Affiche officielle de la 51e cérémonie des César, le 27 février à l'Olympia sur Canal+
Cinéma

César 2026 : date, polémiques et les favoris de la 51e cérémonie

Entre polémiques sur l'humour, bilan comptable noir et duel entre Huppert et Herzi, la 51e cérémonie s'annonce électrique. Découvrez les favoris et les enjeux d'une édition sous le signe du renouveau.

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L'industrie du cinéma français retient son souffle à quelques heures de la 51e cérémonie des César. Ce jeudi 26 février 2026, la salle Pleyel va vibrer au rythme d'une édition qui s'annonce aussi électrique qu'imprévisible, placée sous le signe du renouveau et des provocations. Entre bilans comptables alarmants, sketch promotionnel explosif et duel d'actrices légendaires, cette nuit promet de marquer les esprits bien au-delà de la simple remise des récompenses. Plongée exhaustive dans les coulisses d'une soirée qui pourrait tout changer.

Affiche officielle de la 51e cérémonie des César, le 27 février à l'Olympia sur Canal+
Affiche officielle de la 51e cérémonie des César, le 27 février à l'Olympia sur Canal+ — (source)

« Tu aurais pu rester coincé dans l'Abbé Pierre » — quand les César jouent avec le feu

Tout a commencé le 28 janvier dernier, lorsqu'une vidéo de promotion destinée à chauffer les moteurs pour la cérémonie a été diffusée en ligne. On y retrouve le tandem improbable de Franck Dubosc et Benjamin Lavernhe, tous deux acteurs nominés cette année, enfermés dans un ascenseur. Ce sketch devait être un simple clin d'œil à la mécanique des Cérémonies de récompenses au cinéma, mais il a fini par déclencher une tempête médiatique dont l'Académie se serait bien passée. La chute, prononcée par Dubosc à l'attention de son confrère, « Tu aurais pu rester coincé dans l'Abbé Pierre », a agi comme un véritable pavé dans la mare, rappelant brutalement que l'humour des César peut parfois friser l'indécence.

Loin de s'excuser, l'Académie des César semble avoir assumé ce choix audacieux, affichant une volonté affichée d'autodérision et de provocation. Ce ton, donné dès les premières minutes de la campagne promotionnelle, pose un jalon clair : les César 2026 ne seront pas une cérémonie sage et consensuelle. En assumant cette controverse, les organisateurs jouent un jeu dangereux mais stratégique, cherchant peut-être à détourner l'attention des difficultés structurelles du secteur par le buzz médiatique. Après des éditions passées marquées par des tensions lourdes, l'humour « second degré » devient l'arme de séduction d'une institution qui tente de se réinventer sous le feu des projecteurs.

Affiche officielle de la 51e cérémonie des César diffusée sur Canal+
Affiche officielle de la 51e cérémonie des César diffusée sur Canal+ — (source)

Le sketch qui a divisé Twitter en 24 heures

Pour comprendre la virulence de la réaction, il faut visualiser la scène précise de cette séquence. Franck Dubosc et Benjamin Lavernhe se retrouvent bloqués entre deux étages, attendant le secours. Le dialogue mime l'angoisse du confinement, jusqu'à ce que Dubosc ne lâche sa réplique assassine sur l'Abbé Pierre. Le contexte est essentiel ici : Benjamin Lavernhe incarnait le célèbre abbé dans le biopic L'Abbé Pierre réalisé par Frédéric Tellier, sorti en 2023. En faisant référence à ce rôle, le sketch ne se contente pas de viser la figure religieuse, mais aussi l'acteur qui l'a porté à l'écran.

La réaction sur les réseaux sociaux a été immédiate et virulente. En quelques heures, la phrase est devenue un mème, mais aussi un motif d'indignation pour de nombreux internautes. On a accusé les auteurs du sketch de légèreté coupable, transformant en punchline une figure de charité pourtant déchue par les révélations récentes. Ce malaise a rapidement dépassé le simple cadre cinématographique pour toucher à la morale publique, obligeant l'Académie à se justifier dans une ambiance de début de l'année électrique. Ce moment, bien que bref, a cristallisé tous les défis de communication d'une soirée qui se veut populaire mais qui navigue sur un terrain miné.

