Le 15 mai 2026 restera dans les annales du cinéma portugais. Dans l'écrin du Centro Cultural de Belém, à Lisbonne, la 15e cérémonie des Sophia Awards a consacré un seul et même film : Banzo, de Margarida Cardoso. Avec dix récompenses sur quatorze nominations, le long métrage signe la razzia la plus impressionnante depuis la création des « Oscars portugais » en 2013. Ce triomphe n'est pas un simple palmarès. Il raconte l'histoire d'un pays qui, par le cinéma, ose enfin regarder son passé colonial en face.

Une razzia historique sur les 14 nominations : le palmarès complet du 15 mai
La soirée a débuté sous tension. Banzo arrivait en tête des pronostics, fort de quatorze nominations — un record pour l'édition 2026. Mais personne n'imaginait un tel balayage. Le film repart avec les trophées les plus prestigieux : Meilleur Film, Meilleure Réalisatrice, Meilleur Scénario Original, Meilleur Montage, Meilleurs Décors, Meilleure Photographie.
Les sept trophées majeurs qui ont scellé la victoire
À ces prix techniques s'ajoute une distinction qui a ému la salle entière : le Sophia de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle, attribué à Cirila Bossuet, dix-neuf ans, pour son interprétation de Guilhermina. Le ratio parle de lui-même : dix victoires sur quatorze catégories. Seuls le Meilleur Acteur, le Meilleur Son, la Meilleure Musique et les Meilleurs Costumes lui ont échappé.
La concurrence, pourtant solide avec Grand Tour de João Pedro Rodrigues — lauréat de l'édition précédente — et le thriller de Dhafer L'Abidine, n'a pas fait le poids. Sur le thriller de Dhafer L'Abidine également primé aux Sophia, l'acteur franco-tunisien a dû se contenter du prix du Meilleur Acteur, laissant à Banzo la lumière des projecteurs.
L'émotion d'une standing ovation au Centro Cultural de Belém
Le public présent a réservé une standing ovation à l'équipe du film lorsque le prix du Meilleur Film a été annoncé. Les larmes de Margarida Cardoso, sa productrice Filipa Reis à ses côtés, résumaient à elles seules l'émotion d'une consécration longtemps attendue. Sur le site du journal Público, les commentaires des spectateurs soulignaient l'atmosphère unique de cette soirée, où le cinéma portugais semblait enfin se regarder en face.
« Donner une voix aux histoires violentes qu'on a réduites au silence » : le discours de Margarida Cardoso
Quand Margarida Cardoso a gravi les marches de la scène pour recevoir le Sophia de la Meilleure Réalisatrice, le silence s'est fait dans la salle. La cinéaste, connue pour sa discrétion, a prononcé des mots qui résonnent encore dans les couloirs du cinéma portugais : « Ce prix n'est pas pour moi. Il est pour ceux dont les histoires violentes ont été réduites au silence pendant des siècles. Le banzo n'est pas une maladie inventée. C'est la trace laissée par l'esclavage dans les corps et les âmes. »
Un moment politique dans une cérémonie officielle
Ce discours, prononcé d'une voix calme mais ferme, a transformé la cérémonie en moment politique. Cardoso a rappelé que le Portugal, première puissance esclavagiste européenne par la durée — près de quatre siècles —, n'a toujours pas fait le travail de mémoire collective. Son film, a-t-elle insisté, n'est pas un divertissement. C'est une archive vivante, une tentative de restituer une humanité que les registres coloniaux ont effacée.
Les réactions de l'Académie et des professionnels présents
L'ambiance, ce soir-là, était chargée d'une émotion rare. Plusieurs membres de l'Académie Portugaise du Cinéma, interrogés à la sortie, ont salué le courage de la réalisatrice. « Elle a fait ce que personne n'avait osé faire avant elle : filmer l'esclavage portugais sans fard, sans excuses, sans consolation », confiait un producteur présent dans la salle. Les professionnels du secteur ont reconnu que Banzo ouvrait une brèche dans le récit national officiel, trop longtemps centré sur les « grandes découvertes » et les « explorateurs ».
