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Cinéma

In the Land of Saints and Sinners : l'étonnant retour de Liam Neeson qui cartonne sur Netflix

Échec commercial aux États-Unis mais carton complet sur Netflix France : le thriller irlandais In the Land of Saints and Sinners renoue avec le succès. Entre action et réflexion morale, Liam Neeson livre une performance portée par un casting 100%...

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Il arrive parfois que l'histoire du cinéma offre une seconde chance bien méritée à des œuvres passées inaperçues. C'est exactement ce qui se produit actuellement avec In the Land of Saints and Sinners, le thriller d'action irlandais porté par Liam Neeson. Le film s'est littéralement fracassé au box-office américain lors de sa sortie en salles mais connaît aujourd'hui une résurrection spectaculaire sur Netflix France, où il a récemment fait son entrée dans le Top 10 des contenus les plus regardés. Ce revirement de situation en dit long sur les mutations profondes de notre consommation audiovisuelle et sur la capacité de certaines œuvres à trouver leur public une fois libérées des contraintes commerciales des salles obscures. 

In the Land of Saints and Sinners : Affiche US
Avis positif pour Saints & Sinners car ce film marque le retour de Liam Neeson dans un vrai rôle de composition — (source)

Genèse et histoire d'un projet irlandais atypique

Comprendre le succès actuel de In the Land of Saints and Sinners sur Netflix nécessite de replacer ce phénomène dans la perspective plus large du paysage cinématographique mondial. Le film, sorti initialement en salles de manière confidentielle, profite aujourd'hui d'une dynamique favorable aux productions narratives solides, même lorsqu'elles ont manqué leur rendez-vous avec les grandes affiches du cinéma traditionnel.

La collaboration entre Liam Neeson et Robert Lorenz

Liam Neeson, depuis son rôle culte dans Taken (2008), a construit une carrière solide en tant que héros d'action vieillissant, un sous-genre à part entière qui possède ses codes et son public fidèle. In the Land of Saints and Sinners s'inscrit dans cette lignée, mais avec une nuance particulière : c'est une production profondément ancrée dans l'identité irlandaise de l'acteur. Réalisé par Robert Lorenz, avec qui Neeson avait déjà collaboré sur The Marksman en 2021, le film raconte l'histoire de Finbar Murphy, un tueur à gages retraité vivant paisiblement dans un village côtier irlandais, contraint de reprendre du service lorsque des membres de l'IRA provisoire viennent perturber sa tranquillité.

Le scénario, signé Mark Michael McNally et Terry Loane, propose une écriture plus ciselée que la moyenne des thrillers du genre, avec des dialogues qui portent véritablement la marque du terroir irlandais. Cette collaboration entre le réalisateur américain Lorenz et les scénaristes irlandais crée une alchimie particulière, mélangeant les codes du thriller hollywoodien classique avec une sensibilité narrative typiquement européenne. Le résultat est une œuvre qui refuse de choisir entre l'action efficace et la réflexion morale, assumant pleinement sa dualité.

Une sélection vénitienne prestigieuse

Le film a été présenté en première mondiale à la 80e Mostra de Venise le 6 septembre 2023, un honneur qui témoignait de l'ambition artistique du projet. Cette sélection vénitienne plaçait le film dans une catégorie prestigieuse, loin des productions d'action standardisées qui envahissent généralement les salles de cinéma. Présenter un thriller avec Liam Neeson sur la Lido n'était pas un choix anodin : cela signalait clairement que les créateurs voulaient que leur œuvre soit prise au sérieux par la critique internationale.

Netflix avait d'ailleurs préacheté les droits de distribution pour le Royaume-Uni et l'Irlande dès avril 2022, soit bien avant la sortie effective du film. Cette stratégie illustre parfaitement la manière dont les plateformes anticipent désormais la valeur potentielle de certains films, indépendamment de leur performance en salles. Les accords de préachat permettent aux producteurs de sécuriser une partie du financement dès le départ, tout en donnant aux plateformes un avantage compétitif pour acquérir des contenus qui pourraient susciter l'intérêt de concurrents.

