
"Irréversible" de Gaspar Noé : une expérience cinématographique bouleversante
Fin de la séance de cinéma, tout le monde sort de la salle sans dire un mot. On entend des gens souffler, comme pour dire sans mots qu'ils viennent de vivre quelque chose d'intense, comme aux sorties des montagnes russes dans les parcs d'attractions. Le film de Gaspar Noé a visiblement réussi à prendre ses spectateurs aux tripes.
Sur le chemin du retour, on se détache peu à peu du film. On découvre alors que notre regard n'est plus le même, qu'"Irréversible" vient d'inscrire dans notre cerveau quelque chose d'indélébile, quelque chose qui nous touche, quelque chose de très fort qui nous permet de mieux comprendre la nature humaine. On comprend alors que Gaspar Noé a réalisé un film très juste, très vrai, et effroyablement réaliste ; un autoportrait de nous-mêmes, une autopsie de notre société...
Narration à rebours : quand le temps détruit tout
Nous sommes dans la salle de cinéma, un peu après la moitié du film. On est accroché à notre siège, on sait déjà ce dont Gaspar Noé est capable, on a déjà eu envie de quitter la salle. On connaît le fonctionnement du film : l'histoire est racontée dans l'ordre inverse de la chronologie. La scène se passe à la sortie d'un appartement où une fête a eu lieu. On voit Vincent Cassel et Albert Dupontel sortir joyeux, un peu éméchés, verre à la main, quand soudain des policiers les arrêtent. Il y a des ambulances, quelque chose de grave vient de se passer. Un brancard passe, et dedans, Monica Bellucci, compagne de Vincent Cassel, complètement défigurée, mutilée, incapable de parler. À ce moment-là, on comprend que dans 5 minutes, on va vivre une nouvelle scène insupportable...
L'ambiance oppressante du film de Gaspar Noé
Début du film, le générique s'annonce à l'envers, les lettres sont inversées, on n'arrive pas à lire grand-chose. Les noms des acteurs apparaissent ensuite comme des flashs, violents. On comprend que l'on a affaire à un film qui sort de l'ordinaire. IRRÉVERSIBLE s'affiche ensuite dans tous les sens possibles.
Le film commence, on voit la façade d'un appartement filmée dans la nuit. La caméra tourne dans tous les sens, une musique pesante s'ajoute à l'image. La scène continue, continue ; on ne sait pas si on voit la façade à l'endroit ou à l'envers, la caméra n'arrête pas de tourner.
Soudain, une cellule, visiblement dans une prison. Deux hommes hirsutes sont vautrés sur un lit, engourdis par leur espace restreint et l'ambiance lourde qui y règne. L'un d'eux annonce à l'autre : "Le temps détruit tout".
La scène du backroom : plongée dans l'enfer
Scène suivante, l'endroit est encore plus claustrophobe, la musique plus pesante, des lumières rouges éclairent un backroom homosexuel. Des hommes crient, à la manière d'animaux. L'endroit est glauque. Là encore, la scène continue, la caméra tourne partout.
Soudain, on voit Vincent Cassel et Albert Dupontel entrer dans la boîte. Vincent Cassel cherche quelqu'un, furieux, descend les sous-sols oppressants. Albert Dupontel tente de le retenir par moments. Vincent Cassel est déterminé, il est en colère, il est au bord de la folie ; on sent qu'il est capable du pire, mais on ne comprend pas...
Un film qui prévient ses spectateurs
Entrée dans la salle de cinéma, propre, il y a peu de monde. On a le choix du film. C'est décidé, ce sera "Irréversible". À la caisse, l'hôtesse nous dit quelque chose comme : "Le film est très violent et peut choquer des individus." Elle rajoute : "Je suis obligée de vous faire ces recommandations." C'est la première fois qu'on entend ça à la caisse d'un cinéma. Comme si c'était pour dire "ne venez pas vous plaindre après, vous avez été prévenus".
On arrive ensuite devant un type balèze qui vérifie les tickets et en arrache la partie inférieure. Il nous demande : "Vous êtes sûr d'avoir au moins 16 ans ?" Étonnés par la demande, on lui répond que oui. Étrange, on fait pourtant beaucoup plus âgés que 16 ans. C'est encore la première fois qu'on entend ça dans un cinéma. On entre dans la salle...
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Ceci est une sensation personnelle, que j'ai néanmoins constatée également pour d'autres personnes qui étaient au même moment dans la salle, dont mes amis et proches...
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