Timothée Chalamet en Marty Mauser, raquette de ping-pong à la main, années 50 new-yorkaises
Cinéma

Marty Supreme : Timothée Chalamet brille dans cette comédie délirante sur le ping-pong

Découvrez notre analyse complète de Marty Supreme, le nouveau film de Josh Safdie. Entre révélation critique, transformation totale de Timothée Chalamet et neuf nominations aux Oscars, ce bijou cinématographique sur le ping-pong s'impose comme...

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Josh Safdie signe avec Marty Supreme l'un des films les plus électrisants de l'année 2025. Porté par un Timothée Chalamet au sommet de son art, ce long métrage nous plonge dans le New York des années 1950 pour raconter l'ascension trépidante d'un jeune homme prêt à tout pour devenir le roi du tennis de table. Entre comédie loufoque et drame social, cette libre adaptation de la vie du champion Marty Reisman s'impose comme un incontournable de la saison des récompenses, accumulant les nominations aux Oscars et les éloges de la critique internationale. 

Timothée Chalamet en Marty Mauser, raquette de ping-pong à la main, années 50 new-yorkaises
Marty Supreme — TMDB / (source)

L'histoire d'un strateur né dans le New York des années 1950

Un anti-héros_attaché par son ambition démesurée

En 1952, sur le Lower East Side de Manhattan, Marty Mauser mène une existence modeste dans l'ombre de l'échoppe de chaussures de son oncle. Ce jeune Juif des quartiers populaires, interprété avec une énergie folle par Timothée Chalamet, ne possède rien si ce n'est une confiance en lui absolue et un talent brut pour le tennis de table. Alors que personne aux États-Unis ne se soucie du ping-pong, Marty est intimement convaincu qu'il peut devenir le visage de ce sport et atterrir un jour sur la boîte de céréales Wheaties.

Le scénario, coécrit par Josh Safdie et Ronald Bronstein, ne présente pas Marty comme un héros conventionnel. C'est un arnaqueur, un menteur, un voleur qui n'hésite pas à trahir ceux qui l'entourent pour atteindre ses objectifs. Il braque même une arme sur un collègue pour obtenir l'argent nécessaire à son voyage vers le British Open de Londres. Pourtant, malgré ses défauts criants, le charisme du personnage et l'humour du film nous font constamment rooting pour lui.

Une narration qui suit le rythme effréné de son protagoniste

Dès les premières minutes, Safdie installe un ton unique avec une séquence d'ouverture brillante : après une scène de passion dans l'arrière-boutique avec Rachel, sa maîtresse mariée, le film nous montre des images de spermatozoïdes migrant vers un ovule, qui se métamorphose subtilement en balle de ping-pong. Cette métaphore visuelle de la striving — cette volonté inébranlable d'avancer coûte que coûte — rappelle immédiatement l'ouverture d'Uncut Gems et son voyage à travers les entrailles d'une opale.

Le film dure deux heures et demie, une durée qui pourrait sembler excessive pour une comédie, mais qui reflète l'ampleur des aventures chaotiques de Marty. Certaines séquences, comme un long montage montrant ses péripéties à travers le monde où l'on le voit notamment jouer contre un phoque dressé, fonctionnent comme des digressions délirantes dans ce road movie international.

Timothée Chalamet au sommet de son art

Sept ans de préparation pour incarner un champion

L'engagement de Timothée Chalamet pour ce rôle dépasse l'entendement. L'acteur a été approché pour la première fois en 2018, lui offrant six à sept années pour se préparer intensivement au tennis de table. Sa période d'entraînement au ping-pong s'est révélée encore plus longue que les cinq années consacrées à apprendre la guitare pour son rôle de Bob Dylan dans A Complete Unknown.

Sa détermination l'a poussé à des extrémités surprenantes : il emportait sa table de ping-pong dans le désert pendant le tournage de Dune, et organisait des matchs entre les prises sur le plateau de Wonka. Une vidéo le montre même en train de s'entraîner au crépuscule sur la Côte d'Azur pendant le Festival de Cannes 2021, lorsqu'il promouvait The French Dispatch. Pour Chalamet, la responsabilité envers les amateurs de tennis de table était aussi importante que celle envers les fans de Dylan : il fallait que ça paraisse authentique à l'écran.

