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Cinéma

Dragon Rouge

Malgré un casting 5 étoiles, Dragon Rouge déçoit. Ce prequel de la trilogie Hannibal souffre d'une réalisation sans risque et d'un manque d'originalité.

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J'en attendais beaucoup de ce film, annoncé comme « Le premier et le plus terrifiant épisode de la trilogie » — peut-être trop, car j'ai été sacrément déçue ! Non, ce n'est pas un navet, ce serait exagéré, mais ce n'est pas non plus un chef-d'œuvre, loin s'en faut.

Trilogie d'Hannibal Lecter : petit rappel

Petit rappel (très court, je vous le jure) sur cette trilogie, pour les novices qui auraient résisté au raz-de-marée Le Silence des Agneaux / Hannibal :

En 1991 sort sur grand écran Le Silence des Agneaux, adapté d'un roman de Thomas Harris, qui remet à l'honneur le thriller. Ce film, dont le suspense haletant avait traumatisé l'adolescente que j'étais, donnait le premier rôle à une femme : Clarice Starling, jeune agent du FBI chargée d'enquêter sur une série de meurtres et d'enlèvements. Pour progresser, elle demandait de l'aide à un psychiatre de génie, derrière les barreaux pour cause de cannibalisme. Une relation ambiguë naissait alors entre les deux protagonistes, campés par des acteurs d'exception (Jodie Foster et Anthony Hopkins), basée sur la recherche de pouvoir et un mélange d'attirance/répulsion face à la personnalité fascinante d'Hannibal. Le film connaît un succès retentissant.

Fort de ce succès sort Hannibal, la suite très attendue, qui fait la part belle au personnage d'Hannibal et à sa relation avec Clarice. Le gore est à l'honneur, on ne lésine pas sur la chair et le sang, quelques scènes anthologiques en ressortiront.

Il n'y a plus de suite ? Qu'à cela ne tienne, on réalise le premier volet, ce qui nous ramène au sujet de cet avis.

Dragon Rouge : un prequel décevant

Le film s'ouvre sur un gros plan d'Hannibal... Premier désenchantement à la vue de notre « héros » : il faut préciser que dans le roman de Thomas Harris, il se passe 18 ans entre Dragon Rouge et Hannibal. Alors comment fait-on pour qu'un acteur ait l'air plus jeune de 18 ans, alors qu'il en a 4 de plus ? On nous ressert le même, armé de rimmel sur les yeux et de teinture à cheveux. Même un grand acteur comme Anthony Hopkins ne résiste pas à un tel traitement et s'en trouve un peu décrédibilisé.

Hannibal assiste à un concert de musique classique, où un musicien ne peut s'empêcher de massacrer joyeusement le morceau. Petit clin d'œil appuyé d'Hannibal, histoire de bien nous faire deviner qu'il n'aime PAS les musiciens qui jouent mal. Petit clin d'œil également à une réplique des films précédents : « Oh vous savez, il lui arrivait de tuer un musicien juste parce qu'il jouait mal ». La scène d'après montre Hannibal et ses convives qui dégustent des entremets préparés par notre fin gourmet :

« Mais que mettez-vous donc dans ces délicieux pâtés ? »
« Oh, si je vous le disais, vous n'oseriez plus y goûter ! »

Ça, c'est au cas où vous n'auriez toujours pas compris qu'Hannibal n'aime vraiment pas les mauvais musiciens... Les dialogues sonnent faux, c'est de la caricature. Je commence à être sérieusement déçue par le personnage et à avoir la légère impression qu'on va me prendre pour quelqu'un de pas très fûté à qui il faut tout expliquer.

La rencontre avec Will Graham

Arrive l'inspecteur Will Graham, interprété par un Edward Norton fébrile, malheureusement doublé par une voix bien trop jeune.

L'inspecteur Graham est une sorte de profiler qui utilise les services du renommé psychiatre pour son enquête sur un mystérieux tueur qui prélève une partie du corps de ses victimes. Will Graham a soudain l'illumination : « Nous nous sommes trompés, il prélève des parties du corps pour les manger ! Il suit des recettes culinaires, ce type est un cannibale ! Et... oh merde, c'est vous ! » Pas de bol pour le petit Graham qui se retrouve en moins de deux avec un poignard planté dans le flanc. Il a quand même le réflexe de planter 4 fléchettes et 3 balles dans le corps de son agresseur.

Vous vous en doutez, le film ne s'arrête pas là. Grâce à la magie de la médecine (il est très courant aujourd'hui de survivre à 3 balles dans le corps ou un poignard dans le ventre), Hannibal et Will sont vivants. Hannibal se retrouve en prison, et Will en Floride pour y couler des jours meilleurs.

