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Cinéma

Les belles histoires du docteur Lecter (1)

Le Dr Hannibal Lecter vous présente Dragon Rouge, thriller psychologique adapté du roman de Thomas Harris. Une analyse complète avec Edward Norton, Anthony Hopkins et Ralph Fiennes.

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Bonjour mes amis,

Pauvre Will, il a peut-être mis fin à ce qu'il appelle mes « crimes », mais en revanche, il a bien du fil à retordre avec « la petite souris ». Quel nom ridicule, comme ce substantif grotesque attaché à mon prénom par une certaine presse avide de scandales : « le cannibale ». Pitoyable.

Certes, j'ai tué et dévoré des êtres humains, mais je me suis toujours considéré comme un fin gastronome et surtout un psychiatre hors pair, quelqu'un d'intelligent, de très intelligent même. Et tout le monde le sait, surtout ce petit Will Graham, l'agent du FBI qui m'a arrêté.

Il a compris très vite, trop vite. Comme il se savait menacé, nous nous sommes battus. Je me voyais déjà en train de déguster son cœur. Le couteau que j'avais plongé dans ses entrailles aurait dû le tuer, mais hélas, il s'en est sorti et m'a fait enfermer. Il me croyait cinglé, un cinglé qui lui avait déjà permis de coffrer quelques assassins en série. Mais passons...

Dragon Rouge : présentation du film

Une cage de verre. Je suis considéré comme l'un des êtres les plus dangereux de la planète. Intelligence supérieure. Un asile pour forcenés à Baltimore dirigé par un incapable du nom de Chilton.

Je vous disais donc que mon très cher Will doit désormais se battre contre « la petite souris », un assassin barbare qui viole et tue selon un rituel précis. C'est sûrement un homme timide, quelqu'un qui a un complexe d'infériorité pour une raison quelconque...

Évidemment, après mon arrestation, ce cher Will a raccroché. Mais comme le chef du FBI, un certain Crawford, est sur les dents, il lui a demandé son aide. Will s'est montré réticent au départ, puis il a accepté. Et bien entendu, il vient me demander conseil...

Mais s'il croit que le docteur Lecter est de nature à écouter les sornettes d'un type qui pue à la fois cet après-rasage immonde qu'il portait déjà à mon procès et surtout la peur qui émane de ses aisselles, il se trompe joliment. Ou alors donnant-donnant : il va me falloir des garanties, un dîner et un concert par exemple. Hélas, je sais bien que la chair dont je me délecterai ne sera pas humaine, mais je crois que ce serait trop demander.

L'enquête du FBI sur le tueur au Dragon Rouge

Nous n'avons plus beaucoup de temps. L'homme que nous cherchons amorce sa métamorphose. Il a signé son dernier crime d'un signe chinois de mah-jong : le Grand Dragon Rouge. C'est comme un pèlerin qui se promène. Il n'attaque qu'à la pleine lune. Pourquoi ? Il ne le sait probablement pas. C'est un homme assez mystérieux.

Je sens comme une dualité en lui, une sorte de schizophrénie sous-jacente. Il peut parfaitement tomber amoureux, par exemple, quoique je le sens très timide avec les femmes. Mais il est également un démon abominable, quelque chose de surhumain. Ça, je le sais. En quelque sorte, il se rapproche de moi.

Tout ça, bien sûr, je n'en ai pas dit un mot à ce cher Will Graham. Juste mis sur la piste par énigme, parce que moi je sais déjà très bien quel est le profil de notre pèlerin. Et quelque part, ce brave garçon pourrait me permettre de prendre ma revanche.

D'autant qu'il m'admire. Il me l'a écrit dans une lettre dissimulée dans du papier toilette. Il me demande conseil. Je vais donc lui répondre...

Francis Dolarhyde : profil du tueur

Dieu que les secrétaires peuvent être niaises, mon pauvre Will. Je n'ai eu aucun mal à me faire dire où tu habitais. Tu as beau te planquer en Floride, tu ne lui échapperas pas. Parce que lui est l'égal de Dieu. C'est ce qu'il essaie de te faire comprendre depuis le début. Tu n'as donc pas saisi pourquoi il met des bouts de miroir dans les yeux de ses victimes ? Pour voir son image à travers elles. Il se transforme. Il casse les miroirs qui lui renvoient son image humaine et s'en crée pour sublimer son image de surhomme...

