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Cinéma

Gangs Of New York

Rivalités, vengeance et pourriture politique : Scorsese signe un chef-d'œuvre porté par un Daniel Day-Lewis impressionnant. Un film puissant sur les origines de New York.

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Pour la fiche technique, je vous épargne les détails : ouvrez votre programme télé ou consultez ce lien.

Pour l'histoire, en gros, on pourrait résumer ainsi : « Un méchant pas beau a tué un papa, et le fiston va le venger 16 ans plus tard. »

Le contexte historique de Gangs of New York

Une guerre civile ronge l'Amérique naissante, divisant une Amérique voulant rester sur ses anciennes habitudes (racisme, esclavagisme, etc.) et une Amérique plus tolérante (racisme, mais plus d'esclavagisme...). Au milieu, la misère et le malheur humain qui suintent de partout.

Si le film s'était borné à ça, cela aurait été un ultime nanar avec DiCaprio dans le rôle principal, une amourette à la 54ème minute, et 4 têtes tranchées à la 124ème...

Et bien non.

Une œuvre romanesque maîtrisée

J'ai vu ce film comme je n'avais jamais vu un film auparavant : c'était presque un livre. Des expressions romanesques telles que « la neige rougie par le sang » n'ont jamais pris autant d'ampleur que dans les 15 premières minutes. Pendant ce temps, le ton est donné et la différence avec les productions habituelles se fait sentir.

Une réalisation brute et réaliste

Non, vous n'aurez pas un massacre à la Braveheart ou Gladiator, ni de l'explosion de tripaille à la Soldat Ryan. Tout au long du film, le réalisateur se concentre non pas sur les blessures, mais sur leurs conséquences. Pas de gros plan sur une tête éclatée, ni de kung-fu farfelu, pas de combat à l'arme blanche ultra-rapide chorégraphié à l'extrême comme c'est la mode... Les coups de poing ne sont pas amplifiés en Dolby surround. Ils sont plats, et claquent comme dans la réalité. Ce n'est pas la plaie béante et giclante qui cause l'émotion, c'est la réaction de ceux qui entourent le blessé ou le mort.

Le sang, tout d'abord, pivot central dès la première séquence. Le sang qui coule sur une lame de rasoir, puis se répand sur la neige blanche, puis dans les veines d'un gamin qui veut venger son père, et enfin retournant sur le pavé, dans une mare rouge inondant le trottoir comme suite à l'accouchement gigantesque d'une ville tentaculaire telle que le New York naissant dans les affres d'une guerre civile.

Daniel Day-Lewis : un méchant complexe et attachant

La vengeance que doit accomplir le héros se trouve être différente de ce qu'on attend d'habitude de ce type de film.

En effet, vous avez l'habitude du « bad guy » vraiment pas beau, ou méchant car c'est pas sa faute — son papa le forçait à manger ses haricots par les trous de nez (forcément, ça traumatise). Donc pas de pitié, c'est un vrai pas beau sans cœur, mort ou vivant, peu importe, écrasez-le en le faisant couiner.

Non, ici on le prend en réelle sympathie, on l'apprécie même par son sens de l'honneur et du respect. Et bon sang que l'acteur joue bien ! DiCaprio fait petite figure à côté, et son personnage sombre dans la déprime quand il se retrouve à être considéré comme un fils par l'homme dont il jure la mort. Cet homme va effectivement finir par incarner une véritable figure paternelle, et aussi un véritable dinosaure dans son espèce : fidèle à ses pensées et à ses convictions, donc dans un sens, droit dans sa ligne de conduite — irréprochable si ce n'est qu'il est passionné par ces convictions.

À côté de ce « méchant », on trouve le héros bien pâle, bien que parfois torturé car sa vengeance est prévue à l'avance, et rien ne doit empêcher son bon déroulement. Il va jusqu'à sauver la vie de cet homme pour sauvegarder sa vengeance (à moins que ce soit par amour...).

J'aimerais bien en dire plus car vraiment ce film mérite d'être vu, rien que pour la prestation de Daniel Day-Lewis. Gardez cette phrase en tête : « L'Histoire avec un grand H avance toujours, en écrasant tout sur son passage. »

C'est pour moi le meilleur film que j'ai vu depuis longtemps, de par sa profondeur, le caractère vivant de ses personnages, le jeu d'acteur et la réalisation réfléchie, pesée et pensée, sans l'artifice des effets spéciaux — car la vraie magie, elle, opère entre chaque personnage de cette histoire.

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cort
cort @cort
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