Colossal : Anne Hathaway et ce film de monstres que personne n'a vu
Cinéma

Colossal : Anne Hathaway et ce film de monstres que personne n'a vu

"Colossal" : le film hybride d'Anne Hathaway et Nacho Vigalondo, passé inaperçu en salles, mérite sa redécouverte. Ce mélange audacieux de comédie romantique et de film de monstres propose une métaphore géniale sur l'addiction et la responsabilité....

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Anne Hathaway l'a avoué avec un humour désarmant lors d'une interview récente : son film Colossal est passé quasiment inaperçu lors de sa sortie en salles. Cette confession franchement amusante de la part d'une actrice oscarisée révèle non seulement une belle humilité, mais soulève aussi des questions passionnantes sur la manière dont les œuvres audacieuses trouvent — ou non — leur public dans le paysage cinématographique contemporain. Ce film hybride, mi-comédie romantique mi-film de monstres géants, mérite pourtant qu'on s'y attarde, ne serait-ce que pour sa capacité à surprendre constamment le spectateur.

Une œuvre inclassable dans le paysage cinématographique

Le cinéma indépendant regorge de ces trésors invisibles, des œuvres qui brillent par leur originalité mais peinent à trouver leur public faute de marketing adéquat. Colossal s'inscrit parfaitement dans cette catégorie de films maudits, ceux qui auraient mérité une carrière en salles florissante mais qui se sont retrouvés relégués dans les méandres des catalogues de streaming. Anne Hathaway, l'interprète principale, a récemment évoqué ce film avec une honnêteté brutale, reconnaissant que pratiquement personne ne l'avait vu à sa sortie, un constat qui interpelle sur les mécanismes de la consommation culturelle actuelle.

Affiche du film Colossal avec Anne Hathaway et un monstre géant
(source)

Le réalisateur espagnol audacieux

Le projet Colossal naît de l'imagination fertile de Nacho Vigalondo, un cinéaste cantabre déjà connu dans les cercles du cinéma fantastique pour son précédent long-métrage Extraterrestre sorti en 2011. Ce réalisateur espagnol s'est construit une réputation solide sur le circuit des festivals, où ses œuvres décalées trouvent un public d'amateurs éclairés cherchant à sortir des sentiers battus. Sa filmographie se caractérise par une capacité remarquable à mélanger les genres, créant des hybrides narratifs qui défient les conventions hollywoodiennes habituelles.

La genèse de Colossal reflète cette approche singulière. Vigalondo a conçu son film comme une réflexion profonde sur notre rapport à l'imaginaire et aux images de destruction qui inondent nos écrans quotidiens. Ce n'est pas un simple film de monstres, c'est une utilisation des codes de la pop culture pour parler de la condition humaine. Le réalisateur espagnol ose ce que peu de cinéastes tentent : marier l'intimité d'un drame psychologique avec l'extravagance visuelle d'un blockbuster japonais des années 60. Son travail sur les contrastes de ton et d'échelle constitue l'une des signatures visuelles les plus intéressantes du cinéma fantastique contemporain.

Une coproduction internationale hors normes

L'originalité du projet se lit également dans sa structure de financement. Colossal est une coproduction atypique entre trois continents, rassemblant des partenaires d'Amérique du Nord, d'Asie et d'Europe. Cette configuration internationale rare témoigne de l'attractivité universelle du scénario, capable de séduire des investisseurs de cultures différentes, tous convaincus par l'audace de la proposition. Le film a été présenté en avant-première au Festival de Toronto en 2016, une plateforme prestigieuse qui lui a permis de bénéficier d'une première exposition critique très favorable.

Le tournage s'est déroulé principalement à Vancouver, au Canada, avec des séquences additionnelles réalisées à Séoul pour les scènes de destruction du kaiju. Anne Hathaway s'est investie pleinement dans ce rôle atypique, loin des blockbusters hollywoodiens qui avaient fait sa notoriété internationale. Ce choix témoigne d'une volonté de l'actrice d'explorer des territoires narratifs plus risqués, de sortir de sa zone de confort pour incarner un personnage complexe, imparfait et profondément humain. La production a su tirer parti de cette diversité géographique pour créer un véritable dialogue visuel entre deux mondes que tout semble opposer.

