Valentin, un SDF crackhead au bandeau douteux, retrouve par hasard son fils Joseph sur le parking d'un supermarché. Joseph est vegan, bobo, militant pour les migrants, et vit avec Alice, sa jolie femme. En quelques heures, le père va entraîner son fils dans un chaos de crack, de trafic de jeunes femmes et de violence grotesque. Voilà le pitch de « Plus forts que le diable », le nouveau film de Graham Guit, sorti le 25 mars 2026. Entre hommage appuyé à Tarantino, esthétique de polar goudronné et humour trash, cette comédie Z franco-belge divise déjà la critique. Télérama lui donne 3/5, La Libre le qualifie de « foireux », tandis que certains y voient l'OVNI le plus réjouissant de l'année.

Melvil Poupaud en père crackhead : le pitch qui tue
Le film démarre sur un parking de supermarché, décor banal s'il en est. Valentin (Melvil Poupaud) traîne près de sa caravane miteuse, une clope au bec, le regard vitreux. Il n'a pas vu son fils Joseph (Harpo Guit) depuis vingt ans. Quand Joseph surgit, accompagné de sa femme Alice (Marine Vacth), la rencontre est tout sauf chaleureuse. Valentin est un « tocard à bandeau », comme le décrivent les critiques : il fume du crack, vit dans le dénuement le plus total, et semble tout droit sorti d'un film des frères Coen. Joseph, lui, est un bobo vegan qui aide les migrants et porte des pulls en laine bio. Le choc des cultures est immédiat, et c'est ce décalage qui sert de moteur comique principal.
Valentin et Joseph : une histoire de famille aussi toxique qu'une overdose de crack
Le conflit père-fils est au cœur du récit. Valentin n'a rien d'un père modèle : il est menteur, manipulateur, et semble incapable de la moindre once de responsabilité. Quand il propose à Joseph de « passer un moment ensemble », on sent le piège se refermer. Le fils, naïf et idéaliste, accepte. Très vite, Valentin l'entraîne dans des combines louches, des trafics absurdes, et une descente aux enfers rythmée par des dialogues ciselés. Melvil Poupaud, méconnaissable avec sa calvitie et son survêtement crasseux, livre un numéro d'acteur réjouissant. Il « surnage en père malhonnête, hilarant de mauvaise foi », écrit La Libre. Harpo Guit, le vrai fils du réalisateur, joue Joseph avec une candeur qui frôle le ridicule — mais c'est exactement ce que demande le film.

Marine Vacth au cœur du chaos : Alice prise entre deux feux
Alice, interprétée par Marine Vacth, est le personnage le plus « normal » du film. Elle est belle, intelligente, et tente de raisonner son mari face aux frasques de Valentin. Son rôle ne se limite pas à la figuration. Très vite, elle devient l'objet de toutes les convoitises : Valentin la regarde d'un œil libidineux, et les criminels rencontrés en chemin la prennent pour cible. Marine Vacth apporte une touche de grâce dans ce chaos trash. Sans elle, le film perdrait son ancrage émotionnel. Elle est le point fixe autour duquel gravite la folie ambiante, et sa présence élève le matériau de base.
Un synopsis qui papillonne entre plusieurs trajectoires
L'histoire ne se limite pas au duo père-fils. Elle papillonne entre plusieurs personnages dont les trajectoires vont s'entrechoquer pour finir dans un chaos général. Il y a JP (Nahuel Pérez Biscayart), un pote de Valentin d'une confondante naïveté. Il y a Mila et Gigi (Asia Argento), un caïd néonazi. Et il y a ce trafic de jeunes femmes qui sert de fil rouge à toute la virée. Le site Mondocine résume bien l'affaire : « Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils Joseph après vingt ans d'absence et le précipite, lui et sa femme Alice, dans un chaos total. Avec JP, Mila et Gigi, le diable n'a qu'à bien se tenir. »

Graham Guit, l'OVNI du cinéma français qui revient après vingt ans d'absence
Comment un film aussi barré a-t-il pu voir le jour ? Pour le comprendre, il faut s'intéresser à son réalisateur. Graham Guit n'est pas un inconnu, mais il était absent des écrans depuis près de vingt ans. Son dernier long métrage remontait au début des années 2000. Entre-temps, il a écrit, produit, et surtout regardé ses enfants devenir cinéastes à leur tour. Ce retour est donc une affaire de famille, et cela se sent dans chaque plan du film.