L'enquête sur le tueur au cycle lunaire

Mais l'Amérique est un pays en tourments, et les psychopathes sont légion. Trois ans après ce combat titanesque, un tueur en série sévit du côté d'Atlanta, en totale concordance avec le cycle lunaire. Massacre de 2 familles, mutilation et viol de la femme : l'horreur est bien présente. De la chair et du sang, toujours, mais ici, c'est suggéré plutôt que montré (tant mieux).

Will est tout indiqué pour coincer ce tueur. Sous la gouverne de Jack Crawford (Harvey Keitel), il reprend du service et est obligé de renouer avec son ancien complice : Hannibal Lecter, qui croupit en prison depuis leur dernière rencontre.

Ça ne vous rappelle rien ? L'intrigue, cette collaboration contre-nature... Beaucoup de points communs avec le grandiose Le Silence des Agneaux (sauf bien sûr qu'il n'y a aucune attirance entre les deux hommes). Le hic, c'est qu'il vient après, ce qui laisse une désagréable sensation de déjà-vu qui, pour un thriller, n'est jamais un bon point.

Un casting gâché par une réalisation sans risque

J'ai trouvé le casting magnifique, mais malheureusement, les acteurs perdent de leur superbe devant cette réalisation réchauffée. Hannibal devient caricatural, et on veut tellement nous montrer son intelligence remarquable et subtile que ses phrases sonnent faux, l'intonation forcée.

Edward Norton ne joue pas assez sur le caractère instable et schizophrène de son personnage. Et surtout, le film ne laisse pas transparaître la force de la relation entre les deux, basée sur leur capacité à calquer leurs pensées sur celles des meurtriers. Le film ressort moins pesant que Le Silence des Agneaux, mais perd du même coup toute sa force.

Ralph Fiennes, un psychopathe trop prévisible

Ralph Fiennes apparaît majestueux dans son rôle de psychopathe, obsédé par l'image de puissance du Dragon Rouge (tableau d'un peintre). Rôle trop bien tenu malheureusement : c'est tout juste s'il ne porte pas une pancarte clignotante « J'ai été spolié par une mère castratrice, j'en suis ressorti plein de haine pour les femmes et la famille. Je suis le profil type du psychopathe ». Personnellement, un type comme ça qui m'approche, je pars en courant. C'est peut-être pour ça que la seule à s'y laisser prendre est une aveugle (Emily Watson, lumineuse).

Des incohérences qui gâchent l'intrigue

Et le film se poursuit, de rebondissements en rebondissements (il est mort, mais non, mais si, ah bon ?), d'incohérences en incohérences (le meurtrier contacte Hannibal, qui est quand même sous haute surveillance, en écrivant un message sur un rouleau de papier hygiénique — ne me demandez pas comment il lui a fait parvenir, on nous laisse dans l'ignorance), de lacunes en lacunes (si vous vous attendez à comprendre ce que le tueur a dans la tête, vous allez être déçus : on ne nous sert qu'une scène, pâle copie de Psychose, pour nous apprendre que sa maman n'était pas gentille du tout... Débrouillez-vous avec ça).

Reste la musique, insistante, qui nous crie au tympan qu'on doit se mettre à trembler — dernier recours du réalisateur pour recréer cette atmosphère lourde et pesante du Silence des Agneaux.

Mon avis final sur Dragon Rouge

Je suis vraiment dure : ce film n'est pas un navet, mais il n'assume pas le poids de la trilogie. Réaliser ce film était un piège cinématographique, et le réalisateur n'a pas voulu prendre de risque. Résultat : la même chose, mais en moins bien. Le roman de Thomas Harris méritait mieux. La critique est à la hauteur de ma déception.

À voir néanmoins pour :
- le tatouage de Ralph Fiennes, un chef-d'œuvre du genre ;
- Emily Watson, qui avait été pressentie pour le rôle d'Amélie Poulain, qu'elle a refusé ;
- Harvey Keitel, qu'on n'a pas vu depuis longtemps (j'essaie de trouver des raisons) ;
- Si vous voulez voir comment une musique porte tout un film ;
- Si vous n'avez vu aucun épisode de la trilogie d'Hannibal.

Fiche technique :
- Film américain (2002)
- Action, Policier
- Durée : 2h 04mn
- Date de sortie : 30 octobre 2002
- Avec : Edward Norton, Anthony Hopkins, Ralph Fiennes, Barbara Kerr Condon, Cliff Dorfman...
- Réalisé par Brett Ratner

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tatatar
tatatar @tatatar
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