
La Rue Case Nègre : une œuvre phare du cinéma antillais
La Rue Case Nègre s'impose comme l'œuvre cinématographique antillaise la plus connue en Europe. Si à ses débuts on avait dit à Euzhan Palcy que son film serait reconnu bien au-delà des Antilles, elle n'y aurait certainement pas cru. Et pourtant, cette réalisatrice martiniquaise a réussi à imposer l'histoire de son pays au cinéma. Elle qui affirmait : « J'étais noire, j'étais une femme et j'étais jeune, en somme je cumulais tous les défauts », a ainsi offert à La Rue Case Nègre sa place au milieu de bien d'autres succès de réalisateurs métropolitains.
L'histoire touchante de José et Man Tine
Comment ne pas être ému par la lutte acharnée de Man Tine pour son petit-fils José ? L'histoire se déroule à Petit-Bourg au début du XXe siècle. José, petit garçon espiègle, raconte sa vie à la Rue Case Nègre où il vit avec sa grand-mère. Il nous fait découvrir le combat quotidien de cette dernière qui, travaillant sans relâche dans les champs de canne, refuse que son petit-fils soit voué au même destin.
Inégalités sociales et domination béké en Martinique
Man Tine encourage son petit-fils dans ses études afin qu'il puisse devenir « quelqu'un » et changer de rang social. On y découvre le monde des enfants qui, faute d'opportunités, semblent destinés au travail de la canne. À travers les yeux de José, nous décelons les inégalités sociales présentes en Martinique durant cette période. La domination du béké est clairement affichée dans ce film qui constitue une véritable vitrine sur l'histoire sociale de l'île.
L'adaptation réussie du roman de Joseph Zobel
Euzhan Palcy a su magnifiquement retranscrire l'œuvre de Joseph Zobel. En effet, avant d'être adapté au cinéma, La Rue Case Nègre était d'abord un roman. C'est cette adaptation qui a fait connaître aux jeunes et moins jeunes ce bijou du patrimoine littéraire antillais. Comme le dit si bien Maître Médouze dans le film, cette œuvre nous rappelle qu'il vaut mieux « oublier son nom mais jamais d'où l'on vient » : notre identité est un bien inestimable.
Un casting mémorable
On retrouve dans ce film une Darling Légitimus au sommet de son art, accompagnée de nombreux acteurs locaux comme Joby Bernabé, Jean-Claude Duverger et Eugène Mona, grand musicien malheureusement disparu.
Si de nombreux films internationaux ont marqué l'histoire du cinéma mondial, La Rue Case Nègre aura, elle, marqué l'histoire du cinéma martiniquais de façon définitive.