Le parcours atypique de distribution

En France, le film a emprunté un chemin peu conventionnel, contournant les salles obscures pour atterrir directement sur les plateformes de streaming. Ce phénomène, de plus en plus fréquent avec les nouveaux modes de consommation des images, condamne certaines pépites à une visibilité réduite d'emblée. Sorti aux États-Unis en avril 2017, Colossal aurait pu connaître le même sort que bien des comédies romantiques oubliées, mais son concept délirant lui a permis de rester dans les mémoires des quelques chanceux qui l'ont découvert.

Cette trajectoire de distribution pose une question fondamentale : comment une œuvre peut-elle exister si personne ne sait qu'elle existe ? Le problème dépasse largement le cas de Colossal et interroge les algorithmes de recommandation qui façonnent nos découvertes culturelles, favorisant les succès existants au détriment des originalités risquées. Les nouveaux modes de consommation des images rendent de plus en plus rare la découverte fortuite en salle, remplacée par une navigation dans des catalogues immenses où les pépites se perdent facilement.

L'intrigue déroutante qui défie les attentes

L'originalité fondamentale de Colossal réside dans son refus catégorique des étiquettes simplistes. Le film se situe à l'intersection de plusieurs genres cinématographiques, créant un objet narratif unique qui défie toute classification facile. Cette hybridation assumée constitue à la fois sa force artistique majeure et, paradoxalement, l'une des raisons probables de son échec commercial initial. Le film dure 1h49, un format classique qui laisse pourtant au réalisateur amplement le temps de développer son concept audacieux.

Promotional poster or movie still for the film Colossal featuring Anne Hathaway.
Affiche française e-Cinéma du film Colossal avec Anne Hathaway — (source)

Deux mondes qui ne devraient pas se rencontrer

Le film s'ouvre sur deux séquences apparemment sans aucun lien, illustrant d'emblée le principe structurel du récit qui va suivre. La première nous transporte à Séoul, en Corée du Sud, où un monstre géant fait soudainement son apparition, terrifiant une mère et sa petite fille. La seconde, vingt-cinq ans plus tard, nous conduit brutalement à New York où Gloria se fait plaquer par son compagnon Tim, incarné par Dan Stevens, à cause de son alcoolisme destructeur. Ce choc brutal des tonalités et des espaces géographiques pose les bases d'un récit qui ne cessera de jouer sur les contrastes et les décalages.

De la science-fiction, on bascule inopinément dans une comédie romantique, deux types de récits qui semblent a priori ne pas avoir grand-chose à se dire. Pourtant, Vigalondo tisse des liens souterrains entre ces univers opposés, créant une tension narrative constante qui maintient le spectateur en haleine tout au long du film. La_province natale où Gloria se réfugie devient le théâtre d'une double vie pour le moins surprenante, entre retrouvailles avec des amis d'enfance et catastrophes internationales provoquées par inadvertance.

La découverte du lien surnaturel

L'intrigue se noue véritablement lorsque Gloria, ruinée et sans abri, retourne dans sa ville natale et découvre son lien surnaturel avec le monstre de Séoul. À sa grande stupeur, elle réalise que la moindre de ses actions se reflète à l'autre bout du monde : ses gestes anodins, effectués sur un terrain de jeu de son enfance, provoquent les mouvements de la créature. Comme s'il s'agissait d'une marionnette géante, Gloria commande les mouvements du monstre sans le vouloir, rendant chaque instant de sa vie quotidienne potentiellement catastrophique pour les habitants de la capitale sud-coréenne.