Une transformation physique et mentale

Pour incarner Marty Mauser, Chalamet a troqué son allure de jeune premier hollywoodien contre celle d'un gringalet du Lower East Side : moustache au crayon, peau marbrée, corps nerveux et agité. Son personnage ne boit pas de caféine, et pour cause — il est déjà suffisamment hyperactif, parlant et se déplaçant à une vitesse vertigineuse.

La critique s'accorde à dire que cette performance représente un sommet dans la carrière de l'acteur. L'Associated Press a qualifié son interprétation de « délicieuse synergie entre l'acteur, le rôle et cette poussière de fée qui fait qu'une performance semble à la fois prédestinée et magiquement fraîche ». Sa performance a d'ailleurs été récompensée par un Golden Globe et un Critics' Choice Award du meilleur acteur, et il est en lice pour l'Oscar du meilleur acteur dans ce qui s'annonce comme un duel serré avec Leonardo DiCaprio.

Josh Safdie et l'héritage des frères Safdie

Uncut Gems réinventé en comédie

Josh Safdie, que Chalamet a surnommé « le poète des rues de New York », signe ici son premier film en solo après la séparation professionnelle d'avec son frère Benny. Les deux cinéastes avaient jusque-là travaillé ensemble sur des œuvres marquantes comme Good Time et Uncut Gems. Benny Safdie a confirmé en 2024 que chacun poursuivrait désormais une carrière solo, bien que les deux frères restent associés dans la production. 

Josh Safdie et Timothée Chalamet sur le tournage de Marty Supreme
He poses — Yowiescope / CC0 / (source)

Marty Supreme partage avec Uncut Gems cette énergie cinétique, cette texture urbaine authentique et cette obsession pour les personnages prêts à tout pour réussir. Mais là où Howard Ratner, le protagoniste d'Uncut Gems incarné par Adam Sandler, était un homme triste et tourmenté, Marty Mauser est jeune, audacieux, tourné vers l'avenir. Si Uncut Gems était une comédie délirante plutôt qu'un drame sur des personnages louches, cela pourrait donner Marty Supreme.

Un univers visuel et sonore immersif

Le film plonge le spectateur dans le New York ouvrier des années 1950 avec ses petites boutiques, ses immeubles délabrés et leurs appartements qui auraient besoin d'un coup de peinture, ses voisins qui connaissent les affaires de chacun. Safdie recrée cette époque avec une authenticité saisissante, s'appuyant sur la photographie de Darius Khondji pour capturer l'atmosphère particulière du Lower East Side.

La bande originale utilise de manière brillante « Everybody Wants to Rule the World » de Tears for Fears à un moment clé du récit. Cette chanson résume parfaitement la thématique centrale du film : tout le monde veut dominer le monde, mais tout le monde ne croit pas véritablement pouvoir y parvenir. C'est ce qui distingue les vrais strivers du reste de l'humanité, et Marty Mauser incarne cette catégorie avec une intensité rare.

Une distribution éclectique et surprenante

Gwyneth Paltrow en retour remarqué

Gwyneth Paltrow fait son grand retour au cinéma dans Marty Supreme, après plusieurs années d'absence des écrans. Sa performance a été saluée comme « impeccable » par la critique britannique, apportant une touche de sophistication et de mystère à ce récit trépidant. Son personnage représente un monde que Marty rêve de rejoindre, celui de la richesse et du prestige. 

Gwyneth Paltrow in character as Marty Supreme on set, photographed by Kevin Paul.
Gwyneth Paltrow at a Q&A for Marty Supreme in Santa Monica, California — Kevin Paul / CC BY 4.0 / (source)

L'actrice a rejoint le projet en mars 2025, suivie de près par une brochée de personnalités inattendues qui témoignent de l'attrait exercé par le scénario de Safdie et Bronstein. La présence de Paltrow apporte une crédibilité supplémentaire à cette production ambitieuse qui n'hésite pas à mélanger les genres et les tons.

Des choix de casting audacieux

La distribution regorge de surprises, à commencer par Tyler, The Creator, le rappeur et producteur visionnaire qui s'essaye ici à la comédie. On retrouve également Abel Ferrara, cinéaste underground new-yorkais connu pour ses films sombres et expérimentaux, dans un rôle qui ne manquera pas d'intriguer les cinéphiles avertis. Odessa A'zion incarne Rachel, la maîtresse de Marty, avec une vivacité remarquable — son personnage se révèle être une stratège aussi rusée que Marty, faisant d'elle son alter ego féminin parfait.

