
Phone Game est un film excitant... Son scénario aurait pu être lu par Hitchcock et aurait traversé les années sans que personne ne sache vraiment quoi en faire : un huis-clos qui se déroulerait intégralement dans une cabine téléphonique ! Et malgré des critiques partagées, l'exercice était assez original pour tenter l'expérience. Au final, le film se révèle très intéressant dans la forme, même si l'on perçoit vite les limites du projet. Mais c'est surtout le fond qui nuit à l'œuvre, avec une bonne louche de morale à deux balles...
Phone Game : de quoi parle le film ?
Stu Shepard est un attaché de presse à qui tout réussit, et qui se donne les moyens pour réussir, quitte à écraser les autres sur son passage. Au coin d'une rue de New York, il se rend dans une cabine téléphonique pour appeler une jeune comédienne qu'il essaie de mettre dans son lit... et tromper sa femme par la même occasion ! Mais alors qu'il sort de la cabine, le téléphone se met à sonner. Stu décroche et se retrouve en ligne avec un homme qui connaît tout de sa vie, et qui le vise avec une carabine depuis une des nombreuses fenêtres des gratte-ciels alentour. Un chantage mortel s'engage alors entre les deux protagonistes.
Huis-clos rythmé : une réalisation dynamique
Le film se déroule donc intégralement dans une cabine téléphonique ! Mais le réalisateur Joel Schumacher n'a pas hésité à faire un film très court — 1h20 — afin de laisser le moins de temps mort possible, et d'intégrer de nombreux rebondissements pour ne pas baisser le rythme. La réalisation dynamique, avec l'utilisation intelligente d'images incrustées, plonge directement le spectateur dans le film et ne le laisse pas souffler ! Bref, c'est speed, on ne s'ennuie pas une seconde malgré l'unité de lieu, et la réalisation est soignée. Dans la forme, le pari est globalement gagné !
Les limites de l'exercice de style
« Globalement », parce qu'on sent quand même vite les limites de cet exercice de style : puisque le personnage ne bouge pas, il n'y a aucune action ! Tout le film repose sur des dialogues, certes bien écrits, mais qui peuvent saouler à la longue... puisqu'ils ne s'arrêtent jamais ! Et comme les personnages sont plutôt stressés — normal, ils sont menacés par un psychopathe ! —, certains passages sont particulièrement éprouvants d'hystérie. De même, certaines scènes semblent s'éterniser pour combler le film. Ainsi, pendant un long moment, le tireur s'amuse à viser la femme de Stu, puis sa maîtresse, puis sa femme, puis sa maîtresse, puis sa... arg ! Arrête !
Une expérience cinématographique originale
Évidemment, le pari du film était audacieux, et ces défauts sont la conséquence presque nécessaire de cet exercice. Phone Game reste donc dans la forme une œuvre quasi expérimentale, à voir par curiosité car ce type de huis-clos a rarement (jamais ?) été vu au cinéma. Le film reste donc plutôt bien réussi.
La performance de Colin Farrell
À noter également, la prestation exceptionnelle de Colin Farrell, qui joue quand même durant tout le film avec un combiné scotché au visage, et avec quasiment personne pour lui donner la réplique ! Et pourtant, il se révèle tout à fait convaincant dans toutes les situations, et sur différents registres.
Pourquoi le scénario moralisateur déçoit
Le problème vient donc plutôt du fond du film... Si le scénario comporte certains aspects très intéressants, notamment le mélange de « torture » psychologique, d'humour et de cynisme du tueur, le mobile du tueur est d'un moralisme déprimant, et peut amener à controverse. En effet, si Stu se fait menacer de la sorte, c'est parce qu'il a passé toute sa vie à mentir aux autres... Humm, la menace semble un peu disproportionnée par rapport à la faute. Alors on attend la révélation finale, la faute de Stu qui pourrait justifier cette menace : manque de chance, la conclusion est bien décevante. Et le film se conclut sur une morale déprimante de bons sentiments : amour, altruisme, confiance en l'autre, entraide et solidarité, gnagnagna... on aurait aimé un final moins moralisateur et gentillet !
Joel Schumacher : un réalisateur controversé
Alors, la faute reviendrait-elle au réalisateur, capable du bon comme du pire (il a quand même réussi à couler la franchise Batman, grâce à Batman et Robin, fallait le faire !), mais dans un registre toujours polémique ? Que ce soit sur la peine de mort (Le Droit de tuer ?), la vengeance (8 mm), notre société fabriquant des tarés (Chute libre), quasiment chacun de ses films est sujet à controverse... Et dans Phone Game, même si rien n'est franchement horripilant, on peut être gêné par certains détails : le tueur se prend pour un dieu qui jugerait les bons et les méchants citoyens, et éliminerait les vilains ! Et il met sur le même plan les pédophiles, les patrons qui s'en mettent plein les poches sur le dos des petits actionnaires, et les gens qui trompent (ou veulent tromper !) leur femme !! Et comme le film va à 100 à l'heure, tous ces petits détails sont balancés à la va-vite sans aucune justification. Bref, un peu de finesse aurait été la bienvenue...
Verdict : un film à réserver aux curieux
Phone Game est donc un film intéressant pour voir quelque chose d'original et de rarement vu au cinéma, une expérimentation brillamment réussie dans sa forme, avec quelques défauts pardonnables. L'histoire, par contre, est au mieux très décevante et pas hyper originale, au pire une leçon de morale à la con dont on se serait bien passée... Bref, un film à réserver aux gens curieux, qui veulent découvrir une œuvre atypique.