Un casting irlandais authentique

Le film dispose d'un casting 100% irlandais de premier plan, une décision artistique qui renforce considérablement l'authenticité du projet. Kerry Condon, vue notamment dans Better Call Saul et Les Banshees d'Inisherin, incarne Doireann, la fanatique de l'IRA dont l'intransigeance idéologique sert de moteur dramatique au récit. Jack Gleeson, connu pour son rôle de Joffrey Baratheon dans Game of Thrones, joue Curtis, le membre le plus instable du groupe. Colm Meaney et Ciarán Hinds complètent cette distribution de vétérans du cinéma irlandais aux côtés de Neeson, apportant une profondeur et une crédibilité qui transcendent le simple thriller d'action. 

Avis positif pour Saints & Sinners car ce film marque le retour de Liam Neeson dans un vrai rôle de composition
Pour Liam Neeson, deuxième film tourné avec le réalisateur Robert Lorenz. — (source)

L'échec commercial américain et ses explications multiples

La situation actuelle du cinéma mondial est marquée par ce que l'on pourrait appeler une véritable chasse aux trésors de la part des plateformes de streaming. Hollywood traverse des changements sismiques, avec des studios comme Warner Bros. confrontés à d'éventuelles fusions et restructurations majeures. Cette instabilité structurelle pousse les services de streaming à adopter des stratégies d'acquisition agressives pour remplir leurs catalogues.

Les chiffres accablants du box-office

Les chiffres parlent d'eux-mêmes et méritent d'être comparés pour comprendre la portée de ce qui fut perçu comme un échec commercial. Lors de son week-end d'ouverture américain, In the Land of Saints and Sinners n'a récolté que 1,1 million de dollars. Pour mettre ce chiffre en perspective, il faut le comparer aux performances antérieures de l'acteur : Cold Pursuit, malgré une controverse médiatique majeure entourant Neeson en 2019, avait tout de même atteint 10,8 millions de dollars dès son premier week-end.

L'écart est considérable et s'explique par plusieurs facteurs conjoints que nous analyserons en détail. Les films de Neeson de ces dernières années ont généralement ouvert entre 11 et 14 millions de dollars, ce qui place In the Land of Saints and Sinners très en dessous de la moyenne, presque dans une catégorie à part. Cette sous-performance exceptionnelle interroge sur les mécanismes de marché et l'évolution des attentes du public américain.

Une distribution confidentielle et limitée

La sortie américaine du film, le 29 mars 2024, s'est faite dans des conditions particulièrement défavorables. Distribué par Samuel Goldwyn Films sur seulement 896 écrans, le film n'a jamais bénéficié de l'exposition nécessaire pour atteindre son public potentiel. À titre de comparaison, les blockbusters sortent simultanément sur plusieurs milliers d'écrans, bénéficiant d'une omniprésence marketing qui garantit une visibilité maximale dès le premier jour.

Cette distribution confidentielle signifiait déjà que les attentes commerciales étaient modérées dès le départ. Les studios indépendants comme Samuel Goldwyn Films n'ont pas les moyens financiers de déployer des campagnes marketing massives, préférant miser sur le bouche-à-oreille et les critiques positives pour construire l'audience. Malheureusement pour In the Land of Saints and Sinners, ce pari ne s'est pas concrétisé dans les salles américaines, le film restant invisible pour la grande majorité des spectateurs.

Un paysage saturé par les franchises et les reboots

De plus, le film arrivait dans un paysage cinématographique saturé par les franchises et les reboots. L'Associated Press notait que 2025 a vu des films originaux performer contre toute attente, mais la majorité des succès restent dominés par les suites sûres, reboots et marques connues. Dans ce contexte, un thriller irlandais sombre avec un acteur de 72 ans avait peu de chances de percer médiatiquement, malgré ses qualités intrinsèques.

Le public de cinéma événementiel n'est plus forcément celui qui se déplace pour un thriller noir irlandais, fût-il porté par une star internationale. Les spectateurs qui fréquentent régulièrement les salles ont tendance à privilégier les expériences visuelles spectaculaires ou les événements culturels majeurs, laissant de côté les œuvres plus intimistes qui trouvent naturellement leur place sur les plateformes de streaming.