« Banzo », cette nostalgie mortelle qui hante la plantation de cacao

Derrière le palmarès se cache un film d'une puissance rare. Banzo plonge le spectateur dans l'atmosphère moite et suffocante d'une plantation de cacao sur l'île de São Tomé-et-Príncipe, au début du XXe siècle. L'esclavage y a été officiellement aboli, mais la réalité est tout autre : les « servants », comme on les appelle, travaillent sous contrat forcé, dans des conditions qui ne diffèrent guère de l'ancien régime.
Le concept du banzo : une maladie politique et historique
Le banzo — ce mot qui donne son titre au film — désigne un état de tristesse mortelle observé historiquement au Brésil chez les esclaves nés en Afrique. Une forme extrême de mal du pays qui pousse ceux qui en souffrent à cesser de s'alimenter, à dépérir, à mourir. Ce n'est pas une pathologie individuelle, mais le symptôme d'un système qui détruit méthodiquement des vies humaines. Le film explore cette dimension politique avec une précision clinique, sans jamais sombrer dans le misérabilisme.
Les racines historiques d'une mémoire refoulée
Margarida Cardoso s'est appuyée sur des archives coloniales portugaises pour reconstituer ce phénomène. Elle y a découvert des rapports médicaux, des photographies, des lettres de médecins de plantation qui décrivaient le banzo comme une « maladie du pays ». Ces documents, elle les a intégrés dans la trame du film, mêlant fiction et réalité documentaire. Le résultat est une œuvre qui ne se contente pas de raconter une histoire : elle restitue une mémoire longtemps tue.
Afonso, le médecin face à l'indicible : les corps « infectés » par le mal du pays
Le docteur Afonso, interprété par Carloto Cotta, débarque du Congo belge pour prendre son poste de médecin de plantation. Il a déjà vu l'horreur coloniale, mais rien ne l'a préparé à ce qu'il découvre. Les corps des « servants » sont vidés de leur énergie, frappés d'une « fièvre calme », comme l'écrit Libération dans sa critique du film. Afonso diagnostique une « nostalgie aiguë » dans ses rapports expédiés à Lisbonne — des rapports qui resteront sans réponse.
Le combat intérieur d'un homme de science
Le personnage vacille entre sa formation médicale occidentale, qui cherche une cause organique, et l'évidence d'un mal politique. Il comprend peu à peu que le banzo n'est pas une pathologie individuelle : c'est le symptôme d'un système qui détruit méthodiquement des vies humaines. Son impuissance devient le moteur dramatique du film. Chaque plan sur son visage, chaque silence entre deux visites aux malades, dit l'échec de la science face à la violence de l'histoire.
Les rapports expédiés à Lisbonne en pure perte
Les scènes où Afonso rédige ses rapports sont parmi les plus poignantes du film. On le voit écrire, raturer, recommencer, conscient que ses mots ne changeront rien. Les autorités coloniales à Lisbonne ne répondent pas. Les propriétaires de la plantation ne veulent pas entendre parler d'une « maladie » qui ralentit la production de cacao. Le docteur se retrouve seul, confronté à l'absurdité d'un système qui préfère nier la souffrance plutôt que d'y remédier.
Sous les déluges tropicaux : l'ambiance calfeutrée d'un empire qui s'effondre
La mise en scène de Margarida Cardoso est un personnage à part entière. La lumière tamisée, les déluges tropicaux qui noient les paysages, les intérieurs sombres des bâtiments coloniaux : tout concourt à créer une atmosphère étouffante, presque claustrophobe. Le spectateur est pris dans cette moiteur, dans cette lenteur qui dit l'épuisement des corps et des âmes.
Le travail primé du directeur de la photographie
Le travail du directeur de la photographie, primé aux Sophia, mérite une mention spéciale. Les plans larges sur la plantation, les travellings dans les champs de cacao, les gros plans sur les visages des esclaves : chaque image porte une charge émotionnelle qui ne doit rien au pathos. Le film ne montre pas la violence de façon explicite. Il la suggère, la laisse affleurer sous la surface des dialogues et des regards. « Un râle du pays », écrivait Libération à sa sortie. Une respiration coupée, un souffle qui manque.