Pourquoi cette blague n'est « pas juste une blague »

Au-delà du simple mauvais goût supposé, la polémique repose sur un fondement historique et sociologique précis. En 2024, des accusations d'agressions sexuelles sur des femmes et des enfants, commises entre les années 1950 et 2000, ont éclaboussé la mémoire de l'Abbé Pierre à travers les rapports de la Fondation Emmaüs. Ces révélations ont bouleversé l'image du « bienfaiteur », le transformant en figure controversée. C'est dans ce contexte post-scandale que la blague de Dubosc résonne de manière particulièrement dissonante pour une partie du public.

Cette polémique intervient également dans la continuité d'une série de crises au sein du monde cinématographique et médiatique concernant le comportement des figures publiques. On se souvient qu'en janvier 2025, l'actrice Karla Sofía Gascón, star d'Emilia Pérez, avait vu sa course à l'Oscar compromise par l'exhumation de tweets racistes et islamophobes, une affaire qui avait également secoué la précédente nuit des César. L'humour de ce sketch promotionnel apparaît dès lors comme une tentative risquée de dédramatisation systématique de l'actualité, une façon pour l'Académie de montrer qu'elle a « digestionné » les scandales précédents. Mais pour les victimes et les défenseurs de causes morales, cet humour est perçu comme une minimisation inacceptable des faits.

L'année sans blockbusters : pourquoi le cinéma français arrive à jeudi blessé

Au-delà des polémiques de casting ou de promotion, la toile de fond de cette 51e cérémonie reste un contexte économique noiraud pour l'hexagone. L'année 2025 restera dans les annales comme une « année noire » pour le box-office français, une réalité qui pèse lourdement sur l'ambiance de la Nuit des César. Contrairement aux années fastes où des locomotives populaires assuraient l'ambiance et les audiences, 2025 a vu le cinéma français peiner à trouver son public, laissant la place à un vide spectaculaire qui inquiète producteurs et exploitants.

Cette cérémonie prend donc une dimension particulière : celle d'un sursaut nécessaire. Il ne s'agit plus seulement de distribuer des statuettes, mais de redorer le blason d'un secteur en crise de confiance. L'absence de « films-événements » nationaux modifie la nature de la compétition, propulsant sur le devant de la scène des œuvres plus intimistes qui n'auraient peut-être pas eu une telle visibilité dans une année plus dense. C'est une cérémonie sous haute surveillance, où chaque prix distribué sera analysé comme un signal de l'Académie pour tracer la voie de la relance.

Les 18 films de la Sélection officielle Cannes 2025 cumulant 61 nominations aux César
Les 18 films de la Sélection officielle Cannes 2025 cumulant 61 nominations aux César — (source)

Le bilan 2025 en chiffres qui font mal

Les chiffres sont implacables et ne laissent aucune place au doute : l'année 2025 a été catastrophique en termes de fréquentation. Avec une baisse globale de 13,6 % sur les sept premiers mois, le bilan affiche un total de 157 millions d'entrées, loin des espérances des professionnels. Le phénomène le plus marquant est l'absence totale de film français franchissant le seuil symbolique des 5 millions d'entrées. Pour la première fois depuis longtemps, l'industrie ne peut s'appuyer sur aucune « grande frite » pour tirer le marché vers le haut.

Le champion des entrées hexagonal, God Save the Tuche, ne parvient qu'à un total modeste de 2,99 millions d'entrées. Comparé aux locomotives de 2024 comme Le Comte de Monte-Cristo ou Un p'tit truc en plus, qui avaient dynamisé les salles et fait rayonner le cinéma français à l'international, ce résultat est un constat d'échec. Seulement quatre films ont réussi à dépasser le million d'entrées, signe que le public s'est détourné massivement des salles obscures ou s'est tourné vers des productions étrangères. Cette frilosité du public place l'ensemble de la filière sous tension et explique l'atmosphère anxieuse qui règne dans les allées de l'Académie.

