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Cinéma

Melania (film) : critique et analyse du doc à 40 millions de dollars

Imaginez un instant sortir un documentaire avec un budget pharaonique, des ambitions cinématographiques démesurées et une campagne de marketing qui ressemble à l'annonce d'un blockbuster d'été, mais pour finir avec un critique qui le qualifie de...

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Imaginez un instant sortir un documentaire avec un budget pharaonique, des ambitions cinématographiques démesurées et une campagne de marketing qui ressemble à l'annonce d'un blockbuster d'été, mais pour finir avec un critique qui le qualifie de "très, très ennuyeux". C'est un peu la situation absurde dans laquelle se trouve le projet Melania, ce film documentaire américain sorti en 2026 qui a fait beaucoup de bruit avant même sa première projection. En tant que passionné de stratégies et d'analyses de "meta", je ne pouvais pas passer à côté de ce cas d'école. Ici, on ne parle pas de gameplay, mais de "storytelling" politique et d'image publique.

Ce film n'est pas simple à décrypter. D'un côté, on a une machine de guerre médiatique avec un réalisateur revenant de loin, Brett Ratner, et de l'autre, une protagoniste qui divise l'Amérique comme aucun autre personnage public ne le fait. Nous allons décortiquer ensemble les vingt jours qui ont mené à la deuxième investiture de Donald Trump, voir ce que ce long-métrage nous dit sur la stratégie de communication de la First Lady, et pourquoi ce "match" s'est soldé par un cuisant échec critique. Accrochez-vous, on rentre dans le replay détaillé d'une opération qui avait tout d'une faille dans la matrice.

Le concept du film : Vingt jours pour changer l'histoire

Le pitch de base est simple, presque hypnotique dans sa simplicité. On suit Melania Trump, épouse du 47ème président des États-Unis, pendant une période très précise et cruciale : les vingt jours précédant l'investiture de son mari. Le titre original, Melania: Twenty Days to History, ne cache d'ailleurs pas son ambition. On est en plein dans le genre "fly on the wall", cette technique documentaire où la caméra prétend être une mouche sur le mur, observant sans intervenir.

Une fenêtre exclusive sur la Maison Blanche

L'idée était de proposer un accès sans précédent, un "behind the scenes" ultime. Le spectateur est censé découvrir la préparation logistique, les choix vestimentaires, les réunions de staff et les moments de recueillement d'une First Lady sur le point de reprendre ses fonctions. C'est le genre de concept qui, dans l'esport, ferait rêver les fans pour voir la préparation d'une équipe avant un mondial. Ici, le "mondial" c'est la prise de pouvoir à Washington.

Le film cherche à humaniser une figure souvent perçue comme glaciale et distante. On la voit parcourir les couloirs de la résidence, discuter avec ses conseillers, et s'occuper de la finalisation des détails protocolaires. C'est une tentative de montrer la charge mentale et le rôle de l'épouse du président sous un angle inédit, loin des tribunes politiques habituelles.

Le retour de Donald Trump

Bien que le film se concentre sur Melania, l'ombre de Donald Trump plane évidemment sur chaque image. Il s'agit de sa deuxième investiture, une situation rare dans l'histoire politique américaine. Le documentaire tente de capturer l'électricité de ce moment historique, là où une famille revient au pouvoir après une élection tumultueuse en 2024. C'est un contexte tendu, et le film joue beaucoup sur cette atmosphère de "comeback", ce retour sur le devant de la scène qui ressemble à une équipe favorite qui reviendrait après une saison en purgatoire.

Une production d'envergure : derrière les coulisses du deal

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Image: Melania / TMDB

C'est ici que les choses deviennent vraiment intéressantes pour l'analyste de la pop culture que je suis. La genèse de ce projet est un véritable "business case" qui ferait pâlir d'envie plus d'un producteur de jeux vidéo. On a rarement vu une telle bataille d'enchères pour un documentaire politique.

La guerre d'enchères entre géants du streaming

Dès le début du projet, grosso modo après l'élection de 2024, les plus grandes plateformes se sont tirées la bourre pour avoir les droits de diffusion. On parle de Disney, de Netflix, de Paramount Pictures et bien sûr d'Amazon MGM Studios. C'est comme si Epic, Riot et Blizzard se battaient pour avoir l'exclusivité d'un événement en direct. À la fin, c'est Amazon qui a remporté la mise avec une offre record.

Le montant de l'offre ? 40 millions de dollars. C'est une somme astronomique pour ce genre de format. C'est le prix le plus élevé jamais payé pour un documentaire lors d'une acquisition. Cela montre à quel point les plateformes pensaient qu'elles avaient entre les mains un "killer app", un titre capable de drainer des millions d'abonnés et de générer du buzz massif.

Brett Ratner de retour au premier plan

Le réalisateur choisi pour mener ce projet à bien est Brett Ratner. Pour les cinéphiles, c'est un choix surprenant. Ratner n'avait plus réalisé de film depuis 2017, suite à de graves accusations d'agressions sexuelles qui avaient éclaté à l'époque du mouvement #MeToo. Le voir revenir avec un projet d'une telle envergure est une décision stratégique audacieuse, voire risquée, de la part de l'équipe de production.