Du « Ciel est à nous » (1997) aux « Kidnappeurs » (1998) : retour sur une filmographie culte
Graham Guit a signé deux films marquants dans les années 1990. « Le ciel est à nous » (1997) racontait l'histoire d'un groupe de jeunes qui tentent de s'évader de leur quotidien par la musique et la vitesse. « Les Kidnappeurs » (1998) était un polar noir teinté d'humour absurde, déjà porté par une énergie décomplexée. Ces deux œuvres lui avaient valu une réputation de cinéaste à part, un peu marginal, trop barré pour le mainstream. Puis plus rien. Pendant vingt ans, Guit a disparu des radars. Il a travaillé dans l'ombre, écrit des scénarios, et vu ses fils Harpo et Lenny se lancer dans la réalisation. « Près de trente ans séparent Plus forts que le diable et Le ciel est à nous », note le site Tsounami. Ce retour est celui d'un artiste qui n'a rien perdu de son mordant, mais qui a gagné en décomplexion.

Un clan aux commandes : Harpo et Lenny Guit rejoignent l'aventure
Harpo Guit, le fils aîné, incarne Joseph. Lenny Guit, le cadet, est réalisateur de films comme « Aimer perdre » (2025) et « Fils de plouc ». Tous deux ont grandi dans l'ombre de leur père, baignant dans le cinéma depuis l'enfance. Pour « Plus forts que le diable », Graham Guit a réuni la famille : Harpo devant la caméra, Lenny en soutien technique, et lui-même à la réalisation. Cette dimension familiale donne au film une authenticité rare. On sent que le projet est né d'une envie sincère de faire du cinéma ensemble, sans calcul ni compromis. Le film a été tourné par des Français en Belgique, avec une équipe technique réduite mais soudée.
Une production indépendante portée par Maverick Films
Le film est produit par Maverick Films et Rockstone Films, avec une distribution assurée par Pathé et d'autres salles indépendantes. Sa durée est de 1h24, un format ramassé qui colle parfaitement au rythme frénétique du récit. Les ventes internationales sont gérées par The Pool, ce qui laisse espérer une diffusion plus large dans les mois à venir. Le film a été présenté en 2025 au Festival du nouveau cinéma de Montréal, où il a déjà fait parler de lui. Aucune plateforme de streaming n'a été annoncée à ce jour (mai 2026), mais on peut raisonnablement parier sur une exploitation future.
Une galerie de personnages barrés : d'Asia Argento en caïd néonazi à Nahuel Pérez Biscayart
Le casting est l'une des forces majeures du film. Chaque acteur semble venir d'un univers différent, et c'est ce mélange improbable qui fait la richesse comique et dérangeante de l'ensemble. Du caïd néonazi incarné par Asia Argento au loser magnifique joué par Nahuel Pérez Biscayart, en passant par le duo père-fils Poupaud/Harpo Guit, la distribution est un feu d'artifice de contrastes.
Asia Argento, la métamorphose choc du film
Asia Argento, actrice italienne connue pour ses rôles dans le cinéma d'auteur et ses collaborations avec Gaspar Noé, incarne ici Mila/Gigi, un caïd néonazi. Le contraste est saisissant. Arborant une coupe de cheveux rasée et un look paramilitaire, elle dégage une aura menaçante qui contraste avec son jeu habituel. Ce choix de casting est un signal fort : le film ne recule devant rien, pas même devant la provocation. Argento apporte une crédibilité inattendue à ce personnage pourtant caricatural. Sa présence donne du poids à l'intrigue et ancre le film dans un registre de polar noir, malgré les excès comiques.