Le film fait également appel à environ 140 acteurs non professionnels, une méthode chère à Safdie pour ancrer son récit dans une réalité tangible. Parmi eux figure le funambule français Philippe Petit, célèbre pour avoir marché entre les deux tours du World Trade Center en 1974. Fran Drescher, Sandra Bernhard et le magicien Penn Jillette complètent cette distribution kaléidoscopique qui reflète la diversité du New York d'autrefois.

L'inspiration Marty Reisman derrière la fiction

Le véritable champion de tennis de table américain

Marty Reisman, décédé en 2012, était une figure légendaire du tennis de table américain. Surnommé « The Needle » pour sa silhouette élancée, il a remporté 22 titres nationaux et plusieurs médailles mondiales entre les années 1940 et 1960. Reisman était connu pour son style flamboyant, sa personnalité excentrique et son parcours atypique dans un sport alors dominé par les joueurs européens et asiatiques.

Le film s'inspire librement de sa vie, mais les sources proches de la production ont tenu à préciser qu'il s'agissait d'une œuvre de fiction originale plutôt que d'un biopic conventionnel. Le personnage de Marty Mauser partage avec Reisman cette ambition démesurée et ce refus de se conformer aux attentes, mais ses aventures sont largement romancées pour servir les thèmes explorés par Safdie.

Une adaptation libre qui capture l'esprit plutôt que la lettre

En changeant le nom de son protagoniste, Safdie s'affranchit des contraintes biographiques pour créer un personnage purement cinématographique. Marty Mauser devient ainsi une incarnation de l'ambition américaine dans toute sa complexité : déterminée, parfois amorale, mais indéniablement fascinante.

Cette approche permet au réalisateur d'explorer des territory narratives qui n'auraient pas été possibles dans un biopic traditionnel. Les arnaques, les trahisons et les situations absurdes vécues par Marty Mauser servent une réflexion plus large sur la quête de reconnaissance et le prix du succès dans une société compétitive.

Une reconnaissance critique et commerciale exceptionnelle

Les honneurs des institutions prestigieuses

Marty Supreme a été désigné comme l'un des dix meilleurs films de 2025 par deux institutions américaines majeures : le National Board of Review et l'American Film Institute. Ces reconnaissances précoces ont établi le film comme un incontournable de la saison des récompenses et ont contribué à générer un buzz considérable autour de sa sortie.

Lors de la 83e cérémonie des Golden Globes, le film a reçu trois nominations, dont celle du meilleur acteur pour Timothée Chalamet, qu'il a remportée. Cette victoire a consolidé sa position de favori dans la course aux Oscars et a démontré que l'Académie des Golden Globes avait succombé au charme de cette comédie délirante.

Neuf nominations aux Oscars pour un film audacieux

La 98e cérémonie des Oscars a réservé un accueil triomphal à Marty Supreme avec neuf nominations prestigieuses : meilleur film, meilleur réalisateur pour Josh Safdie, meilleur acteur pour Timothée Chalamet, et meilleur scénario original pour Safdie et Bronstein. Ces reconnaissances dans des catégories aussi variées témoignent de l'excellence globale du projet.

Il est remarquable qu'une comédie sur le tennis de table puisse prétendre à de tels honneurs, généralement réservés aux drames sérieux. Cette réussite prouve que le film transcende son apparente légèreté pour toucher à des vérités universelles sur l'ambition, la famille et la quête d'identité.

La production la plus ambitieuse de l'histoire d'A24

Un budget record de 70 millions de dollars

Avec un budget de 70 millions de dollars, Marty Supreme devient le film le plus coûteux jamais produit par A24, détrônant Civil War sorti en 2024. Cet investissement considérable témoigne de la confiance du studio envers le projet de Josh Safdie et envers la capacité de Timothée Chalamet à porter un film de cette envergure.

Ce budget permet une reconstitution minutieuse du New York des années 1950, des décors authentiques, des costumes d'époque soignés et des séquences de match de tennis de table filmées avec une virtuosité technique époustouflante. Chaque dollar investi se voit à l'écran dans cette production qui n'a rien à envier aux blockbusters hollywoodiens.