Cette prémisse fantastique sert de métaphore puissante pour explorer les thèmes de la responsabilité personnelle et des conséquences invisibles de nos actes. Le moindre geste inconsidéré peut rendre Gloria responsable de ravages incommensurables aux antipodes, une situation ubuesque qui trouve pourtant un écho troublant dans notre propre rapport aux conséquences de nos comportements. Le film transforme ainsi une idée de cinéma de genre en une réflexion philosophique sur notre capacité à ignorer l'impact de nos actions sur le monde.

Une distribution surprenante

Le casting de Colossal réunit des talents complémentaires autour d'Anne Hathaway, formant une troupe d'acteurs capable de naviguer avec aisance entre les registres comiques et dramatiques. Jason Sudeikis, connu principalement pour ses rôles comiques à la télévision, incarne Oscar, un ami d'enfance devenu tenancier de bar. Sa performance est saisissante de justesse, évoluant progressivement vers une noirceur inattendue qui donne au film sa tension finale. Dan Stevens, révélation de la série Downton Abbey avant de briller dans La Belle et la Bête, joue Tim avec une distance aristocratique qui contraste avec le chaos ambiant.

Austin Stowell et Tim Blake Nelson complètent cette distribution éclectique, apportant chacun une couleur spécifique à ce groupe d'amis qui se retrouve plongé dans une situation absurde. Anne Hathaway délivre une performance nuancée, refusant de jouer l'alcoolique romantique de manière cliché. Elle incarne Gloria avec une vulnérabilité touchante, rendant le personnage à la fois exaspérant par sa légèreté et bouleversant par sa prise de conscience progressive.

Les métaphores cachées du monstre géant

La richesse de Colossal tient à sa capacité à superposer plusieurs niveaux de lecture, fonctionnant comme une poupée russe narrative. Sous ses apparences de comédie fantastique légère et divertissante, le film propose une réflexion profonde et sombre sur des sujets graves : l'addiction, la toxicité des relations humaines, et la responsabilité individuelle. Cette dimension métaphorique explique pourquoi le film continue de fasciner ceux qui le découvrent, chacune de ses relectures révélant de nouvelles couches d'interprétation.

Affiche française e-Cinéma du film Colossal avec Anne Hathaway
Anne Hataway contrôle un monstre géant dans la bande-annonce de Colossal — (source)

Le kaiju comme manifestation de l'alcoolisme

L'interprétation la plus immédiate et la plus fascinante du film associe le kaiju, ce monstre géant hérité de la tradition japonaise, à une représentation concrète de l'alcoolisme de Gloria. Chaque ivresse de l'héroïne se traduit par des destructions à l'autre bout du monde, métaphorisation saisissante des dégâts invisibles que l'addiction inflige à l'entourage du sujet dépendant. Séoul devient ainsi la scène inconsciente où se jouent les conflits intérieurs de la protagoniste, une ville lointaine transformée en réceptacle physique de ses démons personnels.

Cette lecture du film prend tout son sens lorsqu'on observe les mécanismes de déni et de culpabilité mis en place par Gloria. La distance géographique immense entre son lieu de vie rustique et les destructions qu'elle provoque lui permet initialement de feindre l'ignorance, de nier sa responsabilité dans le carnage. Cette séparation physique illustre parfaitement le fonctionnement psychique de l'addict, qui parvient souvent à dissocier ses comportements compulsifs de leurs conséquences réelles et dévastatrices sur autrui. Le génie du film réside dans cette spatialisation littérale de l'abstraction.

La critique acerbe du spectacle médiatique

Le dispositif narratif de Colossal interroge également notre rapport complexe au spectacle de la catastrophe et à la consommation passive d'images de destruction. Les personnages du film passent de longues heures rivés devant les écrans de télévision du bar, regardant en boucle les images du monstre semant la terreur à Séoul. Ce détachement presque clinique face à la catastrophe lointaine renvoie à notre propre rapport contemporain aux événements tragiques médiatisés, que nous consommons comme un divertissement banal sans véritablement mesurer leur impact humain réel.