L'intrigue et ses thèmes profonds

Au-delà des chiffres, il est crucial d'analyser le contenu de l'œuvre et sa réception critique pour comprendre pourquoi elle fonctionne aujourd'hui sur un support différent. Le film n'est pas un simple produit de consommation, mais une œuvre qui possède une véritable âme, ce qui lui permet de traverser les modes et de trouver son public une fois la pression du box-office retombée.

Le contexte historique des Troubles nord-irlandais

L'intrigue se déroule en 1974 et met en scène quatre membres de l'IRA provisoire qui commettent un attentat à Belfast tuant six personnes, dont trois enfants. Ces derniers se réfugient ensuite dans le village côtier de Glencolmcille, dans le comté de Donegal, où vit paisiblement Finbar Murphy. L'ancrage du film dans les Troubles nord-irlandais lui confère une résonance historique particulière qui distingue cette production des thrillers d'action conventionnels.

L'IRA provisoire, ses membres fanatiques comme Doireann, et les conséquences collatérales de leurs actions rappellent une période sombre de l'histoire européenne contemporaine. Le film ne prend pas position de manière manichéenne mais présente la complexité d'un conflit où les frontières entre victimes et bourreaux sont parfois floues. Cette nuance narrative demande au spectateur une attention que le cinéma d'action commercial n'exige habituellement pas.

Finbar Murphy : un héros complexe et tourmenté

Le protagoniste, ancien tueur à gages ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale, se retrouve entraîné malgré lui dans un conflit qui le forcera à sortir de sa retraite. Neeson y incarne Finbar, un homme qui tente sincèrement de laisser son ancienne vie derrière lui, tenant une boutique de livres et cultivant des relations amicales avec les habitants du village. Cette occupation de libraire n'est pas anodine : elle symbolise sa volonté de tourner la page, de s'entourer de mots plutôt que d'armes.

Ce qui distingue ce film des productions standards, c'est la manière dont il traite les conséquences de la violence. Contrairement aux thrillers d'action où l'héroïsme est sans conséquences, ici chaque acte a un poids moral et psychologique tangible. Finbar n'est pas un héros conventionnel, mais un homme pragmatique confronté à l'impuissance de la justice officielle dans ce contexte particulier. Cette profondeur psychologique explique pourquoi le film résonne différemment selon les supports de visionnage.

La dimension morale du récit

Attention : ce paragraphe contient des spoilers.

Le film aborde un sujet délicat avec le personnage de Curtis, membre de l'IRA qui abuse sexuellement de la jeune Moya. Finbar découvre les bleus sur l'enfant et comprend la situation. Son choix de régler le problème à sa manière – en attirant Curtis dans un piège mortel – illustre la complexité morale du protagoniste. Cette intrigue secondaire pourrait sembler gratuite dans un film d'action classique, mais elle sert ici à explorer les limites de la justice et les choix impossibles auxquels font face ceux qui vivent en marge de la société.

La narration propose une réflexion ambitieuse sur la vengeance, la rédemption et le poids du passé. Le film ose des moments de silence et de contemplation qui, bien que potentiellement mal servis par une salle de cinéma bruyante et impatiente, prennent toute leur ampleur lors d'une vision à la maison. C'est cette dualité – rythme lent et violence soudaine – qui déroute certains mais captive ceux qui cherchent plus qu'une simple succession d'explosions stériles.

La résurrection sur Netflix France

Le succès inattendu de ce film sur Netflix en France illustre parfaitement ce transfert de valeur d'un medium à l'autre. Ce qui était perçu comme un échec commercial dans le circuit traditionnel devient une aubaine numérique. Le film a rapidement grimpé dans les classements français, prouvant qu'il existe une demande latente pour ce type de thriller intimiste que les salles ne parviennent plus à capturer efficacement.

L'évolution des habitudes de consommation audiovisuelle

La façon dont les spectateurs découvrent et consomment les films a radicalement changé au cours de la dernière décennie. Les jeunes générations, particulièrement les 16-25 ans, privilégient désormais le visionnage à domicile plutôt que les déplacements en salle. Cette tendance n'est pas uniquement une question de coût, mais reflète une transformation plus profonde de la relation au contenu audiovisuel. Le public attend désormais que le divertissement vienne à lui, disponible en permanence, plutôt que de devoir se plier aux contraintes des horaires de séances.