Ce que ça change pour la cérémonie de jeudi

Cette morosité commerciale bouleverse la donne traditionnelle des César. D'habitude, les grandes cérémonies sont des affrontements entre le cinéma d'auteur et le cinéma grand public, où les succès de salle jouent souvent le rôle de « joker » qui peut tout emporter. Cette année, il n'y a pas de favori commercial évident pour écraser la course. Le palmarès sera donc intrinsèquement plus intellectuel, tourné vers des œuvres qui ont majoritairement séduit les festivals, et particulièrement Cannes, plutôt que les multiplexes.

Cela change la dynamique de la soirée : il n'y aura pas de film populaire à compenser par des prix techniques pour rassurer les spectateurs. La bataille va se livrer sur le terrain de la critique artistique et de la qualité de la mise en scène, plaçant au centre du débat des films qui, pour certains, n'ont été vus que par une poignée de passionnés. C'est un pari risqué pour l'Académie, qui tente de récompenser l'excellence cinématographique sans s'aliéner un public qui a déjà montré son désamour pour les salles. C'est une édition sans filet, où le rôle social des César comme vitrine du cinéma français devient encore plus crucial.

Nouvelle Vague : 10 nominations mais (presque) personne ne l'a vu

C'est sans doute le grand paradoxe, voire l'oxymore, de cette édition 2026 : le film qui truste le haut des affiches avec 10 nominations est un film américain que très peu de spectateurs français ont vu en salles. Nouvelle Vague, le nouveau bijou de Richard Linklater, s'impose comme le « monstre sacré » de cette cérémonie, prouvant une fois de plus que les goûts des votants de l'Académie peuvent diverger radicalement de ceux du grand public. Avec seulement 132 000 entrées récoltées en France, ce film noir et blanc sur les coulisses du mythe Godard fait figure d'outsider favorite.

Ce film incarne un phénomène rare : une œuvre hybride, née de l'amour d'un cinéaste américain pour le cinéma français, qui devient le fer de lance des récompenses nationales. Disponible sur Netflix à l'international mais sorti timidement dans nos salles en octobre 2025, il a profité d'un excellent bouche-à-oreille critique, lui valant une note solide de 4,0 sur 5 sur Allociné. Désigné pour la quasi-totalité des catégories majeures, il pourrait rafler la mise et devenir, paradoxalement, le visage de la réussite cinématographique française de l'année, malgré sa nationalité et son maigre score au box-office.

Affiche du film Nouvelle Vague de Richard Linklater, nommé aux César 2026
Affiche du film Nouvelle Vague de Richard Linklater, nommé aux César 2026 — TMDB / (source)

Linklater, Godard et le mythe de la Nouvelle Vague

Le film de Linklater n'est pas une simple biographie conventionnelle ; c'est une comédie décalée qui revisite la genèse du chef-d'œuvre de Jean-Luc Godard, À bout de souffle. Le film met en scène Guillaume Marbeck dans un rôle de Jean-Luc Godard qui lui vaut une nomination pour le César du meilleur espoir masculin. Il est entouré d'actrices comme Zoey Deutch et Aubry Dullin, qui composent un portrait vivant et frénétique de cette période charnière du cinéma mondial. Le film explore comment un groupe de jeunes cinéastes révolutionnaires a bouleversé les codes, un thème qui résonne étrangement avec les enjeux actuels du cinéma français en quête de renouveau.

Scène du film Nouvelle Vague de Richard Linklater, en tête des nominations
Scène du film Nouvelle Vague de Richard Linklater, en tête des nominations — (source)

Sorti en France le 8 octobre 2025, le film n'a cependant pas réussi à créer l'événement en salles, probablement en raison de son format noir et blanc et de son sujet très « cinéphilique ». Pourtant, son parcours est exemplaire : acclamé à Cannes, distribué par une plateforme majeure à l'étranger, il a réussi à séduire les 3561 votants de l'Académie (sur 4955 inscrits). Ce plébiscite technique et artistique place Linklater en position de force, et sa victoire potentielle en serait une forme de consécration : un Américain récompensé pour avoir raconté l'âme du cinéma français avec plus de brio que les Français eux-mêmes cette année.