Vigalondo filme ces scènes de visionnage collectif avec une ironie mordante, soulignant le contraste violent entre l'horreur absolue des images diffusées et la passivité presque blasée des spectateurs. Gloria et ses amis commentent les destructions avec une légèreté déconcertante, analysant les mouvements de la bête comme on commenterait les stratégies d'une équipe de sport. Cette critique sociale résonne particulièrement dans notre époque d'information en continu et de réseaux sociaux, où la compassion se mesure en likes et les tragédies deviennent du contenu.

Le rapport à l'imaginaire contemporain

En dernière instance, la dualité du récit semble concerner notre rapport à l'imaginaire lui-même. Qu'est-ce que ces créatures numériques — celles des blockbusters et de la culture pop — ont-elles à voir avec notre sentimentalité quotidienne ? Colossal, film intimiste à grand spectacle, réaffirme la primauté des affects humains dans une industrie du rêve qui les a souvent relégués au second plan. Vigalondo orchestre ainsi un constant basculement d'échelle au sein de la même histoire, perçue alternativement selon des dimensions microscopiques (un cœur imbibé d'alcool reconquérant sa souveraineté) et macroscopique (une ville détruite, filmée par les caméras du monde entier).

Anne Hathaway et la prise de risque artistique

L'absence de succès commercial immédiat de Colossal a des implications qui dépassent largement le cas particulier de ce film. Elle interroge les mécanismes de découverte et de reconnaissance des œuvres originales dans un paysage médiatique saturé de contenus standardisés. Pourtant, loin de se décourager, Anne Hathaway continue d'assumer ce parcours artistique audacieux avec une désinvolture rafraîchissante.

Une carrière éclectique assumée

Pour Anne Hathaway, Colossal représentait une prise de risque artistique significative, cohérente avec sa trajectoire de carrière éclectique. L'actrice, oscarisée pour Les Misérables et habituée aux productions hollywoodiennes majeures comme Ocean's Eight aux côtés de Cate Blanchett, Sandra Bullock et Rihanna, s'est souvent engagée dans des projets indépendants au budget modeste mais au potentiel créatif immense. Cette volonté de diversifier ses rôles témoigne d'une ambition artistique qui dépasse la simple quête de gloire commerciale.

L'humour avec lequel elle évoque aujourd'hui cet échec commercial traduit une saine distance par rapport aux impératifs du succès immédiat, une maturité artistique rare à Hollywood. Plutôt que de regretter cette expérience, elle l'assume pleinement, consciente d'avoir participé à la création de quelque chose d'unique. Cette attitude exemplaire devrait inspirer les jeunes acteurs qui hésitent à sortir des sentiers battus par peur des conséquences sur leur carrière.

La transformation physique pour l'art

Cette volonté de prendre des risques se manifeste également dans sa préparation physique pour les rôles. Anne Hathaway a d'ailleurs fait parler d'elle sur les réseaux sociaux en abordant de front la question des transformations corporelles exigées par son métier. Sur Instagram, elle a écrit avec franchise : « Je prends du poids pour un rôle de film et ça se passe bien. À tous ceux qui vont me fat-shamer dans les mois à venir, ce n'est pas moi, c'est vous. »

Cette déclaration, faite avec humour et détermination, rappelle que l'actrice n'hésite pas à modifier son apparence pour servir ses personnages. Sa capacité à transformer son corps, qu'il s'agisse de perdre ou de gagner du poids, la rapproche d'autres caméléons célèbres comme Christian Bale ou Matthew McConaughey, connus pour leurs métamorphoses spectaculaires. Cette attitude contraste avec l'image parfois glaciale de la star hollywoodienne et révèle une profondeur d'engagement que peu d'actrices de son calibre osent afficher aussi ouvertement.

