
Résumé du film De l'Amour
Dans le nouveau film de Jean-François Richet, on trouve une Virginie Ledoyen, un Stomy Bugsy, une culotte volée à Leclerc, un « flic »... et de l'amour.
Après le documentaire coup-de-poing (État des lieux) et le reality-documentary-show (Ma 6-T va crack-er), De l'Amour est le premier « film » de Jean-François Richet.
Une histoire d'amour en banlieue façon Richet
Une histoire d'amour avec tous ses thèmes de prédilection : lutte des classes, banlieue, amour. Une histoire qui tourne autour d'un quatuor de twentyagers (2 gars/2 filles) qui vivent d'usine, d'amour et d'ambition bridée.
Jusqu'au jour où Maria (Virginie Ledoyen) vole une culotte à Leclerc parce que c'est son genre (et un peu parce que c'est écrit dans le scénario). Arrive un policier raciste, méchant et beauf, échappé des films des années 80, qui trouve Maria à son goût. Et la comédie quotidienne devient dramatique.
Casting et acteurs : du talent face aux caricatures
Heureusement, les comédiens savent donner chair à des personnages souvent caricaturaux (mais quel personnage de film de « banlieue » n'est pas jugé caricatural ?). Stomy Bugsy excelle dans la sitcomédie de la première partie du film. Yazid Aït (connu des vieux Skyrap-auditeurs par sa chanson « Je suis l'arabe ») et Mar Sodupe sont excellents dans leur registre d'ami et d'amoureux lucides.
Et il y a Virginie Ledoyen, pour qui Richet a écrit le rôle de Maria (Maria rêve d'ouvrir un restaurant, la mère de Virginie tenait un restaurant ; le nom de famille de Maria est Martinez, le vrai nom de Virginie est Fernandez ; même consonance) qui drague la caméra avec la même rage tranquille que dans L'Eau froide et La Fille seule (c'est dire).
Que les fans se rassurent : Virginie a toujours deux seins comme dans La Plage, n'a rien perdu de sa technique de souffle contrôlé lors des scènes hot depuis Jeanne et le garçon formidable et a gardé le feu au fond des yeux comme dans tous ses films.
Une réalisation talentueuse de Jean-François Richet
Autour de ce quatuor gravitent des seconds rôles souvent dessinés à gros traits (le père de banlieue rouge, le pédodealer, le « flic ») mais qui s'animent par le talent des acteurs (mention spéciale à Stevenin, Thibaut, Benguigui).
Pour servir ses acteurs, il faut reconnaître à Jean-François Richet de vrais talents de réalisateur-metteur en scène-monteur. Un talent multiple qui se révèle dans la dernière partie du film tournée à l'américaine (c'est un compliment, même pour un français) : utilisation appropriée de flash-back, travail sur la lumière (promenons-nous dans les bois...) et le son (formidable détournement du générique d'Halloween), sens du cadrage (l'après viol, sa révélation) et montage aussi pertinent lors du plan-plan de la première partie que du 25 plans/seconde de la seconde.
Scénario : les points faibles du film
Dommage que le scénario soit aussi faible (un comble quand on sait que Richet le travaille depuis 4 ans). Un flic trop caricatural (on sait que pour violer une fille il faut être un méchant violeur) qui devient humain une fois attaché à un arbre, à un doigt de la gâchette. Une historiette de méchant dealer abandonnée dans la cave du commissariat. Un avortement qui s'évanouit avec Maria. Une seconde partie qui peine à s'installer et étrangement escamotée jusqu'au happy end prévisible.
À côté restent de bonnes idées : un vrai sens du dialogue dans la comédie quotidienne ou le monologue de Yazid-Karim à l'usine (extrait de « La classe ouvrière va à l'usine » d'Elio Petri selon le magazine Sofa).
Verdict : un film inachevé mais méritant
Par ce (gros) point noir scénaristique, il reste de De l'Amour un goût d'inachevé (comme le viol de Maria, mais aussi comme la vengeance du viol) et un film étrangement naïf.
Dans une scène du film, le quatuor d'acteurs va au cinéma mais ne veut pas voir de film français. Pour De l'Amour, le spectateur peut faire une exception. Le talent des acteurs et du réalisateur le valent bien.