Cette évolution favorise particulièrement les films comme In the Land of Saints and Sinners, qui demandent une certaine attention mais ne nécessitent pas l'expérience immersive d'une salle obscure. Le spectateur peut s'approprier le rythme du film, faire une pause pour analyser une scène ou simplement apprécier la photographie des paysages irlandais à son propre rythme. C'est cette flexibilité qui permet à des œuvres jugées trop lentes pour le cinéma commercial de trouver leur audience sur les plateformes.

Les avantages techniques du streaming pour ce type d'œuvre

Le spectateur peut mettre pause, apprécier la photographie soignée du film ou relire un sous-titre si nécessaire – particulièrement pertinent dans un film où les accents régionaux irlandais peuvent être difficiles à saisir pour un public francophone non habitué. Les sous-titres interactifs et la possibilité de ralentir la lecture audio représentent des atouts considérables pour les œuvres riches en dialogues dialectaux.

N'hésitez pas à activer un système audio de qualité si vous le pouvez, car la bande originale et les bruitages subtils jouent un rôle crucial dans l'immersion dans cette Irlande des années 1970. La qualité technique du film, notamment sa photographie signée, mérite d'être appréciée dans les meilleures conditions possibles, même sur un écran domestique.

Le contexte français particulier et la culture cinéphile

Le spectateur français, peut-être moins familier avec l'histoire des Troubles, peut néanmoins saisir les enjeux universels de loyauté, de trahison et de rédemption qui traversent le récit. Le village de Glencolmcille devient un microcosme où se jouent des tensions qui dépassent largement le cadre irlandais, parlant à toute audience ayant connu les déchirements des conflits civils ou les dilemmes moraux insolubles.

La culture cinématographique française, traditionnellement ouverte aux œuvres exigeantes et aux narrations lentes, constitue un terrain fertile pour ce type de thriller introspectif. Là où le public américain pouvait se sentir dérouté par le mélange des genres, l'audience française semble avoir apprécié cette hybridation entre action et réflexion morale, comme en témoigne l'entrée rapide du film dans le Top 10 Netflix France.

La controverse Liam Neeson et son impact sur sa carrière

Pour apprécier pleinement la performance de Neeson dans ce film, il convient de considérer l'homme derrière l'icône et les controverses qui ont jalonné sa carrière récente. L'acteur a traversé des moments de grande intensité dramatique mais aussi des tempêtes médiatiques qui ont failli emporter sa réputation.

Les déclarations explosives de 2019

En 2019, lors de la promotion de Cold Pursuit, Liam Neeson a créé un tollé mondial en racontant avoir autrefois arpenté les rues avec une arme, espérant être provoqué par un homme noir pour assouvir sa colère après qu'une de ses proches eut été violée. Dans une interview au journal britannique The Independent, l'acteur nord-irlandais a révélé qu'il avait parcouru les rues avec une matraque pendant environ une semaine, espérant qu'un homme noir sorte d'un bar pour le provoquer.

Cette confession, vieille de quarante ans selon l'acteur, a immédiatement déclenché un torrent de critiques dénonçant le racisme éhonté de l'acteur. Des voix se sont élevées pour rappeler que de nombreux hommes noirs innocents avaient été assassinés, castrés, lynchés ou emprisonnés simplement parce qu'une femme blanche avait accusé un homme noir de l'avoir violée. Le réalisateur Spike Lee fut parmi les nombreux critiques, déclarant ne pas comprendre pourquoi Neeson avait fait de telles révélations publiquement.

L'impact sur le box-office de Cold Pursuit

Malgré cette controverse majeure, Cold Pursuit a réalisé un opening honorable de 10,8 millions de dollars, se classant troisième au box-office nord-américain lors de son week-end de sortie. Ce chiffre, légèrement inférieur aux autres thrillers d'action de l'acteur, suggère que la polémique n'a pas eu l'impact catastrophique que certains prédisaient sur sa carrière commerciale.

Cependant, certains observateurs ont noté que Neeson n'avait pas spécifiquement reconnu les motivations raciales sous-jacentes de son comportement passé, se contentant d'exprimer sa honte sans véritable examen de conscience sur les préjugés qui avaient guidé ses actions. Cette ambiguité dans les excuses a laissé un goût amer chez ceux qui attendaient une réflexion plus approfondie sur les mécanismes du racisme et de la violence ciblée.