Ratner est connu pour des films grand public, des blockbusters au rythme effréné. Son approche de ce documentaire devait sans doute apporter cette touche "Hollywoodienne", cette volonté de tout transformer en spectacle. Le résultat est une esthétique très soignée, presque clinique, qui tente de donner un aspect biopic hollywoodien à des images documentaires. C'est une tentative de légitimation par l'image.

La star du documentaire : Melania Trump reprend le contrôle

On ne peut pas parler de ce film sans parler de la mainmise de la protagoniste elle-même sur le projet. Contrairement à beaucoup de documentaires politiques où le sujet est passif, Melania Trump est ici très active. Elle n'est pas juste devant la caméra, elle est derrière.

Un rôle de productrice très rémunéré

Melania Trump n'est pas seulement le sujet du film, elle est coproductrice. C'est un détail crucial car cela lui donne un droit de veto sur le contenu. On est donc en présence d'une narration "curatée" de A à Z. Aucune image n'a pu être diffusée sans son aval. C'est ce qu'on pourrait appeler une "stratégie de contrôle total", similaire à un joueur qui coderait son propre jeu pour s'assurer d'être toujours en position favorable.

Il a été rapporté qu'elle a touché une somme dépassant les 25 millions de dollars pour sa participation au projet. C'est une rémunération qui dépasse l'entendement pour un documentaire, surtout quand on la compare au budget total de production. Cela explique aussi la tension financière sur le projet : une grosse partie du budget est partie directement dans la poche de la star, laissant peut-être moins de marge pour la construction narrative ou la post-production.

La vision artistique et l'ambition créatrice

Dans le film, on essaie de présenter Melania comme une artiste, une visionnaire. Dans une intervention retranscrite lors d'une cérémonie où elle a été nommée "Patriot of the Year" par Fox Nation, elle évoque sa "côté créatif". Elleconfesse alors que la plupart des innovateurs savent qu'il est solitaire de se trouver au bord de l'imagination, d'avoir une croyance profonde en son propre pouvoir de créer de nouvelles réalités. C'est exactement là que commence le véritable changement, insiste-t-elle.

Cette déclaration résume parfaitement la thèse du film : Melania Trump se présente comme une visionnaire incomprise, une femme qui, bien que située au cœur du pouvoir, marche seule. Elle tente d'utiliser ce documentaire pour réécrire sa propre légende, passant de statut d'ancien mannequin et épouse silencieuse à celui d'architecte culturelle. Le problème, c'est que cette auto-mythologie a du mal à passer auprès d'un public avide de faits concrets et de spontanéité.

Les critiques : un "fail" monumental

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Image: Melania / TMDB

Quand on prépare une sortie médiatique avec un tel budget, on espère généralement un minimum de retour positif, ou au moins une polémique qui vendra les billets. Pour Melania, la critique a été unanime, mais pas dans le sens espéré. On a rarement vu un tel "lynchage" médiatique, et pour une fois, le contexte politique n'est peut-être pas le seul coupable.

Une œuvre qualifiée de propagande

Le principal reproche fait au film concerne sa nature intrinsèquement partisane. Des médias comme le quotidien suisse Le Temps n'y sont pas allés par quatre chemins, décrivant l'œuvre comme "grotesque" et totalement déconnectée des réalités politiques du terrain. L'hebdomadaire Empire, repris par le Courrier International, a encore asséné un coup plus dur en qualifiant le projet de "propagande politique transparente".

Pour nous, habitués à analyser les "patch notes" des jeux vidéo et les communiqués des développeurs, on peut comprendre ce sentiment. C'est comme si l'équipe de développement publiait une note qui explique qu'une fonctionnalité cassée est en fait une "mécanique innovante". Le spectateur n'est pas dupe. Le manque de recul, l'absence de voix contradictoire et l'angélisme systématique vis-à-vis de la protagoniste rendent le discours difficile à avaler pour quiconque possède un sens critique aiguisé. Le cynisme dont on accuse le film vient de cette volonté de transformer la réalité en un conte de fées aseptisé.

L'ennui mortel : le pire des péchés

En esport, en musique ou au cinéma, le pire crime que l'on puisse commettre n'est pas d'être mauvais, mais d'être ennuyeux. Et c'est là que le bât blesse pour Melania. Malgré un budget colossal et des images de très haute qualité, le rythme est plombant. La critique s'accorde à dire que c'est "très, très ennuyeux".

On attendait peut-être des confidences, des crises de nerfs, ou des moments de tension pure. Au lieu de cela, on se retrouve face à une succession de séquences protocolaires qui ressemblent à un clip promotionnel de longue durée pour la marque Trump. Sans narration solide ou conflit réel, le spectateur décroche rapidement. C'est le syndrome du "walking simulator" mal fichu : on se promène dans de beaux décors, mais il ne se passe rien.