Des décors qui reconstituent l'univers des plantations
Les décors, également récompensés, reconstituent avec une précision d'orfèvre l'univers des plantations du début du siècle dernier. Les bâtiments, les meubles, les objets du quotidien : tout a été pensé pour immerger le spectateur dans ce monde révolu mais dont les cicatrices sont encore visibles. Le film ne cherche pas le pittoresque. Il cherche la vérité d'un lieu et d'une époque. Chaque détail — la rouille sur les outils, la moisissure sur les murs, la poussière sur les meubles — raconte l'usure d'un système colonial à bout de souffle.
Carloto Cotta et Cirila Bossuet : les visages du drame colonial qui ont conquis l'Académie
Le casting de Banzo est l'une des raisons de son succès. Deux acteurs, en particulier, ont marqué les esprits et les votes de l'Académie Portugaise du Cinéma. Leur jeu nuancé a porté le film vers des sommets d'émotion rarement atteints dans le cinéma portugais contemporain.
Carloto Cotta (Afonso), le docteur fragile pris dans l'engrenage colonial
Carloto Cotta n'est pas un inconnu pour les amateurs de cinéma portugais. Visage magnétique des films de Miguel Gomes et João Pedro Rodrigues, il apporte à Afonso une fragilité qui rend le personnage immédiatement attachant. Son jeu est tout en retenue : pas de grands gestes, pas de tirades emphatiques. C'est dans les silences, dans les regards perdus, dans les hésitations que se lit le drame intérieur de ce médecin qui se découvre complice malgré lui du système qu'il est censé soigner.
Cotta porte le film sur ses épaules pendant deux heures. Chaque scène est un combat entre son empathie grandissante pour les esclaves et son impuissance à changer leur sort. La scène où il tente de persuader le gérant de la plantation d'améliorer les conditions de vie des « servants » est un modèle de tension contenue. On voit dans ses yeux la colère, la honte, et finalement la résignation.
Cirila Bossuet sacrée meilleure actrice dans un second rôle : à 19 ans, la révélation de Banzo
La grande surprise de la cérémonie, c'est elle. Cirila Bossuet, dix-neuf ans, repart avec le Sophia de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle pour son interprétation de Guilhermina, une jeune esclave dont le corps et l'esprit sont rongés par le banzo. Sa prestation est d'une intensité rare. Elle incarne cette lente disparition, cette absence progressive qui est au cœur du film.
Le symbole est fort : une comédienne noire récompensée pour avoir incarné une esclave dans un film portugais qui brise le silence colonial. Dans un pays où les acteurs noirs restent sous-représentés au cinéma, cette distinction a une portée politique évidente. Bossuet, qui n'en est qu'à ses débuts, a su toucher l'Académie par la justesse de son jeu. Son visage, ses yeux, sa manière de se fondre dans le décor disent plus que tous les dialogues.
Margarida Cardoso, réalisatrice de Banzo : des archives coloniales au triomphe aux Sophia
Margarida Cardoso n'en est pas à son premier film sur la mémoire coloniale. Sa filmographie, marquée par des œuvres comme A Costa dos Murmúrios (2004) ou Yvone Kane (2014), explore depuis vingt ans les traces laissées par l'empire portugais en Afrique. Avec Banzo, elle franchit un cap : celui de la reconnaissance nationale et internationale.
Réparer l'histoire par l'image : la démarche documentaire et artistique de Cardoso
La réalisatrice a passé plusieurs années à fouiller les archives coloniales portugaises. Elle y a découvert des rapports médicaux, des photographies, des lettres de médecins de plantation qui décrivaient le banzo comme une « maladie du pays ». Ces documents, elle les a intégrés dans la trame du film, mêlant fiction et réalité documentaire.