Le film Nouvelle Vague en tête des nominations avec 10 César 2026
Le film Nouvelle Vague en tête des nominations avec 10 César 2026 — (source)

Pourquoi les César adorent un film boudé par les Oscars

La situation de Nouvelle Vague illustre un décalage fascinant entre les aspirations des César et celles des Oscars. Alors que les votants américains ont snobé le film de Linklater, ne lui laissant que des miettes lors de la cérémonie de la 75ème cérémonie des Oscars, l'Académie française l'a coiffé de toutes ses faveurs. Ce « retour de bâton » esthétique interroge sur l'identité des César : cherchent-ils à récompenser le meilleur film de l'année, ou celui qui leur renvoie l'image la plus flatteuse de leur propre patrimoine ?

En honorant un film qui célèbre la Nouvelle Vague, les César opèrent une forme de « cinéphilie narcissique ». Ils récompensent une vision de leur propre histoire qui est flatteuse, artistique et mythique. Nouvelle Vague offre une réponse idéalisée et glamour à une année morose. C'est une victoire symbolique potentielle qui dirait que même si le box-office est en berne, le génie du cinéma français reste une source d'inspiration mondiale, y compris pour les maîtres d'Hollywood. C'est sans doute cette dimension qui a séduit les votants, avides de voir dans ce film un miroir tendu à une histoire qui les dépasse.

Hafsia Herzi, Isabelle Huppert et le duel qui pourrait faire l'histoire

Au cœur de cette soirée, l'attention se cristallise sur deux figures féminines qui incarnent à elles seules deux visages du cinéma français actuel. D'un côté, Hafsia Herzi, l'enfant terrible de la scène, qui impose son second film La Petite Dernière comme une œuvre charnière et qui tente l'exploit historique d'un doublé réalisation et interprétation. De l'autre, l'incontournable Isabelle Huppert, qui établit avec cette 51e cérémonie un record absolu de 16e nomination, venant saluer une carrière d'exception et une polyvalence sans faille. Leur affrontement, même s'il n'est pas direct, constitue le véritable story-line narratif de cette soirée.

Ces deux nominations résument les enjeux de la soirée : le renouveau et la consécration. Herzi représente la nouvelle garde, celle qui filme la France contemporaine avec une urgence brute et des budgets contraints. Huppert, elle, incarne l'élite du cinéma d'auteur, capable de passer avec aisance du théâtre à la biographie sociale. Les deux actrices sont favorites dans leur catégorie respective, et leurs films respectifs (La Petite Dernière et La Femme la plus riche du monde) sont des piliers de la liste des nommés. La soirée promet d'être un émouvant passage de témoin ou une affirmation de la coexistence des talents.

La Petite Dernière : le phénomène Herzi

La Petite Dernière est bien plus qu'un simple film nominé, c'est un phénomène culturel qui a touché juste. Ce portrait d'une jeune femme lesbienne arabe a conquis la critique et le jury du Prix Louis-Delluc, qui lui a décerné le surnom prestigieux de « Goncourt du cinéma ». Hafsia Herzi y prouve que son premier César pour meilleure actrice l'année précédente n'était pas un hasard. Elle s'y montre aussi à l'aise derrière la caméra que devant, multipliant les registres et imposant un réalisme social qui n'a rien à envier aux documentaires.

Camille Cottin, présidente de la prochaine cérémonie des César
Camille Cottin, présidente de la prochaine cérémonie des César — (source)

Ce qui rend la candidature d'Herzi si captivante, c'est la possibilité historique de voir une femme remporter simultanément le César de la meilleure réalisation et celui de la meilleure actrice. Aucune femme n'a réussi ce doublé jusqu'à présent. Son film, tourné essentiellement à Nancy dans des conditions difficiles — l'équipe a même rapporté s'être fait « caillasser » lors du tournage — est le fruit d'une passion et d'une persévérance qui résonnent avec le public face à une année difficile. Sa présence au sommet des nominations est un message fort : le cinéma de demain s'écrit aussi avec des voix diverses, loin des sentiers battus et des studios parisiens conventionnels.