Je viens de lire l'article que vous lui avez fait consacrer dans la lamentable feuille de chou de ce crétin de Lounds, un reporter minable pour tabloïd de supermarché. Mon cher Will, vous le faites passer pour un fantoche. Je doute qu'il apprécie cela et je ne m'étonnerais pas de voir ce gros porc de Lounds passer un très sale quart d'heure avant de mourir...

Ce que vous ne saviez pas, c'est qu'il ne m'a pas écrit que la lettre que vous avez trouvée. Il me raconte son histoire. C'est assez sordide. Et puis il est amoureux : une femme aveugle qui se prénomme Reba. Il fait tout pour la protéger du Dragon, mais combien de temps tiendra-t-il ? Je ne peux pas le dire. Quand on a vécu ce qu'il a vécu dans son enfance, il est presque normal d'être déséquilibré. Quelque part, je le comprends. Je respecte son combat...

La métamorphose s'accélère, on dirait. Et pourtant, ce crétin de Lounds ne faisait pas partie de ses victimes. C'est juste un bonus, un bon prime qui donne droit à une partie gratuite et qui, je l'espère, fera comprendre à la presse à quel point cette initiative était stupide. Quant à ce cher Will, je serais lui, je commencerais à trembler. Le prochain massacre, enfin sacrifice plutôt, est pour très bientôt. Et ça ne m'étonnerait pas qu'il soit concerné de près. Mais je ne vous en dirai pas un mot de plus. Si vous voulez tout savoir, allez voir le film !

Dragon Rouge : adaptation du roman de Thomas Harris

Ils ont appelé ce film Dragon Rouge, adaptation d'un roman du même nom de Thomas Harris, auteur d'une très intéressante trilogie à mon sujet. Ce qui est curieux, c'est que Dragon Rouge est certes le premier volet de la trilogie, mais il a été adapté bien après les deux autres, surtout Le Silence des Agneaux qui fut adapté de manière magistrale par Jonathan Demme voici quelques onze ans (1991) et dont je ne manquerai pas de vous parler car mes entretiens avec la petite Clarice Starling valent le détour à mon sens. Je passerai sous silence la ridicule prestation de Ridley Scott qui a bien maladroitement tenté de porter à l'écran le troisième volet (Hannibal, 2001). Et j'en viens à ce film de Brett Ratner qui change ici complètement de registre puisqu'il s'était fait un nom en réalisant quelques comédies : Argent comptant (1997) ou encore les deux Rush Hour mettant aux prises un Jackie Chan assagi avec un Chris Tucker survolté (1998 pour le 1, 2001 pour le 2).

En revanche, l'adaptation du roman a été confiée au scénariste Ted Tally. C'est déjà lui qui avait travaillé sur le scénario du Silence des Agneaux.

Distribution et acteurs principaux

Passons maintenant aux acteurs et commençons par celui qui interprète ce brave Will Graham, petit agent du FBI qui s'est couvert de gloire en m'arrêtant. Ils ont pris Edward Norton qui fut un néo-nazi repenti dans American History X en 1998, ce qui lui valut d'être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. Mais avant cela, il avait joué un schizophrène dans Peur primale en 1996. Bien entendu, si tout le monde a véritablement mis un nom sur son visage, c'est grâce à sa remarquable composition dans le Fight Club de David Fincher en 1999. Il semble avoir le vent en poupe, ce petit, puisqu'on va bientôt le voir dans Death to Smoochy, une comédie de Danny DeVito qui le verra jouer avec Robin Williams.

Pour notre cher pèlerin, je dois saluer la brillante composition de Ralph Fiennes qui fut remarqué, entre autres, par son interprétation sublime d'un second rôle dans La Liste de Schindler (1993, Spielberg). Ce rôle de nazi impitoyable lui vaut au passage d'être nommé à l'Oscar du meilleur second rôle et au Golden Globe de la même catégorie. Deux citations qu'il obtiendra également pour son rôle de comte passionné dans Le Patient anglais en 1997. Oublions sa prestation dans Chapeau melon et bottes de cuir (1998) qui, à l'instar du reste du film, fut un désastre, et passons directement à son actualité. Après avoir joué « la petite souris », il sera à l'affiche de Spider qui le verra incarner un schizophrène pour David Cronenberg (date de sortie prévue : 13 novembre 2002).