Le prix de l'audace à Hollywood

Pour les cinéastes souhaitant explorer des formes narratives hybrides, Colossal sert d'avertissement prudent mais aussi de source d'inspiration. L'audace formelle et thématique ne suffit pas à garantir le succès, aussi brillante soit-elle. Les distributeurs et les producteurs sont souvent tentés de privilégier des projets plus conventionnels, jugés plus sûrs commercialement. Cette logique de risque minimal contribue dangereusement à l'uniformisation des propositions cinématographiques.

Les films qui auraient mérité une carrière en salles florissante se retrouvent ainsi relégués dans les méandres des catalogues de streaming, attendant qu'un algorithme bienveillant daigne les proposer aux bons spectateurs. C'est le pari fou de Colossal : prouver qu'une œuvre peut exister malgré tout, trouver son public par affinités électives plutôt que par marketing massif. Le film devient ainsi un manifeste involontaire pour un cinéma de prise de risque.

La redécouverte culturelle à l'ère du streaming

L'évolution des modes de consommation cinématographique transforme profondement le destin des œuvres originales, redéfinissant les codes du succès à long terme. Les algorithmes de recommandation des plateformes de streaming jouent un rôle croissant dans la découverte de films méconnus, créant de nouvelles opportunités pour des œuvres qui n'ont pas bénéficié d'une exposition initiale suffisante.

Les pépites cachées des catalogues

Le phénomène des « films cachés » gagne en importance dans les discussions cinéphiles contemporaines, alimenté par une communauté de plus en plus curieuse et connectée. Colossal possède tous les attributs d'un futur film culte : un concept original et mémorable, une réalisation inventive, des interprètes talentueux et une sortie confidentielle qui laisse de la place au mythe. Les réseaux sociaux et les forums spécialisés permettent aux spectateurs de partager leurs découvertes, créant des communautés passionnées autour d'œuvres méconnues.

Anne Hathaway elle-même, en évoquant publiquement Colossal avec autodérision, participe activement à ce mouvement de réhabilitation des œuvres oubliées, offrant une visibilité inespérée à un film qui avait été ignoré par les masses lors de sa sortie. Cette dynamique de redécouverte témoigne d'une évolution profonde dans notre rapport à la culture, où la valeur d'une œuvre ne se mesure plus uniquement à son succès commercial initial mais à sa capacité à résonner durablement avec les spectateurs.

Une pertinence thématique intemporelle

La dimension métaphorique du film résonne avec une force particulière dans le contexte actuel. Les questions de responsabilité individuelle face aux crises collectives, de notre consommation passive d'images de destruction à travers le monde, ou encore de la toxicité relationnelle dans nos environnements proches trouvent un écho puissant dans l'actualité contemporaine. Les spectateurs d'aujourd'hui sont peut-être mieux préparés que ceux de 2017 à appréhender ces thématiques complexes.

À terme, Colossal pourrait connaître une réévaluation critique significative, s'inscrivant dans la lignée de films boudés à leur sortie puis canonisés par la postérité. L'hybridation des genres, expérimentée avec brio par Vigalondo, s'impose progressivement comme une tendance forte du cinéma contemporain, rendant le film étonnamment moderne malgré ses quelques années d'ancienneté.

Comment découvrir et apprécier Colossal aujourd'hui

Pour les spectateurs souhaitant (re)découvrir Colossal, plusieurs approches permettent d'apprécier pleinement cette œuvre singulière qui demande une disponibilité d'esprit particulière. Le film ne fonctionne pas comme un divertissement passif ; il requiert une certaine ouverture aux contradictions et une acceptation de l'inattendu.

L'état d'esprit idéal pour le visionnage

Aborder Colossal sans attentes préconçues constitue la meilleure façon de découvrir le film dans toute sa splendeur. Il est crucial d'oublier les classifications habituelles, d'accepter de naviguer fluidement entre la comédie romantique et le film de monstres, et de se laisser surprendre par les choix narratifs audacieux de Nacho Vigalondo. Cette disponibilité mentale permet de goûter pleinement aux délices de cette œuvre hybride.

