J'ai récemment eu la chance de (re)découvrir bon nombre de films de ce cinéaste lors d'une rétrospective dans un vieux cinéma. Quel plaisir ! Si grand qu'il me fallait vous le faire partager... D'abord, une courte biographie, puis la filmographie, quelques détails sur ceux qui ont fait partie de sa vie professionnelle comme personnelle, mon petit avis perso et une conclusion. Voilà, soyez indulgents, ou non, car comme on dit, ce sont les critiques qui font avancer. Merci aux fans incontestés de rectifier quelques erreurs de détail (s'il y en a). Merci et bonne lecture !

Biographie de Federico Fellini : des débuts à la consécration
Federico Fellini est né le 20 janvier 1920 à Rimini, en Italie. Il passe une enfance et une adolescence relativement calmes dans un milieu familial plutôt bourgeois, et rêve de devenir grand reporter. Il quitte donc sa ville natale en 1938 pour Florence dans ce but. Il n'y passe que quelques mois, travaillant chez un éditeur, avant de partir pour Rome en 1939. Il y trouve une place de journaliste dans un hebdomadaire humoristique à grand tirage : le Marc'Aurelio. Il y écrit de nombreux articles jusqu'en 1942. On lui découvre un talent de caricaturiste, dessinant de nombreuses vignettes pour le journal, un talent qu'il utilisera par la suite en crayonnant les personnages de ses films.
Lors d'une sortie avec le journal pour collaborer à l'invention de gags pour un film de Macario, il rencontre l'acteur Aldo Fabrizi qui, grâce à ses relations, le fait participer à l'écriture de plusieurs scénarios de films italiens. Fellini, grâce à une nouvelle, se fait engager à l'ACI, société de production, au bureau des sujets. Il y rencontre Rossellini, une rencontre qui achèvera de le convaincre : il veut faire du cinéma.
À cette époque, le futur cinéaste écrit des textes pour la radio, où il rencontre Giulietta Masina, actrice talentueuse qui jouera dans de nombreux films de Fellini. Il l'épouse en 1943 à Rome. En 1945, il collabore avec Rossellini et Amidei pour écrire Rome, ville ouverte. Ce premier film marquera le début d'une longue collaboration avec Rossellini (Paisà, Le Miracle, Europe 51...).

Sa carrière se lance ensuite avec un premier film en 1950, et il enchaîne les réalisations, se faisant un nom et une réputation, notamment grâce à des films décisifs comme Huit et demi ou La Dolce Vita, qui obtient en 1960 la Palme d'or au Festival de Cannes. Sa femme Giulietta reçoit un Oscar pour La Strada aux côtés d'Anthony Quinn.
Fellini est ensuite frappé par la maladie et ne revient à l'écran qu'en 1968 avec une adaptation d'un conte d'Edgar Poe.
Avec ses derniers films, il replongera dans les souvenirs d'enfance avec Les Clowns en 1970 et surtout Amarcord en 1973, qui évoque son adolescence dans sa ville natale. Puis c'est Casanova en 1976, où il dépeint le séducteur célèbre, théâtral et décadent à souhait. Dans La Cité des femmes en 1980, il plonge encore dans l'univers féminin, toujours avec humour. Ginger et Fred en 1986, où il attaque la télévision comme une représentation monstrueuse de l'univers du spectacle. Enfin, ses derniers films, Intervista et La Voix de la lune en 1990, parachèvent son œuvre. Il meurt en 1993 à Rome après une longue agonie, laissant derrière lui 24 films, soit une œuvre non seulement conséquente mais consistante !
Filmographie complète de Fellini
- 1950 : Les Feux du music-hall
- 1952 : Le Cheik blanc
- 1953 : Les Vitelloni
- 1953 : Agence matrimoniale
- 1954 : La Strada
- 1955 : Il Bidone
- 1956 : Les Nuits de Cabiria
- 1959 : La Dolce Vita
- 1962 : La Tentation du Docteur Antonio
- 1963 : Huit et demi
- 1965 : Juliette des esprits
- 1968 : Toby Dammit
- 1968 : Bloc notes d'un cinéaste
- 1969 : Fellini-Satyricon
- 1970 : Les Clowns
- 1972 : Fellini-Roma
- 1973 : Amarcord
- 1976 : Casanova
- 1978 : Répétition d'orchestre
- 1980 : La Cité des femmes
- 1983 : Et vogue le navire
- 1985 : Ginger et Fred
- 1987 : Intervista
- 1990 : La Voix de la lune
Marcello Mastroianni, Giulietta Masina et Nino Rota : les collaborateurs mythiques

