Avec La Horde sauvage (The Wild Bunch), Sam Peckinpah ne filme pas les fusillades comme de simples prouesses héroïques. Le montage heurté, les ralentis et la brutalité du massacre final exposent le coût physique de la violence. Cette tension entre spectacle et dégoût aide à comprendre la place prise par le film dans l'histoire du western.

Une mise en scène qui dérange autant qu'elle impressionne
Le film suit une bande de hors-la-loi vieillissants, en fuite vers le Mexique après un dernier coup qui tourne mal. Mais ses scènes d'action refusent la clarté élégante du duel classique. Le BBFC, l'organisme britannique de classification, relève l'emploi du montage à angles multiples et du ralenti, qu'il décrit comme novateurs à l'époque. Dans le massacre final, ces procédés étirent les tirs et rendent les corps frappés difficiles à détourner du regard.
Peckinpah expliquait vouloir dévoiler la façade de la violence hollywoodienne : immerger le public dans le spectacle, puis lui retirer le plaisir attendu. C'était son intention déclarée, non une réaction garantie chez chaque spectateur. La forme du film entretient ce malaise : la violence devient spectacle, mais le film en expose aussi la destruction.

Cette approche a suscité des réactions hostiles. Au Royaume-Uni, le film a reçu en 1969 un classement X - alors interdit aux moins de 16 ans - après sept coupes dans la scène du massacre. Celles-ci ne représentaient que quelques secondes, notamment des images de jaillissements de sang et un homme qui semblait jubiler en tirant à la mitrailleuse. Le BBFC rapporte aussi la plainte d'un spectateur britannique, qui jugeait cette violence nauséabonde et dénuée de sens. Aux États-Unis, certains spectateurs ont rapproché le film de la guerre du Vietnam, selon l'organisme britannique : une lecture de l'époque, qui ne fait pas consensus.
Un "échec au box-office" à manier avec prudence
L'idée d'un échec commercial initial est moins solide qu'elle n'en a l'air. The Numbers affiche des recettes américaines de 638 641 dollars et un budget de production estimé à environ 6 millions. Ces données ne suffisent pas à établir la rentabilité du film : elles ne donnent pas, à elles seules, un bilan complet de ses recettes, de sa diffusion à l'étranger ou de ses revenus ultérieurs. Comparer directement les recettes domestiques au budget ne permet donc pas de trancher.
Une consécration patrimoniale, sans verdict sur la rentabilité
En 1999, la Bibliothèque du Congrès des États-Unis a inscrit The Wild Bunch au National Film Registry, qui rassemble des films jugés importants sur les plans culturel, historique ou esthétique. Cette reconnaissance atteste de sa place dans le patrimoine cinématographique américain, sans établir son succès populaire à sa sortie ni sa réussite financière.