C'est le choc cinématographique que personne n'avait vu venir il y a deux ans, et pourtant il s'annonce comme l'événement de l'hiver 2026. Le 16 décembre en France, puis le 18 aux États-Unis, Avengers: Doomsday et Dune : Troisième Partie sortiront le même jour. Un face-à-face entre les deux plus gros blockbusters de l'année, baptisé « Dunesday » par les internautes, validé par les stars, et déjà récupéré par les salles françaises. Voici comment ce duel est devenu un phénomène internet avant même d'arriver en salles.

« Dunesday » : le mot est né sur scène, mais il vient des réseaux
Tout commence le 14 janvier 2026. Ce soir-là, Robert Downey Jr. et Timothée Chalamet se retrouvent sur scène à Los Angeles pour une projection spéciale de Marty Supreme, le film d'A24 avec Chalamet. L'échange est anodin : les deux acteurs ont chacun un film qui sort le 18 décembre. Downey Jr., qui incarne Doctor Doom dans Avengers: Doomsday, décide d'inventer un mot pour l'occasion : « Dunesday ».
La formule fait mouche. Mais elle n'est pas totalement neuve. Le terme circulait déjà sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines, porté par les fans qui avaient repéré la collision de calendrier. La réaction des internautes ne s'est pas fait attendre : « Bro took it off the internet », a-t-on pu lire, soit « il a pris le mot sur internet ». Un cas rare de terme fan validé par les stars, dans la plus pure tradition du « Barbenheimer » de 2023, lui aussi inventé par les internautes avant d'être repris partout.
La différence avec Barbenheimer ? Cette fois, le buzz est né avant même que les bandes-annonces ne sortent. Et il a déjà ses codes, ses camps et ses visuels.
Pourquoi Warner et Disney campent sur leurs positions
On pourrait croire à une coïncidence de calendrier. Il n'en est rien. Le conflit est le résultat d'un choix stratégique assumé, et personne ne semble prêt à céder.
Une date choisie par Warner avant tout le monde
Warner Bros. a annoncé Dune : Troisième Partie pour le 18 décembre 2026 dès juin 2024. Le studio l'affirme sans détour : « We chose the date first », « nous avons choisi la date en premier ». Disney, de son côté, avait initialement prévu Avengers: Doomsday pour le 1er mai 2026. Mais les retards de production, liés notamment aux grèves, ont contraint Marvel à décaler le film. Kevin Feige l'a reconnu sans détour : « Nous ne pouvions pas terminer la production en mai, il a donc fallu le déplacer en décembre. »
Résultat : les deux mastodontes se retrouvent face à face, et aucun des deux studios ne veut bouger. Warner estime avoir réservé la date en premier. Disney, contraint par son calendrier, n'a guère de marge de manœuvre. L'imbroglio est d'autant plus spectaculaire que le calendrier 2026 est déjà saturé, entre Spider-Man: Brand New Day, Supergirl ou encore Toy Story 5.
L'IMAX, première bataille à distance
Au-delà des dates, c'est la guerre des écrans qui s'annonce la plus féroce. Dune : Troisième Partie a été tourné pour la première fois en caméras IMAX et bénéficiera d'une fenêtre d'exclusivité d'environ trois semaines sur ces écrans. Conséquence directe : Avengers: Doomsday serait privé des salles IMAX à sa sortie, alors que ces écrans représentent en moyenne environ 20 % des recettes d'un blockbuster.
Disney aurait donc tout intérêt à négocier, mais Warner n'a aucune raison de lâcher du lest. Un avantage structurel non négligeable pour le film de Denis Villeneuve, même si Marvel peut compter sur sa machine marketing et son immense base de fans.
Barbenheimer 2.0 : le duel des fans et du box-office
Le précédent Barbenheimer donne la mesure de l'enjeu. En 2023, Barbie et Oppenheimer avaient cumulé près de 2,5 milliards de dollars de recettes mondiales, dans un phénomène largement auto-alimenté par les fans, sans dépenses marketing supplémentaires. De quoi faire saliver les studios, mais aussi les exploitants de salles.
Les ordres de grandeur sont toutefois différents. Dune (2021) a rapporté environ 411 millions de dollars dans le monde, et Dune : Deuxième Partie (2024) environ 715 millions. Des chiffres solides, mais loin des sommets atteints par l'univers Marvel, dont Avengers: Endgame reste le deuxième plus gros film de l'histoire avec près de 2,8 milliards de dollars.
Sur les réseaux, le clash est déjà présenté comme une guerre de camps. D'un côté, les fans de Paul Atréides, qui se réclament du « Lisan al Gaib ». De l'autre, ceux de l'univers Marvel, surnommés « Tinhead ». Les mèmes et fan-arts se multiplient, à l'image du crossover créé par l'artiste BossLogic, où Doctor Doom affronte un ver des sables sur Arrakis, partagé par Robert Downey Jr. lui-même. La page TikTok dédiée à « Avengers Doomsday Dune » affiche des millions de posts, et les comptes qui alimentent la hype se comptent par dizaines.

Reste une inconnue de taille : quel film sortira vainqueur de ce duel ? Les données de notoriété disponibles donnent un léger avantage à Doomsday (45 % contre 41 % pour Dune 3), mais l'intérêt déclaré pour Dune rattrape l'écart. Un pronostic chiffré reste hasardeux, d'autant que le phénomène Barbenheimer a montré qu'une double sortie peut profiter aux deux films.
La France surfe déjà sur le Dunesday
Pendant que les studios s'observent, les salles françaises ont décidé de jouer le jeu. Le réseau UGC a lancé fin juillet une campagne officielle sur les réseaux sociaux, avec une question simple : « Vous êtes plutôt team AVENGERS : DOOMSDAY, DUNE : TROISIÈME PARTIE ou DUNESDAY (les deux) ? » Une façon de transformer la contrainte en opportunité commerciale, comme l'avaient fait les exploitants américains avec Barbenheimer.
Le buzz a franchi un cap le 3 août, quand le compte @FilmUpdates a relayé un logo français du DUNESDAY. La publication cumule plus d'un million de vues, preuve que le phénomène continue de grossir à l'approche de la sortie. La France devient ainsi le premier pays à officialiser visuellement ce duel, à moins de cinq mois de l'échéance.
Le Dunesday s'inscrit donc dans la lignée directe du Barbenheimer : une double sortie transformée en événement culturel par les internautes, puis reprise par les stars, les marques et les exploitants. La différence, c'est que cette fois, le buzz est né encore plus tôt, et que les enjeux économiques sont encore plus lourds. Reste à savoir si les deux films sortiront gagnants de ce face-à-face inédit, ou si l'un des deux studios finira par cligner des yeux.