Le Festival de Cannes 2026 bat son plein, et alors que la compétition entre dans son cinquième jour, une rumeur enfle sur la Croisette : Javier Bardem serait en très bonne position pour repartir avec un prix. À 57 ans, l'acteur espagnol, déjà lauréat du Prix d'interprétation masculine en 2010 pour Biutiful, fait sensation avec L'Être aimé de Rodrigo Sorogoyen, projeté ce samedi 16 mai. Mais comment expliquer que ce vétéran, longtemps cantonné aux blockbusters américains, s'impose soudain comme le favori des pronostics ? Entre la puissance de son jeu, la force du film et un contexte de compétition particulièrement ouvert, plusieurs éléments convergent pour placer Bardem sous les projecteurs du palmarès.

Pourquoi Javier Bardem est le favori du palmarès Cannes 2026
Un acteur au sommet de son art
Javier Bardem n'est pas un inconnu à Cannes. Depuis ses débuts dans Jambon, Jambon (1992) jusqu'à Everybody Knows (2018) avec Penélope Cruz, il a foulé le tapis rouge à de nombreuses reprises. Mais cette année, quelque chose a changé. Dans L'Être aimé, il incarne Esteban Martinez, un réalisateur quinquagénaire à la masculinité toxique qui renoue avec sa fille après treize ans de silence. Le rôle est taillé sur mesure pour l'acteur, qui confiait récemment au Figaro avoir dû « se rééduquer » après avoir été élevé dans une société machiste. Cette dimension autobiographique donne une épaisseur rare à sa performance.

Le film, huitième long-métrage de Rodrigo Sorogoyen (déjà acclamé pour As bestas), explore les tensions générationnelles dans le milieu du cinéma. Bardem y livre une interprétation que la critique qualifie déjà de « magistrale ». Le Figaro parle de « pur cinéma » et Sud Ouest évoque un acteur « au sommet ». La scène d'ouverture, où l'on voit Bardem diriger un tournage avec une autorité brutale, est donnée en exemple dans plusieurs écoles de cinéma.
Une carrière entre Hollywood et le cinéma d'auteur
Ce qui frappe dans la trajectoire de Bardem, c'est sa capacité à naviguer entre les grosses productions américaines et les films d'auteur européens. Après avoir incarné Stilgar dans Dune : Deuxième partie (2024) et joué dans F1 : Le film (2025), il revient à un cinéma plus intimiste. Comme il le confiait lors d'une masterclass à Cannes en 2022, le stress reste le même, que l'on tourne un blockbuster ou un petit film : « Quand ils disent Action ! ou Coupez !, c'est la même tension. »

Cette polyvalence fait de lui un acteur rare, capable de passer d'un tueur psychopathe (No Country for Old Men) à un père fragile en quête de rédemption. Et c'est précisément cette capacité à surprendre qui pourrait jouer en sa faveur auprès du jury présidé par Park Chan-wook.
Les autres favoris de la compétition Cannes 2026
Les poids lourds français et internationaux
Bardem n'est pas seul en lice. La compétition officielle compte 22 films, dont plusieurs ont déjà marqué les esprits. Le cinéma français s'est imposé dès les premiers jours avec La Vénus électrique de Pierre Salvadori (film d'ouverture), L'Abandon et La Vie d'une femme. Ces productions hexagonales ont été bien accueillies, tout comme Histoires parallèles de l'Iranien Asghar Farhadi, qui rassemble un casting cinq étoiles : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Catherine Deneuve, Vincent Cassel et Pierre Niney.