Huppert vs Bettencourt : 16e nomination, record en vue

À l'autre bout du spectre, Isabelle Huppert ajoute une ligne supplémentaire à son impressionnant palmarès. Avec La Femme la plus riche du monde, elle signe sa 16e nomination, une première dans l'histoire des César qui consacre sa longévité exceptionnelle. À 72 ans, l'actrice n'a pas perdu une once de sa puissance de jeu, et elle incarne avec une justesse glaçante une figure fictive inspirée de Liliane Bettencourt dans le film de Thierry Klifa.

Camille Cottin, présidente de la 51ème édition des César 2026
Camille Cottin, présidente de la 51ème édition des César 2026 — (source)

Ce film bénéficie de six nominations, permettant également à Laurent Lafitte de briguer le titre de meilleur acteur. La performance d'Huppert est saluée pour sa capacité à humaniser un personnage complexe et controversé, oscillant entre la tragédie familiale et le drame social. Sa nomination n'est pas une surprise, mais elle constitue un moment de communion pour la profession, qui vient célébrer sa « doyenne ». Si elle gagne, ce sera une reconnaissance de l'élégance avec laquelle elle a su rester au sommet de l'art dramatique pendant cinq décennies, servant d'inspiration pour des générations de comédiens.

Dossier 137 et Un Simple Accident : quand le politique s'invite sur le tapis rouge

Le cinéma n'est jamais vraiment apolitique, mais cette édition des César 2026 semble porter à bout de bras deux œuvres qui revendiquent haut et fort leur engagement. Dossier 137 de Dominik Moll et Un Simple Accident de Jafar Panahi ne sont pas de simples divertissements ; ce sont des films qui agissent comme des miroirs tendus aux sociétés qu'ils représentent. Leur présence massive parmi les nominations (8 nominations pour Moll, double reconnaissance pour Panahi) signale que l'Académie ne souhaite pas esquiver les réalités du monde contemporain.

Ces deux œuvres fonctionnent comme des jumeaux cinématographiques : l'un se penche sur les fractures internes de la démocratie française, l'autre sur les oppressions dictatoriales à l'étranger. En les nommant aux premières places, les César 2026 s'ancrent résolument dans l'actualité, transformant la cérémonie en une tribune politique involontaire. C'est un pari audacieux qui pourrait diviser le public, mais qui assure au festival une dimension intellectuelle et civique rare.

Léa Drucker face aux Gilets jaunes

Avec Dossier 137, Dominik Moll revient en force après le succès de La Nuit du 12, qui avait lui aussi raflé six statuettes en 2023. Ce nouveau thriller politique plonge le spectateur au cœur des tensions sociales qui ont agité la France avec le mouvement des Gilets jaunes. Le film suit une enquêtrice de l'IGPN, la police des polices, incarnée par une intense Léa Drucker, qui tente d'élucider une bavure commise lors d'une manifestation. L'intrigue, centrée sur un tir de LBD sur un jeune homme, résonne avec des événements qui ont marqué les mémoires collectives récemment.

La nomination du film dans des catégories techniques majeures comme meilleur film ou meilleure réalisation prouve que l'Académie considère ce cinéma de genre comme le véhicule légitime d'une réflexion sociale. Dominik Moll y démontre une fois de plus sa maîtrise du suspense, mais au service d'une critique des mécanismes institutionnels. Pour beaucoup, ce film est le point d'orgue d'un cinéma français capable de traiter de questions brûlantes sans tomber dans le manichéisme, une qualité qui pourrait le porter très haut lors du vote final.

Panahi, la Palme d'or et la censure iranienne

L'autre grand engagement de cette soirée est international avec la présence triomphante de Jafar Panahi. Ce réalisateur iranien, déjà plusieurs fois emprisonné dans son pays pour ses prises de position contre la République islamique, a reçu la Palme d'or à Cannes 2025 pour Un Simple Accident. Ce film, tourné clandestinement à Téhéran en seulement 28 jours et sans aucune autorisation officielle, est un acte de résistance pure. Il raconte l'histoire d'un homme cherchant à se venger de son assassin à travers une fable poignante et métaphorique.