La rédemption par le travail artistique

Bien que ces événements soient distincts de son travail d'acteur et qu'il ait exprimé sa honte face à ce comportement passé, ils font partie de la complexité de sa persona publique. Parvenir à dissocier l'art de l'artiste reste essentiel pour apprécier le film pour ce qu'il est : une œuvre de fiction qui explore justement les thématiques de la vengeance, de la colère et de la rédemption.

Ironiquement, In the Land of Saints and Sinners aborde ces mêmes thématiques avec une finesse qui suggère que Neeson a réfléchi profondément aux conséquences de la violence et à la capacité humaine de changement. Son interprétation de Finbar Murphy, homme tourmenté cherchant la paix, résonne différemment quand on connaît l'histoire personnelle de l'acteur et ses propres déclarations publiques sur la vengeance.

Perspectives et conséquences pour l'industrie du cinéma

La trajectoire de In the Land of Saints and Sinners a des répercussions qui dépassent largement le simple cas d'école. Elle influence la manière dont les studios et les plateformes vont structurer leurs stratégies de sortie dans les années à venir, redéfinissant progressivement ce qui constitue un succès dans l'industrie du divertissement.

La validation du modèle hybride de distribution

L'effet le plus immédiat est la validation du modèle de récupération post-salle pour les films de genre. Les producteurs de thrillers d'action avec des stars confirmées de 60 ans et plus savent désormais qu'un mauvais week-end d'ouverture n'est pas une sentence définitive. La présence d'une star comme Liam Neeson garantit une valeur marchande sur les plateformes de streaming, ce qui sécurise en partie le financement de ces projets.

Les investisseurs peuvent désormais envisager ces films comme des produits à cycle de vie long plutôt que comme des paris tout ou rien sur le premier week-end. Cette nouvelle donne économique pourrait relancer la production de thrillers de milieu de gamme qui avaient pratiquement disparu des écrans de cinéma au cours de la dernière décennie, faute de modèle économique viable.

La transformation du star-système hollywoodien

Le cas Neeson illustre une transformation plus large du star-système hollywoodien. Les acteurs confirmés peuvent désormais construire des carrières parallèles : d'un côté, les projets cinéma prestigieux ou événementiels, de l'autre, une filmographie de streaming qui maintient leur visibilité. Cette dualité n'est plus perçue comme un aveu d'échec mais comme une stratégie rationnelle dans un écosystème médiatique fragmenté.

Les stars de l'action vieillissantes trouvent ainsi un refuge naturel sur les plateformes, où leur notoriété garantit des clics et leur expérience permet de livrer des performances solides avec des budgets modérés. Le public, lui, y trouve son compte : il retrouve ses acteurs préférés dans des contenus accessibles sans les contraintes du déplacement en salle et sans le prix élevé des billets de cinéma.

L'avenir des films pour adultes sur les plateformes

Cependant, cette évolution pose la question de la préservation de l'expérience cinématographique collective. Si ces films ne sortent plus en salle, perdent-ils une partie de leur âme ? Ou assiste-t-on simplement à une redéfinition naturelle des genres selon leur support idéal ? Il est probable que le cinéma de salle continue de se spécialiser dans le spectaculaire et le communautaire, tandis que le streaming devient le refuge de la narration complexe et intime.

L'Associated Press rappelait justement que les recettes du box-office et les récompenses ne sont que des mesures temporaires, et que les films sont ce qui demeure. Cette philosophie trouve une illustration parfaite dans le parcours de ce thriller irlandais qui, après avoir été snobé par le circuit traditionnel, trouve enfin son public sur les écrans domestiques français.

La diversification remarquable de Liam Neeson

En observant les tendances actuelles d'Hollywood et les projets à venir, il est possible d'esquisser l'avenir de ce type de films et de la carrière de Liam Neeson. L'acteur a récemment incarné le rôle principal dans le reboot de la franchise comique Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?, prouvant qu'il ne se prend pas au sérieux et qu'il souhaite toucher des publics variés.