Mais c'est sans doute Soudain de Ryusuke Hamaguchi qui constitue le concurrent le plus sérieux. Après Drive My Car (Prix du scénario en 2021), le cinéaste japonais revient avec un film parisien qui plonge un Ehpad dans un océan de bienveillance. Virginie Efira y incarne une directrice d'établissement confrontée à la pression financière et à la rencontre d'une dramaturge japonaise en phase terminale d'un cancer. Le film, décrit comme un « essai de fiction thérapeutique » par Le Monde, explore les mêmes thèmes de la parole et de la connexion humaine qui ont fait le succès de son précédent opus.
Les outsiders qui pourraient créer la surprise
Ne négligeons pas Paper Tiger de James Gray, avec Adam Driver et Scarlett Johansson, projeté ce samedi soir. Gray est un habitué de Cannes, et son cinéma mélancolique trouve souvent grâce aux yeux du jury. De son côté, Pedro Almodóvar présentera son dernier opus mardi 19 mai. L'Espagne est bien représentée cette année avec trois films en compétition, dont Autofiction du même Almodóvar, qui pourrait diviser les votes en faveur de Bardem.
Enfin, Gentle Monster de Marie Kreutzer, avec Léa Seydoux et Catherine Deneuve, a fait forte impression lors de sa projection jeudi soir. Le film explore les rapports de pouvoir dans l'industrie de la mode, et Seydoux pourrait bien décrocher le Prix d'interprétation féminine.
Pourquoi la rumeur Bardem émerge-t-elle maintenant ?
Une fuite ou une analyse des critiques ?
Les rumeurs de palmarès sont monnaie courante à Cannes, mais celle concernant Bardem semble plus solide que la moyenne. Plusieurs facteurs expliquent cette émergence soudaine. D'abord, les critiques qui ont vu L'Être aimé en avant-première sont unanimes : le film est porté par une performance d'acteur exceptionnelle. Ensuite, le contexte de #MeToo et la réflexion sur la masculinité toxique donnent au film une résonance particulière. Bardem lui-même a longuement évoqué ce sujet dans une interview à Brut, où il analyse son propre parcours d'homme élevé dans une société machiste.

Enfin, le jury de cette année est particulièrement sensible aux questions de genre et de pouvoir. Présidé par Park Chan-wook, il compte Demi Moore, Ruth Negga, Laura Wandel, Chloé Zhao, Diego Céspedes, Isaach De Bankolé, Paul Laverty et Stellan Skarsgård. Une composition éclectique qui pourrait être séduite par un film qui interroge les rapports père-fille et la transmission dans le milieu du cinéma.
Les précédents de favoris déchus
Reste que rien n'est joué. L'histoire du Festival de Cannes est jalonnée de favoris qui ont perdu au dernier moment. En 2017, 120 Battements par minute était donné gagnant avant que The Square ne remporte la Palme. En 2021, Annette de Leos Carax était le grand favori, mais c'est Titane qui a triomphé. Bardem lui-même a connu cette désillusion : en 2010, il était donné favori pour Biutiful avant que le Prix d'interprétation ne lui soit finalement attribué, mais sans la Palme.
Cette incertitude fait partie du charme de Cannes. Les pronostics sont souvent bousculés par les débats du jury, qui peuvent durer jusqu'à l'aube avant la proclamation du palmarès.
L'Être aimé : un film sur le cinéma et la transmission
Un scénario qui fait écho à l'époque
L'Être aimé raconte l'histoire d'Esteban Martinez, un réalisateur vieillissant qui offre le premier rôle de son nouveau film à sa fille Emilia (Victoria Luengo), après treize ans de brouille. Mais la réconciliation vire à la confrontation. À travers eux s'opposent deux générations, deux âges du cinéma : celui du réalisateur-démiurge, tout-puissant sur son plateau, et celui d'une jeune actrice qui refuse de se soumettre.

Rodrigo Sorogoyen, 44 ans, signe ici son huitième long-métrage. Connu pour ses films sous haute tension (As bestas, Que Dios nos perdone), il livre une œuvre plus intime mais tout aussi percutante. La scène d'ouverture, où Bardem dirige un tournage avec une autorité brutale, est un morceau de bravoure qui résume à elle seule tout le propos du film.
La performance de Victoria Luengo
Si Bardem est le favori, il ne faut pas sous-estimer Victoria Luengo, 36 ans, qui joue sa fille. L'actrice espagnole, également à l'affiche d'Autofiction d'Almodóvar, livre une performance tout aussi impressionnante. La dynamique entre les deux acteurs est au cœur du film, et plusieurs critiques estiment que Luengo pourrait elle aussi décrocher une nomination.