Nommé aux César à la fois pour le meilleur film et le meilleur film étranger (puisqu'il est une co-production française), Panahi incarne le courage du cinéma face à la tyrannie. Le film est également parti pour représenter la France aux Oscars, ce qui ajoute à sa dimension diplomatique. Sa présence sur le tapis rouge symbolise la solidarité de la profession cinématographique mondiale avec les créateurs persécutés. S'il gagne, ce ne sera pas seulement une récompense artistique, mais un fort geste politique de la part de l'Académie française envers la liberté d'expression.

Une scène du film Nouvelle Vague, nommé dix fois aux César 2026
Une scène du film Nouvelle Vague, nommé dix fois aux César 2026 — (source)

Benjamin Lavernhe, Jim Carrey et les guests : votre programme de jeudi soir

Maintenant que le contexte est posé et les enjeux analysés, place à la logistique de cette soirée spéciale. La 51e cérémonie des César est promise d'être un spectacle grandiose, orchestré par un maître de cérémonie qui connaît la maison par cœur. Benjamin Lavernhe, membre du Comité de l'Académie, prend les rênes de la soirée, et il est entouré d'une pléiade d'invités de marque pour remettre les statuettes. C'est cette alchimie humaine qui donnera le ton à la soirée, alternant gravité des prix et légèreté des sketches.

Camille Cottin, désignée présidente de la cérémonie des César 2026
Camille Cottin, désignée présidente de la cérémonie des César 2026 — (source)

L'organisation de cette édition a pris soin de varier les profils, mélangeant les étoiles montantes du cinéma français avec des icônes internationales. Le but est clair : offrir un divertissement fluide qui retiendra l'attention des téléspectateurs malgré l'absence de blockbusters nationaux. Le déroulement de la soirée a été pensé comme une réponse directe aux critiques passées sur la longueur ou le sérieux parfois compassé des cérémonies précédentes. C'est un programme pensé pour la télévision autant que pour la salle.

Jim Carrey en guest star surprise

L'événement le plus attendu de la soirée, outre le palmarès, est sans doute la remise du César d'honneur à Jim Carrey. L'acteur canadien, monstre sacré de la comédie hollywoodienne mais aussi acteur dramatique capable de vertiges, a été choisi par l'Académie pour honorer l'influence du cinéma américain sur le reste du monde. C'est un choix qui fait écho à la présence du film Nouvelle Vague en tête des nominations, comme si les César voulaient célébrer le dialogue transatlantique cette année.

Benjamin Lavernhe sur le tapis rouge, maître de la 51e cérémonie des César
Benjamin Lavernhe sur le tapis rouge, maître de la 51e cérémonie des César — (source)

Jim Carrey, dont le parcours va du Mask à Man on the Moon, a toujours fasciné les critiques français. Son César d'honneur sera l'occasion de revenir sur sa filmographie à travers un montage probablement émouvant. Sa présence garantit également des moments d'humour irrévérencieux, Carrey n'étant pas connu pour se censurer. Il sera l'un des temps forts d'une soirée qui cherche à marquer l'histoire en se liant avec l'élite mondiale du divertissement.

Où regarder les César 2026 ce jeudi 26 février

Pour ceux qui n'ont pas la chance de faire partie des 4955 votants ou des invités de la salle Pleyel, la soirée sera retransmise en direct et en clair. La diffusion débutera à 21h00, le temps fort se déroulant autour de 23h00 avec l'annonce du César du meilleur film. C'est le rendez-vous annuel des passionnés de cinéma, mais cette année, l'enjeu d'audience est particulièrement crucial après l'année difficile qu'a traversé le secteur.

Il est probable que la cérémonie fasse l'objet d'une rediffusion sur les plateformes de streaming du groupe ou d'extraits largement diffusés sur les réseaux sociaux dès le lendemain. Pour ne rien manquer, il est conseillé de se connecter dès le début de soirée pour profiter des sketches d'ouverture et des interventions sur le tapis rouge. C'est l'occasion de voir comment le personnel du cinéma se rassemble pour célébrer son art malgré les tempêtes extérieures.

