
Synopsis : La tuerie de Columbine, encore et toujours, mais cette fois jouée par des acteurs (contrairement au documentaire de Michael Moore) et filmée du point de vue d'une dizaine d'adolescents différents, durant l'heure précédant le carnage : un type inoffensif, un maniaque de la photo, un play-boy sportif et sa copine, trois allumeuses sans cervelle, une intello à lunettes, et bien sûr, Alex et Eric, les deux responsables du drame. Le film nous plonge dans leur univers dès le début, bourré de clins d'œil plus ou moins évidents à la société américaine adolescente.
Pourquoi Elephant est un film choc ?
La principale qualité du film est de ne pas se perdre dans les clichés larmoyants qu'offrait le sujet. On ne ressort pas ému d'Elephant, on en ressort plus chamboulé au niveau de la réflexion que des sentiments. Ceci grâce au jeu des acteurs qui sonne juste. Gus Van Sant avoue avoir laissé ses jeunes comédiens improviser sur une base de dialogues écrits, ce qui donne une impression de naturel et de fluidité.
Visuellement, le film est tourné en plans-séquences, qui reprennent cette fluidité et en même temps donnent la sensation d'un événement inéluctable. Le point reliant les aventures des personnages est leurs incessants déplacements dans les couloirs, toujours obscurs, vers la lumière arrivant de face. Le fameux couloir de la mort. La plupart des scènes sont vues plusieurs fois suivant les personnages qui se croisent. Le spectateur est donc forcé de suivre les incessants retours temporels du réalisateur, ceux-ci étant facilités par des raccords très bien faits.
Une constatation sociale sans jugement
Une autre grande qualité d'Elephant est qu'il ne blâme personne. Le proviseur du lycée n'est pas vu comme un sadique sanguinaire, les deux responsables de la tuerie (je refuse le terme de tueurs) ne sont pas décrits ni comme des victimes, ni comme des psychopathes. Et en plus, ils n'écoutent même pas de Manson… Somme toute, ils apparaissent plus humains qu'on ne voudrait le croire. Contrairement à Bowling for Columbine, il ne dénonce pas le trafic d'armes.
S'il ne blâme pas, Elephant constate. Il constate que deux gosses signent un bon de commande pour une arme automatique, il constate qu'ils massacrent des milliers de gens sur leurs ordinateurs, il constate que certains doivent ramener leur père ivre à la maison, il constate que les filles se font vomir, que la société lycéenne est divisée. Il constate pas mal de choses qu'on sait déjà en fait, mais à force de constater, il interroge.

John Robinson
Alex et Eric : portrait des deux responsables
En ce qui concerne les personnages, tous différents, ils sont tous intéressants, mais Gus Van Sant suit de plus près Alex et Eric, interprétés par John Robinson et Elias McConnell. Les deux responsables. À force de filmer très près de ses acteurs, Van Sant nous rapproche d'eux. Lorsque l'un des deux joue « La lettre à Élise » (j'avais bien dit qu'ils n'écoutaient pas de Manson), on se demande un peu comment ils ont pu en arriver là. Les liens entre ces deux garçons sont complexes. Il y en a un brun et un blond : le brun joue du piano pendant que l'autre massacre des tas de pixels sur son PC, ils s'embrassent dans la douche (allez le voir et vous saurez pourquoi) et le brun tue le blond. Grâce à ce mélange, le réalisateur n'accuse pas plus l'un que l'autre.

Elias McConnell
Pourquoi ce titre ?
Dernière question : pourquoi « Elephant » comme titre ? C'est la reprise du titre d'un court métrage irlandais sur la violence.
Bref, des scènes magnifiques + des messages importants + des acteurs formidables = une Palme d'or.