
Le cinéma repose sur une définition simple, caractéristique d'un genre littéraire bien connu : l'apologue. Son principe ? Instruire le spectateur tout en le distrayant. Seulement, ce décalage entre réalité et fiction divise l'imposant bloc artistique du septième art en deux courants souvent traités inégalement : d'un côté, le divertissement avec sa batterie d'effets spéciaux ; de l'autre, une mise en scène épurée qui s'efface derrière de profonds dialogues réalistes.
Le cinéma de divertissement et ses blockbusters
Les partisans des longs métrages à grand spectacle affirment que le cinéma est avant tout un divertissement destiné à nous dépayser. Il nous fait rêver à travers des images époustouflantes, des décors insolites ("Star Wars"), des personnages mythiques et idéalisés, aux prises avec des affrontements spectaculaires entre des forces opposées — le bien et le mal. L'adaptation du célèbre roman fantastique de Tolkien, "Le Seigneur des Anneaux", en est l'illustration parfaite.
Ces véritables fresques héroïques utilisent le numérique de façon outrancière pour accentuer le divertissement, illustrant bien l'effet d'informatisation qui domine une société moderne marquée par la mondialisation. Les explosions, l'action à revendre façon John Woo dans "Mission: Impossible 2" et le fantastique sont des sujets que le cinéma doit aborder. Dans cette optique, le cinéma n'est qu'un divertissement, rien de plus.
Le cinéma réaliste : un miroir de la société
Mais les plus nostalgiques et visionnaires rechignent. Où est passé le cinéma d'antan, plus proche du quotidien ? Où est passée la profonde émotion des drames romantiques comme "Autant en emporte le vent", ou la peinture d'une société en crise durant la Seconde Guerre mondiale (on pense à "La Grande Vadrouille") et ses conséquences ? Certains citeront Charlie Chaplin qui, sur un ton burlesque, critiquait la société de son temps.
Pour cette catégorie de cinéphiles, pas question de cinéma à grand spectacle. Les effets spéciaux ne sont qu'un dédale assourdissant et ennuyeux, souvent superficiel et d'une irrévérence absolue. Le cinéma a pour but de retranscrire un certain réalisme à l'écran. Si les partisans du pur divertissement caressent la beauté en surface — se contentant d'observer et d'admirer —, les autres privilégient la réflexion et prônent la profondeur de situations et dialogues réalistes à travers des thèmes phares de la vie quotidienne : l'amour, la mort, les passions, la haine, la jalousie, mais aussi la drogue et autres fléaux de notre société.
Si le spectateur se reconnaît dans les tourments d'un personnage en pleine crise, la mise en scène doit aussi l'amener à réfléchir sur ses propres convictions, sur la réalité du monde actuel. Avant de divertir, le cinéma doit mettre en avant une véritable réflexion psychologique, un miroir où se reflète la réalité de chacun d'entre nous.
Les limites de la réalité au cinéma
Pourtant, un film reste avant tout un film : des personnages fictifs interprétés par de brillants acteurs, un décor souvent bâti de toute pièce en studio, et des millions de dollars en jeu. La réalité est loin quand on sait ce qui se cache derrière la caméra. David Lynch a d'ailleurs montré tout le pouvoir illusionniste du cinéma, sa capacité à manipuler et tromper le spectateur ("Mulholland Drive"). Certes, le cinéma peut délivrer un message authentique qui invite à la réflexion, mais par sa mise en scène souvent caricaturale, le septième art reste un divertissement.
À la manière des acteurs qui le font vivre, le cinéma joue en fait plusieurs rôles, naviguant entre un film trop réaliste qui bascule dans le documentaire et le fantastique qui nous transporte dans un autre monde. Le septième art aborde une panoplie de sujets tous très différents mais non moins intéressants, d'où l'impossibilité de l'associer à un stéréotype bien précis.