Notre verdict : les favoris, les outsiders et les coups du soir

Alors que le compte à rebours est final, l'heure est aux pronostics. Si aucun favori absolu ne se dégage comme ce fut le cas pour Emilia Pérez l'an dernier, certaines configurations semblent plus plausibles que d'autres. L'analyse des tendances de vote, de la médiatisation des films et des alliances au sein de l'Académie permet d'entrevoir quelques scénarios probables pour cette nuit. Mais comme souvent avec les César, le scrutin à deux tours réserve son lot de surprises qui peuvent tout chambouler à la dernière minute.

Les enjeux narratifs pèseront lourdement dans la balance finale. Les votants adorent faire de l'histoire. Cela signifie que les parcours extraordinaires, comme ceux d'Hafsia Herzi ou d'Isabelle Huppert, pourraient influencer le vote dans les catégories principales. De même, la dimension symbolique de films comme Un Simple Accident pourrait créer une vague de soutien émotionnel difficile à contrer par des œuvres plus conventionnelles. C'est ce mélange de technicité et d'émotion qui fera basculer le scrutin.

Les catégories où tout peut basculer

La course au César de la meilleure actrice s'annonce comme l'un des duels les plus serrés de la soirée. Isabelle Huppert est la doyenne, mais elle fait face à une concurrence redoutable avec Léa Drucker, saluée pour son intensité dans Dossier 137, et Leïla Bekhti. C'est une catégorie où le vote de sensibilité pourrait primer sur la carrière, offrant peut-être une surprise de taille.

Du côté des hommes, la bataille est tout aussi intense entre Laurent Lafitte, qui joue son va-tout dans le rôle de Bettencourt, et des acteurs comme Pio Marmaï ou Benjamin Voisin. Voisin, malgré sa nomination dans un film moins récompensé (L'Étranger), tire parti de sa popularité croissante chez les jeunes votants. Enfin, pour la réalisation, le duel entre la fraîcheur d'Hafsia Herzi et l'expérience technique de Dominik Moll ou Richard Linklater promet des débats houleux dans les coulisses jusqu'à l'ouverture de l'enveloppe.

Le César qui ferait le plus parler

Parmi tous les scénarios possibles, certains feraient plus de bruit médiatique que d'autres le lendemain matin. Une victoire d'Hafsia Herzi pour la réalisation et l'interprétation serait un événement historique, martelant l'entrée d'une nouvelle génération de femmes au panthéon du cinéma. Ce doublé enverrait un message fort à toute l'industrie sur l'importance de la diversité et de l'autonomie créative.

Un autre triomphe qui résonnerait serait celui de Un Simple Accident de Jafar Panahi. Donner le César du meilleur film à un réalisateur iranien emprisonné, qui a dû tourner dans la clandestinité, serait un acte politique majeur de la part de l'Académie française. Cela dominerait les headlines le lendemain, éclipsant peut-être même les polémiques de l'ascenseur. Enfin, la consécration totale de Nouvelle Vague resterait dans les mémoires comme le triomphe paradoxal d'un cinéma qui aime se regarder à travers le regard des autres.

Conclusion : César 2026, miroir tendu à un cinéma qui se cherche

En conclusion, cette 51e cérémonie des César ne sera pas une soirée comme les autres. Elle se tient à la croisée des chemins, reflétant un cinéma français à la fois blessé par ses résultats économiques et fier de sa vitalité créative. Entre les polémiques de l'humour, la crise du box-office et la qualité exceptionnelle des nommés, l'édition 2026 dresse un portrait complexe d'une industrie en pleine mutation. Quels que soient les noms qui sortiront des enveloppes jeudi soir, cette soirée aura eu le mérite de montrer que le cinéma français, pour se chercher, est capable de questionner ses propres mythes tout en célébrant ses héros. Il ne reste plus qu'à attendre la rediffusion pour voir comment l'histoire s'écrira.

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Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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