Le visionnage en version originale sous-titrée est fortement recommandé pour apprécier les nuances subtiles du jeu des acteurs. La bande-son mérite également une attention particulière, contribuant de manière essentielle à l'atmosphère unique et décalée du film. Idéalement, une soirée entre amis permettra de prolonger la discussion après le visionnage, car Colossal est de ces films qui génèrent des débats passionnés sur leur signification profonde.

Devenir ambassadeur du cinéma audacieux

Au-delà du simple visionnage, soutenir des œuvres comme Colossal signifie aussi participer activement à leur visibilité. Devenir un ambassadeur du cinéma indépendant audacieux passe par le partage enthousiaste de ses découvertes. Organiser des soirées thématiques, poster des recommandations sur les réseaux sociaux ou simplement en parler autour de soi contribue à créer le buzz qui manque cruellement à ces œuvres lors de leur sortie initiale.

Cultiver une curiosité cinéphilique active signifie sortir régulièrement des sentiers battus algorithmiques, explorer les catalogues de films de genre, les pépites des années passées ou les productions étrangères. C'est souvent dans ces territoires inexplorés que se cachent les expériences les plus marquantes. Le site officiel du film et sa page Facebook peuvent constituer des points de départ pour ceux qui souhaitent approfondir leur découverte de cette œuvre singulière.

Les ressources complémentaires à explorer

Pour aller plus loin dans l'exploration de l'univers de Colossal, plusieurs pistes s'offrent aux spectateurs curieux. La filmographie de Nacho Vigalondo, notamment Extraterrestre (2011), permet de mieux comprendre les obsessions thématiques et stylistiques du réalisateur espagnol. Les amateurs de films de kaiju trouveront également matière à comparaison avec les classiques du genre japonais, de Godzilla à Gamera, pour mesurer comment Vigalondo s'approprie et détourne ces codes.

Les analyses critiques disponibles en ligne offrent des lectures variées du film, chacune mettant en lumière des aspects différents de cette œuvre polymorphe. Certaines se concentrent sur la dimension féministe du récit, d'autres sur la critique sociale ou encore sur les références intertextuelles disséminées throughout le métrage. Cette richesse interprétative fait de Colossal un objet d'étude fascinant pour tout cinéphile curieux.

Conclusion

Colossal demeure l'une de ces œuvres fascinantes qui refusent la facilité et l'uniformité, s'élevant comme un défi lancé aux standards de production actuels. Le film de Nacho Vigalondo, porté par une Anne Hathaway en état de grâce audacieuse, mérite amplement d'être (re)découvert par tous les amateurs de cinéma original et exigeant. Son échec commercial initial n'enlève rien à ses qualités artistiques intrinsèques ; bien au contraire, il souligne la difficulté structurelle pour les œuvres hybrides de trouver leur place dans un paysage médiatique de plus en plus segmenté.

L'humour avec lequel Anne Hathaway évoque aujourd'hui ce film passé inaperçu traduit une saine distance par rapport aux impératifs du succès commercial immédiat. Les spectateurs qui prendront le temps de découvrir Colossal seront récompensés par une expérience narrative inoubliable, métaphore visuelle brillante de nos démons intérieurs et de notre écrasante responsabilité face au monde qui nous entoure. Dans un univers culturel dominé par les franchises et les suites, Colossal rappelle que le risque demeure le moteur essentiel de la création artistique — et que parfois, les plus grandes pépites se cachent là où personne ne les attend.

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screen-addict
Marie Barbot @screen-addict

Étudiante en histoire de l'art à Aix-en-Provence, je vois des connexions partout. Entre un tableau de la Renaissance et un clip de Beyoncé. Entre un film de Kubrick et une pub pour du parfum. La culture, pour moi, c'est un tout – pas des cases séparées. J'écris pour ceux qui pensent que « l'art, c'est pas pour moi » et qui se trompent. Tout le monde peut kiffer un musée si on lui explique bien.

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