L'incursion dans la comédie parodique

Cette capacité à osciller entre le drame sérieux et la parodie décomplexée constitue l'une des grandes forces de sa longévité. Le film Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? s'inscrit dans la lignée des comédies déjantées du trio ZAZ (Zucker, Abrahams et Zucker), qui avait révolutionné la parodie américaine avec Y a-t-il un pilote dans l'avion ? en 1980. L'esprit de ces films était un mélange de cinéphilie fine, d'accélération burlesque et de loufoquerie extrême, dans le sillage du maître du mauvais goût parodique Mel Brooks.

Voir Liam Neeson, habitué des rôles de justiciers sombres, endosser le costume de l'inspecteur Frank Drebin précédemment interprété par Leslie Nielsen, démontre une plasticité artistique remarquable. Cette prise de risque calculée élargit son audience et le préserve de l'enfermement dans un unique registre, celui du père vengeur vieillissant qu'il a incarné à de multiples reprises depuis Taken. L'acteur canadien Nielsen avait créé un personnage d'imbécile incompétent pétri de componction, et Neeson reprend ce flambeau avec une fraîcheur surprenante.

Les futures collaborations avec Netflix et les plateformes

Il est fort probable que Netflix et autres plateformes proposent de plus en plus fréquemment des collaborations sur mesure avec des acteurs de sa génération. Plutôt que de racheter des films après coup, les services de streaming pourraient produire ces thrillers dès le départ, avec des budgets maîtrisés et une sortie directe sur la plateforme. Cela pourrait signer la fin de l'ère du thriller de salle pour ce type d'acteur, créant une nouvelle catégorie de films de prestige pour streaming qui n'aurait pas à s'excuser de ne pas connaître de sortie cinéma.

Cette évolution représente également une opportunité économique pour les acteurs seniors dont les cachets pour le cinéma traditionnel deviennent difficilement justifiables par les studios. Les plateformes, avec leurs modèles économiques basés sur l'abonnement plutôt que sur les recettes individuelles, peuvent se permettre d'investir dans des projets portés par des stars confirmées sans exiger les retours sur investissement immédiats du système de salles.

Un héritage cinématographique en construction

À 72 ans, l'acteur nord-irlandais construit un héritage complexe où se mêlent blockbusters d'action, thrillers intimistes et comédies parodiques. Cette diversité, plutôt que d'affaiblir sa marque, la renforce en montrant les multiples facettes d'un artiste qui refuse la facilité du conformisme. On peut imaginer que les années à venir le verront continuer à surprendre son public, alternant entre les rôles graves qui font songer sur la condition humaine et les comédies légères qui prouvent qu'il ne se prend pas trop au sérieux.

L'industrie du cinéma traverse une période de mutations profondes, et des acteurs comme Neeson incarnent cette transition. Capables d'attirer les foules dans les salles pour certains projets tout en nourrissant les catalogues des plateformes avec d'autres, ils représentent une nouvelle forme de star polyvalente, adaptable aux exigences multiples d'un marché en constante évolution.

Conclusion

Le parcours chaotique de In the Land of Saints and Sinners, du relatif échec en salles au triomphe inattendu sur Netflix France, constitue bien plus qu'une simple anecdote de l'industrie du divertissement. C'est un symptôme révélateur des changements profonds que traverse Hollywood et des mutations des habitudes de consommation mondiale. Ce film, porté par la présence à la fois rassurante et mélancolique de Liam Neeson, prouve que la qualité d'un divertissement ne se mesure pas uniquement aux chiffres du premier week-end d'exploitation.

Il illustre également la résilience remarquable d'un genre, le thriller d'action intimiste, qui loin de s'éteindre se réinvente sur le petit écran pour toucher un public en quête de sensations fortes mais aussi de profondeur narrative. Alors que Liam Neeson continue de diversifier ses rôles avec intelligence, oscillant entre parodie assumée et drame sérieux, ses films trouvent une seconde vie là où les spectateurs se trouvent désormais massivement : sur leur canapé, devant leur écran. Ce succès invite à repenser ce que signifie être un succès au XXIe siècle, confirmant que les plateformes de streaming sont devenues le sanctuaire des œuvres qui méritent d'être vues, peu importe leur destin initial au box-office traditionnel.

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Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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