Melvil Poupaud, révélation comique d'un « tocard à bandeau »
Melvil Poupaud est la révélation du film. L'acteur, habitué des rôles plus sérieux, se transforme ici en clochard crackhead hilarant. Télérama parle d'un « numéro réjouissant », et le mot est juste. Poupaud incarne Valentin avec une mauvaise foi contagieuse : il ment, triche, vole, mais le fait avec un charisme déconcertant. Sa calvitie, son survêtement délavé et son bandeau crasseux en font un personnage inoubliable. Il est le moteur comique du film, celui par qui le chaos arrive. Sans lui, « Plus forts que le diable » ne serait qu'un polar banal. Avec lui, c'est une bombe comique.
Nahuel Pérez Biscayart et Raïka Hazanavicius : les seconds rôles qui marquent
Nahuel Pérez Biscayart incarne JP, le pote naïf de Valentin. Son personnage apporte une touche de douceur absurde dans ce monde de brutes. Raïka Hazanavicius complète le casting avec un rôle qui reste à découvrir. L'ensemble forme une galerie de personnages hauts en couleur, où chaque acteur semble avoir eu carte blanche pour improviser et surjouer. C'est ce qui donne au film son atmosphère de foire délirante, où rien n'est pris au sérieux, pas même la violence.
OVNI garanti : un cocktail détonant entre Tarantino, les frères Coen et la comédie belge
Le style du film est aussi unique que son casting. « Plus forts que le diable » est un mélange audacieux de polar noir, de comédie trash et de thriller gore. Les critiques ont cité des influences allant de Roger Avary à Danny Boyle, en passant par Quentin Tarantino et les frères Coen. Ajoutez à cela une touche de comédie belge déglinguée, et vous obtenez un cocktail explosif.
Un polar noir goudron zébré de rose : l'esthétique décomplexée du film
Télérama décrit le film comme un « polar noir goudron, zébré du rose de vieilles vestes de jogging ». L'image est parfaite. La direction artistique assume un look trash : caravane miteuse, néons fluorescents, vestes de survêtement criardes. La violence est cartoonesque, les couleurs saturées, et l'ensemble respire une liberté totale. Graham Guit ne cherche pas à faire joli : il veut choquer, faire rire, et déstabiliser. L'esthétique sert le propos : dans ce monde de marginaux et de trafiquants, le mauvais goût est la norme.
Le sens du rythme et du douteux : un hommage à la comédie belge et au cinéma Z
Le site Tsounami salue le « sens du rythme et du douteux » du film. Les influences sont multiples : Roger Avary pour la structure narrative, Tarantino pour les dialogues, les frères Coen pour l'humour noir, et Danny Boyle pour la frénésie de « Petits Meurtres entre Amis ». Mais la touche belge est peut-être la plus marquante. On pense à « Dikkenek » ou « Lucky » d'Olivier Van Hoofstadt, ces comédies déjantées qui n'ont peur de rien. « Plus forts que le diable » s'inscrit dans cette tradition : il sait ce qu'il est, s'y cantonne, et y va à fond les ballons. Cette absence de honte est précisément ce qui fait sa force.

Un équilibre précaire entre génie et navet
Avec ses allures de tambouille bordélique et biscornue, le film avait tout pour sombrer du côté des pires navets mal fagotés. Mais Graham Guit réussit à tirer de tout ça un film follement amusant, à condition de ne pas trop se poser de questions. Comme le dit Mondocine : « Perché en équilibre précaire sur sa casse-gueule ligne de crête, Graham Guit réussit à tirer de tout ça un film follement amusant. » C'est un quitte ou double : on entre dans le délire, ou on reste à la porte.
3/5 pour Télérama, « foireux » pour La Libre : le clivage parfait
Le film divise. Et c'est tant mieux. D'un côté, les critiques enthousiastes crient au génie. De l'autre, les sceptiques déplorent un projet qui se déballonne. Ce clivage est en soi un sujet intéressant : il révèle à quel point « Plus forts que le diable » est un film de niche, qui ne plaira pas à tout le monde.