Une stratégie marketing originale

La promotion du film a été marquée par l'implication totale de Timothée Chalamet, qui a multiplié les apparitions surprenantes. Il a notamment joué son propre rôle dans une vidéo parodiant une réunion marketing pour le film, et est apparu dans une boutique éphémère vendant du merchandising Marty Supreme, accompagné d'hommes portant des têtes géantes en forme de balles de ping-pong orange.

L'acteur a également organisé un tournoi de tennis de table appelé l'« Airbnb Marty Supreme Invitational » à New York, surprenant les participants en assistant aux matchs finaux. Cette approche marketing décalée a généré un engouement considérable sur les réseaux sociaux et a contribué à faire du film un événement culturel majeur de fin d'année.

Les thèmes universels au cœur du récit

L'ambition comme moteur et comme fardeau

Marty Supreme explore avec finesse la double nature de l'ambition. Pour Marty Mauser, elle est un moteur inépuisable qui le pousse à se lever chaque matin avec la certitude qu'il peut accomplir l'impossible. Mais elle est aussi un fardeau qui l'amène à blesser ceux qui l'aiment et à commettre des actes répréhensibles.

Le film pose des questions pertinentes sur le prix du succès et sur la moralité de l'ambition démesurée. Peut-on tout sacrifier pour atteindre ses rêves ? Jusqu'où peut-on aller sans perdre son âme ? Ces interrogations résonnent particulièrement dans notre époque obsédée par la réussite et la célébrité.

La jeunesse et ses errements

Timothée Chalamet a exprimé une connexion profonde avec les thèmes du film, lui qui célèbre son 30e anniversaire le 27 décembre, le lendemain de la sortie du film. Il a confié que Marty Supreme était en grande partie une réflexion sur le fait d'être un idiot dans la vingtaine, et sur le risque de paraître ridicule quand on poursuit une passion unique.

L'acteur a déclaré : « Si en plus de cela, vous avez une passion à laquelle vous vous consacrez exclusivement, vous risquez de paraître ridicule en plus d'être un idiot. » Cette honnêteté concernant les errements de la jeunesse donne au film une résonance émotionnelle qui dépasse le cadre de la comédie.

La réception du public et l'héritage du film

Un succès critique qui divise sur la durée

Les critiques ont été quasi unanimes pour saluer la performance de Timothée Chalamet et l'énergie contagieuse du film. La BBC a qualifié le long métrage de « frais, drôle et exaltant », notant que si la performance de Chalamet en Bob Dylan dans A Complete Unknown était meilleure que le film lui-même, Marty Supreme est aussi passionnant à regarder que son héros.

Cependant, certains critiques ont pointé la durée de deux heures et demie comme un potentiel point faible. Toutes les séquences ne sont pas également essentielles à la narration, et certains détours narratifs peuvent sembler indulgents. Néanmoins, l'ensemble reste suffisamment maîtrisé pour que ces réserves ne ternissent pas l'expérience globale.

Disponibilité en streaming et accès pour le grand public

Marty Supreme est arrivé sur les plateformes de vidéo à la demande premium à partir du 10 février 2026, offrant au public la première opportunité de découvrir l'un des films les plus acclamés de 2025 depuis son canapé. Cette disponibilité en streaming devrait permettre au film de toucher un public encore plus large et de consolider son statut de succès culte.

Pour ceux qui découvrent aujourd'hui ce bijou du cinéma américain, le film s'inscrit dans une tradition de comédies new-yorkaises alliant humour noir et tendresse pour ses personnages. On peut le rapprocher de certains classiques du cinéma américain qui ont su capturer l'énergie unique de la ville qui ne dort jamais, tout comme Back To The Future avait su capturer l'énergie de l'Amérique des années 80 avec son mélange parfait d'aventure et d'humour.

Conclusion

Marty Supreme s'impose comme une œuvre majeure du cinéma contemporain, portée par la vision unique de Josh Safdie et l'engagement total de Timothée Chalamet. Cette comédie délirante sur le tennis de table transcende son sujet apparemment modeste pour explorer des thèmes universels avec une énergie et une intelligence rares. Entre les rires et les moments d'émotion, le film nous rappelle que l'ambition, même imparfaite, mérite d'être célébrée. Avec ses neuf nominations aux Oscars et ses récompenses déjà accumulées, Marty Supreme entre définitivement dans l'histoire du cinéma comme l'une des œuvres les plus audacieuses et mémorables de cette décennie.

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Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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