
Les débuts de Betty Boop en 1930
Le 9 août 1930, celle qui deviendra une icône et la plus grande star féminine de l'animation des années 30 fait ses débuts. C'est sur une scène de cabaret dans « Dizzy Dishes » que notre belle se fait connaître du grand public.
Elle n'a pas encore de nom et n'est alors que la fiancée d'un autre personnage déjà populaire, Bimbo. Création de l'animateur Grim Natwick, elle apparaît sous les traits d'une chanteuse de charme. Elle interprète lors de cette première prestation une chanson d'Helen Kane, dont Natwick se serait inspiré. Notre belle inconnue terminera sa chanson sur un « Boop Boop A Doop » à l'origine de son nom !
En effet, sans le savoir, les studios Fleischer viennent de donner naissance à une vraie starlette : Betty Boop ! Mais cette Betty Boop-là était très différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Le moins qu'on puisse dire est que Betty a beaucoup changé. À ses débuts, notre pin-up était... une chienne.
Une petite chienne, vêtue d'un bustier et d'une jupe courte laissant apercevoir une jarretière, dotée de jambes de femme, d'une truffe noire et d'une jolie paire de longues oreilles ! Rapidement elle s'impose : Betty Boop crève l'écran.

L'évolution du personnage Betty Boop
Dès sa quatrième apparition dans « The Bum Bandit » en 1931, elle prend autant d'importance que son petit ami Bimbo et l'effacera bientôt du devant de la scène, en faisant un personnage secondaire. C'est dans le film suivant « Silly Scandals » en 1931 que l'on nomme une fois pour toutes la belle (en effet, elle était appelée Nancy Lee dans « Barnacle Bill » en 1930).
On apprend dans « Minnie the Moocher » en 1932 que Betty Boop est issue d'une modeste famille d'immigrés. C'est aussi en 1931 que Betty trouve sa voix, puisque jusqu'ici plusieurs actrices la lui avaient prêtée.
Lorsque l'un des frères Fleischer (Max et Dave en photo ici) trouve enfin celle qui sera jusqu'au dernier épisode la voix de Betty : Mae Questel, découverte à l'occasion d'un concours d'imitation d'Helen Kane.
Betty continuera de se modifier au fil des films, pour enfin devenir une femme à part entière lorsque ses oreilles deviennent des boucles d'oreilles et sa truffe un nez. De plus en plus célèbre, on dédie à la vedette une série, les « Betty Boop Cartoons ».
Elle vole de succès en succès jusqu'à l'application du Code Hays. Betty est jugée trop vulgaire et se voit forcée de rallonger ses jupes, d'être moins sexy ; ses rôles sont désormais beaucoup plus sages. Elle apparaîtra encore dans quelques films dont son premier et seul en couleur « Poor Cinderella ». Elle s'essaie au comics mais le succès n'est pas au rendez-vous.
Le Code Hays, en supprimant son côté aguicheur, marque un tournant dans la carrière de Betty, qui peu à peu déserte nos écrans. Le studio Fleischer mit Betty à la retraite en 1939.
Il faudra attendre presque 50 ans pour retrouver Betty. C'est dans « Qui veut la peau de Roger Rabbit » qu'elle apparaît, en noir et blanc, dans le rôle d'une serveuse du cabaret où chante Jessica Rabbit.

Le Code Hays : la censure à Hollywood
Le Hollywood des années 20 mettait souvent en scène violence et sexe. Trois gros scandales dans l'industrie du cinéma amplifient la vision négative qu'il avait déjà acquise. Intervient alors le Code Hays.
Cette censure ne vient pas du gouvernement mais de l'industrie cinématographique elle-même. Elle fonde en 1922 la Motion Pictures Producers and Distributors Association avec à sa tête un dénommé Will Hays. Il établit le 31 mars 1930 des règles afin de rendre au cinéma sa « morale » :
- Aucun film produit ne doit abaisser les standards de morale des spectateurs, ou apporter le soutien et la sympathie du spectateur pour des personnages diaboliques ou criminels.
- Ne seront présentées que des normes correctes de la vie, du sujet, seulement aux conditions du drame et du divertissement.
- Les lois naturelles ou humaines ne doivent pas être ridiculisées et ceux qui les contournent ne doivent pas être traités avec sympathie.
Hollywood respectera le Code Hays jusque dans les années 50, jusqu'à l'apparition de la télévision.

Le procès du « Boop Boop A Doop »
En avril 1934, la chanteuse Helen Kane qui perd en popularité attaque les Fleischer. Elle aurait servi de modèle à Grim Natwick pour créer Betty Boop. Elle prétend qu'en lui empruntant sa manière de chanter et son fameux « Boop Boop A Doop » tiré de sa chanson « I Wanna Be Loved by You », Betty lui aurait volé son succès.
Les quatre actrices qui avaient donné leurs voix à Betty Boop témoignèrent et affirmèrent qu'elles ne s'étaient pas inspirées d'Helen Kane. Néanmoins, la voix principale de Betty, Mae Questel, avait été trouvée dans un concours d'imitation de... Helen Kane.
Au cours du procès, on découvre la chanteuse noire Baby Esther dans un film dans lequel elle chante la fameuse phrase avant Helen Kane. Baby Esther vient témoigner que la chanteuse est venue dans son cabaret en 1928 la voir. Les Fleischer emportent le procès.
Depuis, la célèbre phrase a été chantée par de nombreuses personnalités, dont Marilyn Monroe qui interprète la chanson dans le film de Billy Wilder « Certains l'aiment chaud ».

Betty Boop : icône de sa génération
Betty Boop, en plus d'être un personnage sexy, est l'un des seuls personnages d'animation véritablement « ancré » dans son époque. La plupart des films se situent en ville et non à la campagne.
Ils utilisent des séquences plus ou moins violentes comme dans « You Try Somebody Else » où un des animaux prisonniers ne cesse de sourire et de chanter alors qu'ils sont sur des chaises électriques.
On utilise également le jazz avec des textes chantés par Cab Calloway et Louis Armstrong parlant de sexe et de drogue.
Betty est sûrement l'une des premières féministes du petit écran. Présidente dans « Betty Boop for President », elle refuse de porter des fourrures dans « A Hunting We Will Go ».
Mais après le bouleversement du Code Hays, ses films se passent à la campagne, ses rôles changent : elle devient maîtresse ou infirmière et s'assagit.
En Europe la guerre est proche, aux États-Unis les films d'animation de Disney remportent le plus de succès, sortant du quotidien et faisant rêver. Car avant l'entrée en guerre, il faut faire rêver et rassurer le public. Betty Boop laissera donc sa place à d'autres Fleischer : Popeye ou encore Superman.

L'héritage de Betty Boop aujourd'hui
Première star de l'animation féminine qui doublera un héros masculin, Betty Boop reste une personnalité forte, glamour et aguicheuse. Elle reste aujourd'hui très populaire, notamment grâce à de nombreux produits dérivés, de la figurine à la tasse.
Une série faite par ordinateur avait été annoncée en 2001, mais le projet n'a pas (ou pas encore) abouti.
Betty Boop lancera-t-elle bientôt à nouveau son célèbre « Boop Boop A Doop » ?