
Bruce Banner est un scientifique travaillant sur la régénération des cellules. Son travail inquiète et intéresse l'armée, qui y voit une arme redoutable pour ses troupes. Suite à une exposition aux rayons gamma, Bruce découvre que ce qu'il recherchait depuis des années est en fait présent en lui depuis toujours : une mutation génétique transmise par son père, qu'il croyait mort... Une mutation qui s'avère bien moins avantageuse qu'espérée, surtout quand on titille un peu trop Bruce !
Hulk (2003) : un film très attendu après Spider-Man et X-Men
Hulk était très attendu dans la foulée de la déferlante des super-héros sur grand écran. Après un Spider-Man et deux X-Men réussis, que pouvait-on espérer du géant vert ? Après 2h20 de spectacle, Hulk apparaît comme un film généreusement raté, plein de qualités mais aux énormes défauts...
La mise en scène audacieuse d'Ang Lee
La mise en scène d'Ang Lee (Tigre et Dragon) se distingue par son originalité : son choix est de retranscrire sur grand écran l'esprit de la bande dessinée. Si au départ ce choix esthétique paraît discutable (ok, Hulk est une BD, mais on veut surtout voir un film !) et un peu trop systématique (Sam Raimi avait moins abusé de cette forme de mise en scène), on s'habitue vite à ce découpage de l'écran en différentes cases. Ce procédé donne naissance à de très belles trouvailles. Visuellement, le film est donc une vraie réussite !
Des personnages bien installés mais une intrigue qui s'effondre
Le réalisateur tente également de ne pas céder facilement au spectaculaire, en laissant longuement les personnages prendre leurs marques dans l'histoire. Si les quarante minutes d'exposition peuvent paraître un peu longues, elles n'en sont pas moins réussies et permettent de bien cerner les protagonistes. Ang Lee excelle dans la description de la psychologie des personnages, et les acteurs (Eric Bana dans le rôle de Bruce Banner, Jennifer Connelly en Betty Ross, gentiment séduite par le scientifique...) tiennent très bien leurs rôles respectifs.
Le problème intervient au terme de ces 40 minutes... Sans trop comprendre le pourquoi du comment, Bruce s'énerve violemment, devient énorme et tout vert, et bousille complètement son laboratoire ! Le film retombe d'un coup dans la grande famille des films d'action américains, et la sensibilité des personnages est balayée par l'action : Betty Ross devient stupide (elle n'a pas vu son père depuis des plombes parce que c'est un militaire bourrin, lui livre Hulk sur un plateau et se rend compte de sa boulette quand celui-ci lui fait comprendre qu'il ne va pas être sympa avec le géant vert... Fallait réfléchir avant !), Hulk détruit tout (avec une ou deux pointes de gentillesse de temps en temps), les militaires sont bêtes, le méchant est encore plus abruti... Bref, pas super original.
Des idées intéressantes mais sous-exploitées
Et pourtant, on sent que le réalisateur avait vraiment de quoi faire un film intéressant : le personnage du père est surprenant, loin des stéréotypes hollywoodiens (il est même complètement taré), mais reste sous-exploité jusqu'à un final écrasé sous les effets spéciaux et très mal introduit. De même, le traumatisme du héros est vraiment... traumatisant, très glauque, mais là encore, bien trop sous-exploité ! Il doit bien souffrir à cause de ça, le petit Hulk, pourquoi le dévoiler à la fin sans approfondir ? Pourquoi Ang Lee raconte son histoire de façon embrouillée en perdant les aspects intéressants au profit de scènes explosives ? Un peu plus de simplicité aurait été largement profitable au film (Spider-Man a une histoire limpide, linéaire, et le résultat n'en est que plus efficace).
Une critique de l'armée américaine trop timide
De même, les militaires américains ne sont pas franchement montrés à leur avantage, ce qui est plutôt surprenant dans ce contexte de guerre en Irak... Mais on a l'impression que le réalisateur se rétracte à la fin du film : le militaire ne fait qu'obéir aux ordres, et sous ses airs de grosse brute écervelée se cache une certaine subtilité (pffffff...). Un peu plus de subversion aurait été la bienvenue (oui oui, c'est un film américain pour les Américains, mais X-Men était beaucoup plus critique dans la dénonciation d'une société paranoïaque face à la différence... Comme quoi, c'est possible !).
Effets spéciaux et scènes d'action : le point fort du film
Alors certes, il reste les scènes d'action et les effets spéciaux : le méchant Shrek surprend un peu au début, mais on s'y habitue finalement, et le géant est plutôt bien fichu. Les scènes d'action sont très spectaculaires (sauf la fin, qui vire au n'importe quoi), et très bien mises en scène. De ce côté-là, rien à dire.
Mais là encore, l'histoire déconne : Hulk paraît invincible, brut de décoffrage (j'explose tout, sauf ma copine) et on ne le prend jamais vraiment en pitié... Du coup, on peut comprendre la peur des militaires face au monstre et l'envie de le buter (un peu comme un dinosaure échappé de Jurassic Park). Un peu de subtilité de la part de Hulk n'aurait pas été de trop ! La différence du héros aurait dû être développée, histoire de rajouter un peu de ressort dramatique à l'ensemble, parce que là, on s'en fiche que Bruce vive ou meure...
Verdict : un blockbuster raté
Bref, Hulk déçoit, pas parce que c'est une daube hollywoodienne, mais parce qu'on sent qu'il y avait de quoi en faire un bon film. Peut-être est-ce le matériau de base qui n'est pas aussi intéressant que Spider-Man ou X-Men : qu'est-ce qui est fascinant dans l'histoire d'un type qui devient vert et casse tout quand il est énervé ? Pas grand-chose en fait... Et Ang Lee prouve au début du film qu'il sait faire exister des personnages, alors pourquoi avoir laissé retomber son film dès que l'action arrive ? Hulk : un film bien... raté !