
C'est du grand art, je pèse mes mots : c'est Alice au Pays des Merveilles en beaucoup mieux, et au moins aussi profond.
C'est si poétique que chaque plan mérite de garder le regard rivé sur l'écran. Rien d'autre n'existe que ce monde enchanté, effrayant, médusant. C'est comme un rêve, avec ce que cela a de surréaliste. Il y a aussi un aspect cauchemardesque assez impressionnant qui rappelle les contes de fée, à la manière d'Hansel et Gretel. Ce n'est pas pour autant un film d'art et d'essai ou d'esthétique new-age ! C'est un vrai film d'animation pour enfants, avec des trouvailles incroyables. Mais je ne veux pas trop en dévoiler... tout est génial.
Une histoire d'amour loin des clichés Disney
Comme je suis fleur bleue, je vais commencer par insister sur l'histoire d'amour : pas du tout à la Disney, elle reste sous-entendue tout le début du film. Elle est basée sur la mythologie, petits dieux et grandes sorcières, la mémoire et les enchantements, un peu comme dans La Reine des Neiges. C'est très approfondi mais très discret aussi, ce qui fait que dès que je veux raconter quelque chose, je me rends compte qu'il y a de quoi en écrire 10 pages !
Leur amour, comme le veut le romantisme le plus basique, remonte à avant qu'ils se connaissent. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose qui les lie, et qui, bien que caché, rend possible la tension de toute l'intrigue... Soupir... C'est beau ! Pourtant ce sont de petits enfants, mais quelque chose — une initiation pour la petite fille, un secret oublié pour le petit garçon — en fait des adultes qui s'aiment d'amour.
Résumé de l'intrigue : Chihiro et la station balnéaire des dieux
Mais en fait... l'histoire d'amour est très secondaire dans le film.
L'histoire se passe dans un parc à thème abandonné qui est en fait la station balnéaire des dieux, gérée par une sorcière (quelle imagination !) et son jeune apprenti. Les humains qui s'y introduisent, guidés par des odeurs appétissantes, se transforment en cochons quand ils osent se goinfrer du repas des clients — les dieux japonais.
C'est ce qui arrive aux parents de Chihiro. Elle, effrayée, n'a rien mangé et commence à disparaître, à devenir immatérielle et transparente. Devient-elle un pur esprit ? Le jeune apprenti la secourt en lui faisant manger une miette de nourriture : pas assez pour devenir un cochon, mais assez pour rester matérielle (dimension philosophique présente...).
Le message du film : travail, identité et liberté
Elle doit devenir, malgré la répugnance de tous pour les humains, une employée du centre pour pouvoir survivre et sauver ses parents. Elle doit travailler pour rester humaine... C'est une règle que s'est imposée la sorcière : toujours accepter sous contrat ceux qui insistent pour travailler, sinon elle les change en bêtes.
Chihiro y parvient et des aventures incroyables lui arrivent. Elle découvre ce monde et y prend place en aidant ses amis. Elle s'intègre au monde magique à force de générosité, mais aussi d'ingéniosité et de passion pour son ami apprenti sorcier qu'elle va aider pour qu'il redevienne libre — il doit se souvenir de son nom.
Un univers entre mythologie japonaise et onirisme
Tout cela se passe dans un univers mixte de mythologie moderne, traditionnelle, japonaise et européenne. C'est un monde nouveau et une émotion profonde. Le Voyage de Chihiro est un vrai voyage, comme celui d'Alice au Pays des Merveilles, mais beaucoup plus proche du monde enfantin et imaginatif, avec une force évocatrice décuplée. On voyage vraiment !
Allez le voir et, si vous le pouvez, faites-vous le plaisir d'y amener des enfants. C'est génial !