Marcello Mastroianni, l'acteur fétiche
(Fontana Liri 1924 ; Paris 1996)
Sans contestation, l'acteur fétiche de Fellini. Ce dernier lui propose un rôle dans La Dolce Vita, marquant le début de trente ans de complicité et de collaboration. Mastroianni aura tourné dans sa vie près de 160 films, seulement 6 avec Fellini, mais certainement les plus grands : de La Dolce Vita à Intervista en passant par Huit et demi. Marcello se révèle chaque fois être un acteur talentueux, convenant parfaitement aux rôles imaginés par son metteur en scène et ami. Pour moi, la preuve la plus flagrante restera Huit et demi, où il interprète lui-même un cinéaste tourmenté dans sa vie professionnelle et surtout intime ; son duo avec Claudia Cardinale restera dans les mémoires.
Marcello à propos de Federico : « Quand je tourne avec lui, je me sens redevenir enfant, un enfant lâché, sans limitations d'aucune sorte dans un parc d'attractions. Je n'ai qu'une envie, le suivre les yeux fermés. »

Giulietta Masina, muse et épouse
(San Giorgio di Piano 1921)
Épouse et actrice favorite de Fellini. C'est avec son rôle dans La Strada en 1954 qu'elle devient mondialement connue et obtiendra d'ailleurs un Oscar pour cette performance. Au total, elle aura joué dans sept films de son mari, dont deux avec Mastroianni.
Fellini à propos de sa femme : « Je dois dire que son style de jeu est celui qui me convient le mieux, car elle s'exprime de façon non réaliste. Ses états d'âme ne se succèdent pas selon des temps réels qui correspondent à l'alternance des phases psychologiques qu'elle peut traverser, mais sont stylisés, schématisés comme chez les clowns. »

Nino Rota, le compositeur inséparable
Compositeur italien qui signera la musique de la quasi-totalité des films de Fellini. Leur collaboration sera pourtant à l'origine d'une offre acceptée à contre-cœur par Rota pour Le Cheik Blanc, mais leur entente lors du tournage est parfaite. Cette étroite collaboration et amitié perdurera, ce qui s'en ressent dans les films où la musique se calque parfaitement sur les différentes scènes. On ne l'imagine pas ailleurs, tout comme on n'imagine pas les films de Fellini sans la musique enchanteresse de Nino Rota. Répétition d'orchestre sera le théâtre de leur dernière collaboration, car le musicien italien meurt l'année même de la sortie du film : 1979.

Mon avis personnel sur l'œuvre de Fellini
Je ne vais pas vous raconter ma vie, sachez seulement que j'aime le cinéma. Pour moi, comme pour beaucoup d'autres, l'œuvre de Federico Fellini constitue en quelque sorte l'une des bases du cinéma italien comme du cinéma mondial. C'est une œuvre très riche et surtout extrêmement variée, constituée de plusieurs chefs-d'œuvre, ce qui finalement n'est pas si fréquent dans toute l'histoire du cinéma. Pour ma part, il est dans mes 10 plus grands réalisateurs, puisqu'on aime bien les classements :)
Si je devais vous conseiller des films de Fellini, je dirais : allez tous les voir, bien sûr ! Mais les plus marquants resteront pour moi Huit et demi, Amarcord, La Strada ou encore La Dolce Vita. Le cinéma est un plaisir (chose que beaucoup de gens ont tendance à oublier en ce moment), et du plaisir, c'est vraiment ce que l'on ressent lorsque ce maître nous fait rire le plus souvent. Même s'il ne provoque aucune réaction extérieure, en sortant de la salle de cinéma, on sait que l'on se souviendra de telle ou telle scène toute sa vie, car elle aura provoqué une émotion qui est (trop) rare. Lorsque je revois un film de Fellini, je ne le regarde pas pour rire, pour pleurer, hurler ou taper du pied ; j'y vais pour voir du cinéma, et pour m'en souvenir.
Sources
- Conversations avec Federico Fellini de Costanzo Costantini aux éditions Denoël.
- « Federico Fellini » : members.aol.com/cseigne/fellini.htm
- « Fellini » : analysefilmique.free.fr/filmo/f/fellini.php
- Oui, je me rappelle de Marcello Mastroianni.