Son approche est celle d'une archéologue du regard. Elle ne cherche pas à reconstituer l'histoire de façon spectaculaire. Elle préfère la suggestion, le hors-champ, ce qui se devine entre les plans. Le Sophia du Meilleur Scénario Original récompense cette écriture précise, qui dit l'indicible sans jamais tomber dans le manichéisme. Le Sophia de la Meilleure Réalisatrice salue une mise en scène qui fait confiance au spectateur, qui lui laisse de l'espace pour ressentir et réfléchir.
« Donner une voix aux histoires violentes qu'on a réduites au silence », disait Cardoso dans son discours. C'est exactement ce qu'elle fait : non pas en parlant à la place des esclaves, mais en créant les conditions pour que leur présence, leur souffrance, leur humanité deviennent sensibles à l'écran.
Une coproduction franco-luso-néerlandaise : pourquoi ce film porte une ambition européenne
Banzo est une coproduction entre la France, le Portugal et les Pays-Bas. Ce modèle de financement, courant dans le cinéma d'auteur européen, a permis au film de voir le jour avec des moyens qui dépassent ce qu'un seul pays aurait pu lui offrir. La France, via ses fonds de soutien et ses coproducteurs, a apporté une part significative du budget. Les Pays-Bas ont contribué à la postproduction.
Cette dimension européenne n'est pas anecdotique. Elle explique pourquoi Banzo a pu bénéficier d'une distribution plus large que la moyenne des films portugais. Elle explique aussi pourquoi le film a été sélectionné dans des festivals internationaux comme Karlovy Vary, IndieLisboa ou Camerimage. Le cinéma portugais, malgré sa richesse, reste fragile économiquement. Les coproductions sont souvent la seule voie pour que des films exigeants comme Banzo existent.
Pourquoi Banzo a été choisi pour représenter le Portugal aux Oscars 2026 (même sans nomination)
Avant même son triomphe aux Sophia, Banzo avait été sélectionné par l'Academia Portuguesa pour représenter le Portugal à la 98e cérémonie des Oscars, dans la catégorie du Meilleur Film International. Une consécration en soi. Mais le film n'a pas été nominé. Ce paradoxe mérite qu'on s'y attarde.
44 ans de vaches maigres : le Portugal n'a jamais eu de nomination aux Oscars
Le Portugal soumet des films à l'Oscar du Meilleur Film International depuis 1980. Quarante-deux films ont été proposés. Zéro nomination. C'est le record mondial du plus grand nombre de soumissions sans jamais figurer dans la shortlist finale. Banzo n'a pas brisé la malédiction, mais il a été choisi par un jury compétent, et c'est déjà une marque de reconnaissance.
Les raisons de cette absence aux Oscars sont multiples. Le cinéma portugais reste peu connu du grand public international. Ses films, souvent exigeants et lents, peinent à séduire les votants de l'Académie américaine, qui privilégient des récits plus accessibles. Banzo, avec son rythme contemplatif et son sujet douloureux, n'avait sans doute pas le profil pour percer. Mais cela n'enlève rien à sa qualité.
Sur la bataille des Oscars 2026, le Portugal n'était pas le seul pays à espérer une première nomination. Mais le choix de Banzo comme candidat officiel montre que l'Academia Portugaise croit en la force de ce film. Et les dix Sophia Awards viennent confirmer ce choix.
Les Sophia Awards, un tremplin pour l'export du cinéma portugais ?
Les Sophia Awards sont-ils simplement une récompense nationale, ou peuvent-ils servir de tremplin pour l'export ? La question se pose avec acuité pour Banzo. Le film a déjà été présenté dans plusieurs festivals internationaux : Karlovy Vary, IndieLisboa, Camerimage. Il a reçu un accueil critique favorable, mais son box-office international reste modeste.
Comparé à d'autres films portugais qui ont connu une carrière à l'étranger — comme Tabou de Miguel Gomes ou L'Étrange Affaire Angélica de Manoel de Oliveira —, Banzo a bénéficié d'une visibilité certaine grâce à sa coproduction européenne. Mais le chemin est encore long pour que le cinéma portugais trouve sa place sur la scène mondiale. Les Sophia Awards, en attirant l'attention des distributeurs et des programmateurs de festivals, peuvent y contribuer. Mais ils ne suffisent pas.
