
Histoire : la légende de la Bête du Gévaudan
Inspiré par des faits réels survenus sous le règne de Louis XV, "Le Pacte des Loups" revisite l'un des rares mythes français : celui de la "Bête du Gévaudan" qui tua plus d'une centaine de personnes avant d'être abattue dans des circonstances mystérieuses.
Le chevalier Grégoire de Fronsac, naturaliste au Jardin du Roi, est envoyé en Gévaudan pour dresser le portrait de la bête. Il est accompagné de Mani, un Indien de la tribu des Mohawks, son frère de sang rencontré pendant la guerre de Sept Ans en "Nouvelle-France".
Fronsac et Mani s'installent chez le jeune Marquis Thomas d'Apcher, noble éclairé, fasciné aussi bien par Fronsac que par Mani. Au cours d'une soirée donnée en son honneur, Fronsac tombe amoureux de la belle Marianne, fille du Comte de Morangias et sœur de Jean-François, grandes figures de la noblesse locale.
Les attaques se multiplient. Fronsac doit bientôt se rendre à l'évidence : la bête existe bel et bien, mais ce n'est pas un loup ni aucun animal connu. On a beau ne croire ni à Dieu ni au Diable, comment ne pas se poser de questions quand la bête survit aux balles des rares chasseurs qui parviennent à l'approcher, et disparaît comme par magie lorsqu'elle est encerclée ?
Après un instant brouillé avec Marianne, Fronsac se console dans les bras de Sylvia, magnifique mais inquiétante prostituée de la "maison" Tessier.
Devant l'inefficacité des battues, le Roi envoie en Gévaudan son propre Lieutenant des chasses, Antoine de Beauterne. À peine arrivé, ce dernier abat un loup et prétend avoir tué la bête. Obligé de participer à cette manipulation, Fronsac doit revenir à Paris alors même que Marianne, découvrant sa liaison avec Sylvia, lui signifie qu'elle ne veut plus jamais le revoir.
À Paris, Fronsac comprend que le Roi, lassé de cette bête qui met indirectement en cause son autorité, veut qu'on étouffe l'affaire. Officiellement, la bête est morte.
Fronsac et Mani, bravant l'interdiction royale, retournent en Gévaudan.
C'est pour Marianne que Fronsac est revenu, mais il a promis au jeune Thomas de participer à une dernière chasse. Impressionné par les talents de pisteur de Mani, le jeune Marquis veut que le Mohawk mène la traque.
Fronsac, Mani et Thomas partent en chasse, faisant appel à d'ancestrales techniques chamaniques. Mani parvient à décider les loups de la forêt de les aider...
Réalisation et distribution
Réalisateur : Christophe Gans
Acteurs :
- Samuel Le Bihan : Grégoire de Fronsac
- Mark Dacascos : Mani
- Monica Bellucci : Sylvia
- Jérôme Renier : Thomas d'Apcher
- Emilie Dequenne : Marianne de Morangias
- Vincent Cassel : Jean-François de Morangias
Analyse : un thriller surnaturel et costumé
Le Pacte des Loups nous apparaît comme une sorte de thriller d'action Kung-Fu surnaturel en costumes, qui élabore l'hypothèse fantaisiste quoique possible de la Bête de Gévaudan.
N'étant pas grand fan des films traitant de cette époque, je dois avouer que j'ai été agréablement surpris par la mise en scène et par les nombreux éléments apportés par Christophe Gans à ce genre. De l'érotisme, du suspense, de l'action, des bagarres, mais aussi de la photo, une réalisation à couper le souffle, de superbes décors, un scénario qui tient la route.
Un voyageur des Lumières face à l'obscurantisme
Pour faire taire la rumeur sur la bête et enrayer le discrédit de la monarchie, Louis XV dépêcha militaires et chasseurs en pays de Gévaudan. L'occasion pour Christophe Gans d'introduire son héros : Grégoire de Fronsac, scientifique libertin envoyé par le Roi pour étudier et embaumer la bête, une fois morte. Samuel Le Bihan incarne superbement cet esprit des Lumières, luttant contre l'obscurantisme et ouvert aux cultures étrangères, représentées par Mani (Mark Dacascos, rôle titre de Crying Freeman, le premier film réalisé par Gans), fidèle compagnon indien ramené de Nouvelle-France, un sage expert en art du combat, une sorte de Kung Fu en visite en Lozère.
Jouant d'un casting grandiose, le réalisateur a su mêler sans faute des acteurs de la nouvelle génération venus du cinéma réaliste (Emilie Dequenne, prix d'interprétation à Cannes pour Rosetta, Jérémie Renier connu grâce à La Promesse, deux films réalisés par les frères Dardenne) à des classiques de l'écran hexagonal : Jean Yanne, Bernard Fresson, Philippe Nahon, Jean-François Stévenin, et désormais Vincent Cassel.
Une chorégraphie d'inspiration asiatique
Mais ce western en pays de Gévaudan, hommage appuyé à ses homologues spaghettis et à l'élégance rare en terre cinématographique française, n'aurait besoin que de deux scènes pour devenir culte. Deux scènes de combat orchestrées par un maître chorégraphe emprunté à John Woo, Philip Kwok. Ces scènes sont bien présentes et ne font l'objet d'aucune critique. Bien sûr très inspirées de la dynamique gestuelle (accentuée par un travail remarquable pour le son et le montage) des films d'action asiatiques (entre autres ceux de John Woo et Chang Cheh), les scènes de ce type portent la moitié du film par leur efficacité visuelle. La maîtrise graphique de Christophe Gans est indéniable, et les influences de la Bande dessinée et des jeux vidéo sont utilisées avec intelligence.
Thèmes : intégrisme, racisme et nature
Le film ne se limite pas à une succession de scènes d'action et essaie de faire passer des idées. Ces idées, Gans les montre notamment par l'intermédiaire de Mani (Mark Dacascos). Mani, qui est une espèce de guerrier mystique, représente le rapport de l'homme à la nature et aux animaux. C'est un personnage poétique, qui a un rapport magique avec l'environnement mais, avec les hommes qui l'entourent, un rapport finalement assez distant. C'est un personnage qui est directement hérité de la culture manga d'aujourd'hui, la culture quasi-officielle des enfants d'aujourd'hui. Toutes ces choses-là font que Mani va être un personnage très fort pour le jeune public, qui a toujours une sorte de réticence à voir des gens en costumes parler avec un dialogue du XVIIIe siècle. Un personnage comme ça permet de développer des idées intéressantes qui renvoient à des débats d'aujourd'hui.
Le film parle de comment des gens qui ont des idées avancées vont se retrouver confrontés à tous les vieux démons de l'intégrisme, du racisme et de la violence réactionnaire. C'est quelque chose qui est toujours d'actualité aujourd'hui, plus que jamais malheureusement.
Un casting de rêve, des décors surnaturels à couper le souffle, de nombreuses scènes de combats d'anthologie, des costumes d'époque somptueux... Le Pacte des Loups s'annonce comme un grand événement cinématographique.