
Cette année plus que jamais, le festival tant convoité laisse un arrière-goût amer. Non pas que croiser quelques stars sur la Croisette soit déplaisant, mais l'ambiance générale est tout simplement suspicieuse. Quoi de plus agréable que de passer au détecteur de métaux, d'ouvrir son sac à chaque entrée de salle ou de subir les palpations systématiques des forces de l'ordre ? Cette militarisation de l'espace festivalier, bien que compréhensible dans un contexte international tendu post-11 septembre, finit par gâcher l'expérience magique habituelle de Cannes. L'accès aux projections devient un parcours du combattant, transformant la fête du cinéma en une forteresse impénétrable.
Monsieur les responsables, veuillez trouver une solution pour redonner à ce grand festival ses lettres de noblesse sans sacrifier la convivialité qui en fait la légende.
Un palmarès cinématographique de qualité
Hormis ce détail sécuritaire qui a son importance, le festival a présenté une sélection exceptionnelle de très bons films. Les réalisateurs confirmés n'ont pas déçu un public nombreux et exigeant venu du monde entier. Roman Polanski a particulièrement marqué les esprits avec « Le Pianiste », tout comme Aki Kaurismäki avec « L'Homme sans passé » ou David Cronenberg avec « Spider », qui tous ont obtenu un franc succès critique. La sélection offrait une belle diversité de styles et de tonalités, confirmant que le 7e art reste vivant et créatif malgré un contexte morose. C'est une édition riche qui prouve que la création cinématographique sait transcender les angoisses du temps.
Le cinéma francophone à l'honneur
Le cinéma francophone était quant à lui bien représenté, ce qui n'est pas pour déplaire aux amoureux de la langue de Molière. Le film des Frères Dardenne, « Le Fils », est tout simplement bouleversant de vérité et de sobriété. Une interprétation authentique des deux acteurs qui mérite amplement le prix d'interprétation masculine décerné à Olivier Gourmet. Sa performance brute, sans artifice, a su captiver l'assemblée et prouve une nouvelle fois le talent unique et la sensibilité des cinéastes belges sur la scène internationale.
Néanmoins, le film de Nicole Garcia, « L'Adversaire », laisse un sentiment d'inachevé. On a bien du mal à entrer dans cette histoire sombre basée sur un fait réel. Un Daniel Auteuil pourtant habituellement excellent, ici bien décevant dans un rôle qui ne lui colle pas à la peau... On n'y croit pas du tout, tout simplement. Malgré une mise en scène soignée et une esthétique irréprochable, le scénario manque de souffle et de profondeur psychologique pour rivaliser avec les autres ténors de cette compétition palpitante.