Le score box-office : une défaite financière sévère

Au-delà de la critique artistique, il y a la réalité des chiffres. Dans notre monde, le K/D ratio (ratio morts/tués) ou le ROI (Retour sur Investissement) sont rois. Pour Amazon MGM Studios, l'opération Melania ressemble à une partie perdue d'avance.

Des chiffres dans le rouge

Rappelons le contexte : Amazon a déboursé 40 millions de dollars pour acquérir les droits de diffusion, faisant de ce documentaire l'acquisition la plus chère de son genre pour la plateforme. Ajoutez à cela la rémunération de la star et les coûts de production. Pour rentabiliser un tel investissement, il fallait un carton mondial, un phénomène de société.

Le résultat au box-office ? À peine 7,1 millions de dollars de recettes. C'est un désastre financier pur et dur. Même si un documentaire n'est pas censé rapporter comme un Marvel, l'écart est abyssal. On parle d'un écart de plus de 30 millions de dollars par rapport à l'investissement initial. C'est le genre de statistique qui fait gémir les actionnaires et qui peut signer l'arrêt de mort de futurs projets similaires.

La mauvaise surprise de l'audience

Pourquoi ce flop ? Plusieurs théories circulent. D'abord, la polarisation politique a pu jouer : les opposants n'avaient aucune envie de voir ce qu'ils considèrent comme de la propagande, et les partisans n'avaient peut-être pas besoin de payer un ticket pour voir leur héroïne, sachant qu'ils pourraient voir des extraits sur les réseaux sociaux. Ensuite, le streaming a changé les habitudes. Pourquoi payer pour aller voir un film au cinéma qui ressemble à un reportage télévisé ? Le choix de sortir en salles avant une diffusion probablement plus discrète en streaming peut sembler être une erreur stratégique dans la "meta" actuelle de la consommation de contenu.

La réception publique : entre fascination et rejet

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Image: Melania / TMDB

Le film n'a pas seulement déclenché des critiques, il a aussi provoqué des réactions physiques dans l'espace public. C'est un signe que l'œuvre, même mauvaise, a réussi à toucher une corde sensible, mais pas celle escomptée.

Des affiches vandalisées

L'impact culturel s'est aussi mesuré sur les murs des villes. Peu après la sortie du film, des incidents de vandalisme ont été rapportés, notamment à Los Angeles. Le New York Post a relayé des images montrant une femme en train de dégrader une affiche promotionnelle du film. Ce geste n'est pas anodin : il montre que l'image de Melania Trump reste un catalyseur de colère pour une partie de la population.

On a assisté à une sorte de "boycottage" sauvage. Là où les studios espéraient créer un événement marketing, ils ont créé une cible mobile. Ces incidents d'affichage, qui ont suivi d'autres actes de vandalisme sur des bus publics dans la ville, montrent que le film est perçu comme une extension de la politique controversée de son mari. C'est un "décalage" entre l'intention de la First Lady de se présenter comme une artiste et la réalité de la perception qu'ont les citoyens de son action politique.

Un malentendu irréversible

Le documentaire voulait peut-être rapprocher Melania du peuple, la rendre plus humaine, plus proche de l'art et de la créativité. Mais la barrière semble infranchissable. Le vandalisme et les critiques assassines prouvent que pour le grand public, le film n'est pas une œuvre d'art, mais un outil politique. Tenter de changer la "meta" de sa propre image publique est un exercice périlleux, surtout quand on est une figure aussi polarisante.

Conclusion : Une tentative de rebranding ratée

Alors, que retenir de Melania, ce film à 40 millions de dollars ? C'est un cas d'école fascinant. On y voit une tentative de rebranding massive, avec un budget illimité, une star productrice pour s'assurer le contrôle total, et un réalisateur capable de produire du contenu visuel impeccable. Pourtant, le résultat final est un échec sur toute la ligne : critique désastreuse, flop au box-office, et rejet virulent d'une partie du public.

En termes de stratégie, c'est comme si une équipe d'esport changeait tout son roster et achetait les joueurs les plus chers du marché pour jouer un jeu obscur que personne ne veut regarder. La technique est là, le budget est là, mais la "gameplay" est absente et l'histoire est ennuyeuse. Melania Trump voulait contrôler son récit, montrer son côté visionnaire et sa solitude au sommet. Elle a surtout réussi à montrer que, sans un peu de spontanéité et d'authenticité, l'argent ne peut pas acheter la sympathie du public. Ce film restera sans doute comme une curiosité, une "pépite" de marketing politique qui a mal tourné, et un avertissement pour ceux qui voudraient confondre propagande et cinéma.

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pro-gamer
Théo Verbot @pro-gamer

L'esport, c'est ma vie. Je suis tous les tournois, je connais les rosters par cœur, je peux t'expliquer la méta actuelle de n'importe quel jeu compétitif. Étudiant en marketing du sport à Paris, je rêve de devenir commentateur esport professionnel. En attendant, je cast des tournois amateurs sur Twitch et j'analyse les matchs comme d'autres analysent le foot. Le gaming, c'est du sport. Point.

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