Quant à Crawford, il est brillamment interprété par un excellent Harvey Keitel. Mais a-t-il déjà été mauvais, le héros du Bad Lieutenant d'Abel Ferrara en 1992 ? Cela dit, sa carrière a commencé bien plus tôt. On le voit déjà dans Taxi Driver en 1976. Faut dire que cet ancien marine né en 1941 a commencé sa carrière en 1969. Il fait partie de ces seconds rôles récurrents, ceux qu'on voit dans beaucoup de films mais qui n'ont presque jamais la vedette. Cela dit, dans Dragon Rouge, il a un rôle assez important.

Anthony Hopkins dans le rôle d'Hannibal Lecter

Voilà, j'en ai fini avec les acteurs de ce film et... quoi ? Un murmure de protestation parmi les lecteurs ? Que dites-vous ? J'ai oublié de dire qui interprétait mon rôle ? Mais enfin, le docteur Hannibal Lecter n'a nul besoin d'interprète, il se suffit à lui-même, voyons.

Bon, si vous insistez, mon rôle dans ce film comme dans Le Silence des Agneaux est tenu par le grand, l'immense Anthony Hopkins. Vous voulez vraiment que je résume sa carrière ? D'accord. L'homme est né en 1937. Il commence sa carrière par le théâtre au début des années 60, joue ensuite quelques seconds rôles, puis décroche en 1980 le premier rôle de L'Éléphant man de David Lynch. Mais ce n'est qu'en 1991 qu'il deviendra mondialement célèbre en interprétant le rôle du plus inquiétant psychopathe de l'histoire du cinéma : moi, le docteur Hannibal Lecter, dans Le Silence des Agneaux. Il m'interprète tellement bien qu'il décroche l'Oscar du meilleur second rôle masculin. Devenu un des acteurs de tout premier plan, on le voit dans une grande partie des films qui sortent : Dracula de Coppola en 1992, Nixon d'Oliver Stone en 1995, Rencontre avec Joe Black (Martin Brest, 1998). Signalons aussi son amusante prestation dans Le Masque de Zorro où il devient un Zorro vieillissant tâchant de former un Antonio Banderas maladroit sous la caméra de Martin Campbell (1998). Il reprend mon rôle en 2001 dans le consternant Hannibal qui me donna envie de dévorer Ridley Scott. Il joue encore quelques autres rôles et enfin retrouve son rôle fétiche — moi — dans le film dont le présent avis est l'objet. Il va prochainement interpréter Jor-El, le père de Superman, dans la prochaine adaptation dont la réalisation sera signée Brett Ratner.

La musique de Danny Elfman

Le compositeur n'est pas Howard Shore qui avait travaillé sur Le Silence des Agneaux, mais un très grand nom de la composition musicale de cinéma puisqu'il s'agit de Danny Elfman. Parmi ses musiques, on citera en vrac : Beetlejuice, les quatre Batman, Men In Black 1 et 2, Edward aux mains d'argent, Mission Impossible 1 et 2, Sleepy Hollow, Spy Kids ou encore Spider-Man.

Avis sur Dragon Rouge : critique du thriller

Euh oui, parce que le docteur Lecter est bien gentil, mais j'ai quand même un petit mot à dire au sujet de ce film.

Tout d'abord, je pense qu'il est important de signaler que je n'y suis pas allé confiant. J'avais vu les bandes-annonces et ça sentait la repompe du Silence des Agneaux, style « j'exploite le filon à fond ».

Ben j'avais tout faux. Imaginons un instant que ce film soit sorti à l'époque où est sorti Le Silence des Agneaux : il aurait eu le même succès. Il est même un peu moins gore que Le Silence.

