Première chose à savoir : Karma n'est pas une série. C'est un thriller psychologique, réalisé par Guillaume Canet et porté par Marion Cotillard. La confusion vient peut-être de sa diffusion sur Netflix, mais il s'agit bien d'un long-métrage à part entière. Et il vaut le détour.

L'intrigue
Jeanne (Marion Cotillard) tente de reconstruire sa vie dans un village du nord de l'Espagne aux côtés de Daniel, un homme qui ignore tout de son passé tourmenté. Le jour où Mateo, son filleul de six ans, disparaît mystérieusement, la police la désigne rapidement comme suspecte. Pour échapper aux investigations, Jeanne fuit vers la France et se réfugie au sein d'une communauté religieuse dans laquelle elle est née - et qu'elle avait fui quelques années plus tôt.
Pas de spoil : l'enjeu, c'est de voir comment Jeanne navigue entre les soupçons, ses secrets et un environnement qui n'est pas aussi sûr qu'il en a l'air.

La neuvième Canet-Cotillard : une complicité qui se sent
Avec Karma, Guillaume Canet et Marion Cotillard en sont à leur neuvième collaboration. C'est la sixième fois que Canet dirige Cotillard, après Les Petits Mouchoirs (2010), Blood Ties (2013), Rock'n Roll (2017), Les Petits Mouchoirs 2 (2019) et Astérix et Obélix : Le Mittel Kingdom (2023).
Cette longue association artistique n'est pas anecdotique. Elle se traduit dans la confiance que Canet accorde à Cotillard pour porter un rôle exigeant, sans filet. Le réalisateur lui offre un espace dramatique dans lequel elle peut déployer toute l'intensité dont elle est capable - et c'est précisément ce que les critiques ont relevé.
Ce qu'en disent les critiques
Le verdict international est globalement positif, avec quelques réserves.
Pete Hammond (Deadline) a qualifié le film de "one to see", louant sa capacité à naviguer entre le cinéma d'auteur et le registre commercial. Surtout, il a salué l'interprétation de Cotillard, la décrivant dans "l'un des rôles les plus intenses de sa carrière". C'est un avis qui pèse lourd, venant d'un critique habitué à couvrir les productions hollywoodiennes.
Richard Lawson (The Hollywood Reporter) confirme que le film reste "captivant du début à la fin", tout en relevant des failles logiques dans la construction de son univers. Le scénario pousse parfois le credo un peu loin, mais la tension ne faiblit jamais vraiment.
Un thriller français qui tient la route face aux productions internationales
La question que tout le monde se pose : est-ce que Karma tient la comparaison avec les thrillers internationaux qui inondent les plateformes ? La réponse est oui, avec des nuances.
Là où de nombreux thrillers dépendent de twists artificiels et de montages nerveux, Karma mise sur un tempo plus lent et sur la présence physique de Cotillard. Le film ne cherche pas à rivaliser avec les productions à grand spectacle - il explore un territoire plus intime, celui de la culpabilité, de la fuite et des environnements fermés. La communauté religieuse, en particulier, offre un cadre oppressant qui rappelle certains thrillers européens de qualité.
Le scénario co-écrit par Canet et Simon Jacquet n'est pas exempt de faiblesses - certaines situations manquent de crédibilité - mais l'ensemble reste suffisamment maîtrisé pour maintenir le spectateur en haleine. Et quand Cotillard est à l'écran, chaque plan compte.
Verdict
Karma n'est pas un thriller parfait, mais c'est un film sincère et porté par une interprétation magistrale. Si vous aimez le genre psychologique - et surtout si vous suivez la carrière de Marion Cotillard - c'est une adresse sûre pour ce soir. Les amateurs de twists spectaculaires et de scénarios blindés logiquement risquent en revanche de trouver quelques passages à redire.
Dans le paysage actuel des thrillers sur Netflix, Karma se distingue par son ancrage dans un cinéma d'auteur assumé. C'est court, c'est efficace, et ça ne dure pas trois heures. Dans le genre, c'est déjà une victoire.