TroisCouleurs souligne d'ailleurs que le retour de Bardem à un cinéma plus intimiste, après des années passées dans des productions américaines (La Petite Sirène, Dune, F1), est l'un des atouts majeurs du film. « On est intrigués par ce retour à l'essentiel », écrit le magazine.
Les enjeux du palmarès Cannes 2026
Un jury éclectique et exigeant
Le jury de cette 79e édition est présidé par Park Chan-wook, réalisateur sud-coréen connu pour Oldboy et The Handmaiden. Autour de lui, huit personnalités aux sensibilités variées : Demi Moore, Ruth Negga, Laura Wandel, Chloé Zhao, Diego Céspedes, Isaach De Bankolé, Paul Laverty et Stellan Skarsgård. Cette diversité pourrait jouer en faveur de Bardem, dont le film aborde des thèmes universels (la paternité, la transmission, le rapport au pouvoir) tout en étant ancré dans une réalité contemporaine.
Chloé Zhao, oscarisée pour Nomadland, pourrait être sensible à la dimension humaine du film. Paul Laverty, scénariste attitré de Ken Loach, appréciera sans doute le regard critique sur les rapports de pouvoir. Et Stellan Skarsgård, acteur chevronné, ne pourra qu'être impressionné par la performance de Bardem.
Les autres prix en jeu
Au-delà de la Palme d'or, plusieurs prix pourraient revenir à Bardem ou à son film. Le Prix d'interprétation masculine est bien sûr le plus probable, mais L'Être aimé pourrait aussi décrocher le Prix du scénario ou le Grand Prix. Tout dépendra de la répartition des votes et des équilibres du jury.
Rappelons que cette édition est historique à plus d'un titre : elle a décerné deux Palmes d'or d'honneur à Barbra Streisand et Peter Jackson, et la cérémonie d'ouverture était animée par Eye Haïdara. Le Festival de Cannes 2026 a déjà marqué les esprits, et le palmarès promet d'être à la hauteur.
Dates et diffusion du Festival de Cannes 2026
Calendrier et programmation
Le Festival de Cannes 2026 se déroule du 12 au 23 mai. Les dates sont désormais bien connues des cinéphiles, qui attendent chaque année avec impatience la sélection officielle. Cette année, les prix du festival sont particulièrement attendus, avec une compétition relevée et des jurés de prestige.
Pour ceux qui ne peuvent pas se rendre sur la Croisette, le festival est diffusé sur plusieurs chaînes. Sur quelle chaîne regarder le Festival de Cannes 2026 ? Traditionnellement, France Télévisions assure une couverture en direct, tout comme Canal+ et Brut. Les conférences de presse et les montées des marches sont également disponibles en streaming sur le site officiel du festival.
Les temps forts à venir
Les prochains jours réservent encore leur lot de surprises. Après Bardem ce samedi, place à Pedro Almodóvar mardi 19 mai, puis à la projection de clôture le 23 mai. Le palmarès sera dévoilé lors d'une cérémonie retransmise en direct, et les paris vont bon train sur la Croisette.
Pour suivre l'actualité du festival, n'hésitez pas à consulter le Festival de Cannes : Palmarès ! qui sera mis à jour en temps réel.
Conclusion : Bardem, favori mais pas encore vainqueur
Javier Bardem est-il en bonne voie pour le palmarès de Cannes 2026 ? Tout porte à le croire. Sa performance dans L'Être aimé est saluée par la critique, le film résonne avec les enjeux contemporains, et le jury semble particulièrement réceptif à ce type de récit. Mais à Cannes, rien n'est jamais acquis. Les concurrents sont nombreux et redoutables, de Ryusuke Hamaguchi à James Gray en passant par Pedro Almodóvar. Une chose est sûre : cette 79e édition restera dans les mémoires, et Bardem, quoi qu'il arrive, a déjà marqué la Croisette de son empreinte. Rendez-vous le 23 mai pour le verdict final.