier les prises ne signifiait pas forcément gagner en liberté. Les interventions du producteur sur le plateau irritaient le réalisateur, mais le récit de TCM décrit des tensions professionnelles, pas une rupture.
Un compromis, pas une capitulation
Hitchcock a renoncé à une partie de son approche initiale du roman, tandis que Selznick n'a pas obtenu une transposition entièrement littérale : la modification liée à la censure est restée. Le résultat tient ainsi moins d'une victoire nette que d'un partage des contraintes - entre fidélité au livre, vision du réalisateur et règles imposées au scénario.
Ces tensions ne prouvent pas que le film en soit meilleur. Elles éclairent néanmoins les arbitrages qui l'ont façonné. Rebecca a remporté l'Oscar du meilleur film, accepté par Selznick : la récompense consacre le résultat, non l'entente entre le producteur et le réalisateur.