Où voir Banzo en France ? Critiques, notes et box-office d'un phénomène
Pour le public français, la question pratique se pose : comment voir ce film dont tout le monde parle ? Les réponses sont multiples, selon votre accès aux plateformes et aux salles.
6.8 sur IMDB : que valent les retours des spectateurs sur Banzo ?
Sur IMDB, Banzo affiche une note de 6.8 sur 10. Un score solide, mais pas stratosphérique. Les commentaires des spectateurs sont partagés : beaucoup saluent la beauté formelle du film, la qualité de la photographie, la performance des acteurs. D'autres regrettent une certaine lenteur, un rythme contemplatif qui peut rebuter ceux qui s'attendent à un drame historique plus dynamique.
Aucune note Rotten Tomatoes n'est disponible, faute d'un nombre suffisant de critiques internationales. En France, le film n'a pas encore fait l'objet d'une large couverture médiatique. Les festivaliers qui l'ont vu à IndieLisboa ou à Karlovy Vary en gardent un souvenir marquant. Mais le bouche-à-oreille reste limité.
Sortie portugaise et festivals : Banzo dans le top 10 des films les plus vus en 2025
Au Portugal, Banzo est sorti en salles le 23 janvier 2025. Il s'est classé 9e des films portugais les plus vus de l'année, selon les chiffres de l'Instituto do Cinema e do Audiovisual (ICA). Un score honorable pour un film d'auteur, mais qui reste loin des blockbusters américains ou des comédies populaires locales.
En France, la sortie en salles n'a pas été large. Le film a été présenté dans quelques cinémas d'art et d'essai, principalement à Paris et dans les grandes villes. Il est également disponible sur certaines plateformes VOD — à vérifier selon votre fournisseur d'accès. Pour les amateurs de cinéma exigeant, c'est une occasion à ne pas manquer. Le film mérite d'être vu sur grand écran, pour apprécier la photographie et les décors qui ont valu à Banzo ses Sophia Awards.
Banzo, bien plus qu'un vainqueur des Sophia : le film qui réveille la mémoire coloniale portugaise
Banzo n'est pas seulement un film récompensé. C'est un film nécessaire. En remportant dix Sophia Awards, il a imposé dans le débat public portugais une question que le pays préfère souvent éviter : celle de son passé esclavagiste et colonial. Le banzo, cette nostalgie mortelle qui tuait les esclaves arrachés à leur terre, devient sous la caméra de Margarida Cardoso le symbole d'une mémoire refoulée.
Le paradoxe est frappant : un film qui triomphe nationalement mais reste ignoré par l'Académie des Oscars. Comme si le Portugal lui-même n'arrivait pas à faire entendre sa voix sur la scène internationale. Mais les dix Sophia Awards sont une réponse claire : le cinéma portugais existe, il est vivant, et il a quelque chose à dire.
Pour le public français, Banzo offre une plongée dans une page méconnue de l'histoire lusophone. Celle de l'esclavage dans les plantations de cacao, celle de la complicité des élites coloniales, celle des corps brisés par un système qui n'a pas disparu avec l'abolition officielle. Le film de Cardoso ne donne pas de leçons. Il montre, il suggère, il laisse le spectateur face à ses propres questions.
Et c'est peut-être là sa plus grande force. Dans un monde où les mémoires coloniales sont encore douloureuses, où les récits officiels peinent à faire place aux voix des dominés, Banzo ouvre un espace de réflexion. Il rappelle que le cinéma peut être autre chose qu'un divertissement : un outil de connaissance, un miroir tendu à l'histoire, une manière de réparer, par l'image, ce que les mots ont trop longtemps tu.
Le triomphe aux Sophia Awards 2026 est mérité. Il récompense un travail de longue haleine, une vision artistique cohérente, et surtout un courage politique rare. Margarida Cardoso et son équipe peuvent être fières : elles ont donné une voix à ceux qui n'en avaient pas. Et cette voix, portée par dix statuettes, continuera de résonner bien après la fin de la cérémonie.