Ce que les fans y voient de génial
Pour ses admirateurs, le film est un « délire chaotique » parfaitement maîtrisé. Mondocine parle d'un « joyeux mélange lorgnant du côté de Roger Avary, de Quentin Tarantino, des frères Coen, du Danny Boyle de Petits Meurtres entre Amis ». Tsounami renchérit : « Chaque année entre les Oscars et le Festival de Cannes, il ne se passe rien. Quand tout à coup vous explose à la figure une bombe comique inattendue. » Ce qui séduit, c'est la sincérité du projet. Le film ose être ce que les autres films de genre auto-proclamés « elevated » n'osent pas être : un pur divertissement décomplexé, sans prétention artistique.
Pourquoi le film se déballonne assez vite selon ses détracteurs
La Libre Belgique, tout en saluant le retour de Graham Guit et la performance de Melvil Poupaud, déplore que « le film se déballonne assez vite ». La charge poétique ne prend pas, l'accumulation de personnages finit par lasser, et le rythme retombe après un début prometteur. Le reproche principal concerne les maladresses : certaines scènes sont trop longues, d'autres trop bâclées. Pour ceux qui n'acceptent pas le postulat Z, le film paraît brouillon, inabouti. Ce jugement est valable si l'on regarde « Plus forts que le diable » comme un film conventionnel. Mais c'est précisément ce que le film refuse d'être.
Les avis spectateurs : entre rire et perplexité
Sur AlloCiné, les premiers avis spectateurs reflètent ce clivage. Certains crient au génie, parlent d'un « OVNI réjouissant » et d'une « comédie trash qui fait du bien ». D'autres déplorent un « film mal fagoté » et une « tentative ratée d'imiter Tarantino ». Une chose est sûre : personne ne reste indifférent. Le film provoque des réactions viscérales, et c'est peut-être là sa plus grande qualité.
Bilan : futur film culte ou nanar oublié ?
Alors, que faut-il en penser ? Le film est-il un futur film culte ou un nanar oubliable ? La réponse dépend entièrement de votre rapport au cinéma Z. Si vous aimez les comédies belges déjantées, les hommages à Tarantino et les films qui ne se prennent pas au sérieux, foncez. Si vous attendez un film propre, consensuel et bien ficelé, passez votre chemin.
Où voir « Plus forts que le diable » : sortie salle et avenir streaming
Le film est sorti en salles le 25 mars 2026, avec des avant-premières le 24 mars. Il dure 1h24 et est produit par Maverick Films et Rockstone Films. Actuellement, il est encore projeté dans certains cinémas Pathé et autres salles indépendantes. Aucune plateforme de streaming n'a été annoncée à ce jour (mai 2026). Pour profiter pleinement de l'expérience, il est conseillé de le voir en salle : l'effet de groupe renforce le comique et l'ambiance déjantée. Les ventes internationales sont gérées par The Pool, ce qui laisse espérer une diffusion plus large dans les mois à venir.
Faut-il foncer tête baissée dans ce délire chaotique ?
Si vous aimez « Pulp Fiction », les frères Coen, les comédies belges déglinguées et le cinéma qui ose tout, « Plus forts que le diable » est fait pour vous. Melvil Poupaud y livre une performance mémorable, Asia Argento surprend, et l'esthétique trash est un régal pour les amateurs du genre. En revanche, si vous êtes sensible aux maladresses narratives et aux excès de mauvais goût, passez votre chemin. Notre verdict : 3,5/5 pour les fans de cinéma Z, 1,5/5 pour les autres. Un film clivant, donc — et c'est précisément ce qui le rend intéressant.
Un OVNI qui mérite le détour
« Plus forts que le diable » est une expérience cinématographique unique, qui ne laisse personne indifférent. Graham Guit signe un retour fracassant avec une comédie Z décomplexée, portée par un casting étonnant et une énergie contagieuse. Le film a ses défauts, et ses détracteurs ne manquent pas d'arguments. Mais pour ceux qui acceptent d'entrer dans son délire, c'est un pur moment de plaisir, trash et jubilatoire. À voir en salle, entre amis, avec un bon verre de whisky — et surtout, sans se prendre au sérieux.