Si on s'attarde sur la personnalité du tueur que Ralph Fiennes campe magistralement, on constate qu'il est nettement plus intéressant du point de vue psychologique que celui que traque Clarice Starling dans Le Silence des Agneaux, même si en revanche le couple Hopkins-Foster fonctionne mieux que Hopkins-Norton. Non pas que Norton soit mauvais, mais c'est un homme. Le jeu de la séduction de Lecter qui faisait une grande partie du succès du Silence des Agneaux est donc ici nul et non avenu.

Un thriller psychologique efficace

Et maintenant, j'arrête de comparer et je me dis qu'il n'y a rien eu avant. Je prends ce film de manière individuelle.

Or de manière individuelle, il est très bon. Le scénario est très élaboré, les acteurs jouent très bien, mais il y a un léger bémol en ce qui concerne la réalisation. On sent que Ratner débute dans le genre. Il ne sait pas rendre l'atmosphère glauque et, du coup, le film ne parvient pas toujours à ménager le suspense.

Heureusement que la personnalité très complexe du tueur, sans parler de celle de Lecter, le rend crédible. Parce que j'affirme qu'un type qui a subi ce qu'il a subi peut devenir comme lui. Ça ne dépasse pas l'entendement. Bien sûr, c'est un schizophrène, mais il n'est pas plus fou que le Norman de Psychose après tout. D'ailleurs, si vous allez voir le film, vous comprendrez pourquoi je fais allusion à Psychose. Il y a comme un parallèle entre Norman et Francis (je ne trahis rien en vous donnant son prénom, on l'apprend très tôt et d'ailleurs le suspense n'est pas de savoir qui est le tueur, mais plutôt ce qu'il est en train de devenir).

C'est un film sur la métamorphose, mais elle est nettement plus poussée, plus onirique que dans Le Silence des Agneaux. Là, on atteint le paroxysme : la théorie du surhomme.

Les limites du film

L'ennui, c'est qu'à notre époque, « la théorie du surhomme », on l'a bouffée à toutes les sauces. Du coup, le film qui aurait pu être un chef-d'œuvre dans les années 90 devient un thriller de plus sans grande originalité quand on le compare par exemple à Seven.

Et puis, il faut que j'ajoute, comme l'ont souligné Sarawak et Centori (que je salue au passage), qu'en réalité ce film est un remake. Un premier Dragon Rouge a été adapté en 1986 par Michael Mann, le réalisateur d'Ali entre autres, sous le titre Le Sixième Sens. Dans ce film, le rôle de Graham est tenu par William Petersen. Je n'ai pas vu ce film, mais comme il passe ce soir en deuxième partie de soirée sur M6, je pense le regarder. Je vous en reparlerai et ne manquerai pas de comparer les deux ;o)

Dialogues et conclusion

Un dernier mot pour parler des dialogues, assez croustillants, notamment les interventions de Lecter. J'espère que le texte du haut vous aura donné une idée de sa façon de penser. Quelques notes d'humour très noir viennent rehausser le ton, la même acidité que dans Le Silence des Agneaux. Mais comme le jeu de séduction est inexistant, les dialogues, pour remarquables qu'ils soient, ne sont pas aussi subtils. Pas de sous-entendus comme dans le Silence...

Donc en résumé, Dragon Rouge n'est pas un mauvais film. C'est un thriller qui parvient à nous tenir en haleine, mais qui pâtit à la fois de sa sortie plus que tardive (on a largement dépassé ce stade-là dans le genre) et d'une réalisation par moments hésitante. En revanche, il peut se targuer d'un excellent scénario et d'une interprétation à la hauteur de ses ambitions. Ce n'est certes pas le film du siècle, mais ça demeure un excellent thriller psychologique qui ravira les amateurs du genre (la vache, ça fait tout bizarre d'être aussi sérieux). En bref, c'est un bon film. À VOIR donc, ne serait-ce que pour se faire une idée. Par contre, évitez de vouloir le comparer au Silence des Agneaux, car Dragon Rouge ne souffre pas la comparaison, notamment au point de vue de la réalisation. Mais je laisserai le docteur Lecter vous reparler de tout ça dans mon prochain avis ;o)

Et n'oubliez pas :

Dans le genre, ce film n'est peut-être pas LE VÉRITABLE TRÉSOR, mais il se laisse regarder.

Amicalement,

Franck

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