
« Dis-toi que le paradis, c'est ici et maintenant. » C'est un peu ce que Tonie Marshall essaie confusément de nous dire. Courir après le passé, c'est laisser la fleur de l'âge se faner. Fanette était la plus belle, la « Reine du bal » ; tous les hommes la désiraient, l'aimaient à la folie. Mais elle, sur son piédestal, froide comme la pierre, a cru que ça durerait toujours et qu'elle pourrait à jamais rester dans sa tour d'ivoire. Le temps s'est égrené et celui des regrets est arrivé. L'amour, elle l'a laissé passer et court toujours après.
Pour le rattraper, elle va voir et revoir Elle et Lui (An Affair to Remember), vieux film de Leo McCarey. Elle se souvient alors du moment où ils étaient ensemble, elle et lui justement, à regarder ce grand mélo. L'histoire de Cary Grant et de Deborah Kerr, c'est un peu la sienne à présent. Comme eux, elle a loupé le coche. Mais ce qui lui manque, c'est le happy end.
Une quête d'amour sur les traces d'un classique hollywoodien
C'est au détour d'un cinéma de quartier qu'elle espère trouver l'heureux dénouement et revoit l'ombre de « l'homme au costume gris ». La réalité est là, l'homme n'y est plus. Pourtant, de curieuses coïncidences — comme cette lettre qui lui donne rendez-vous en haut de l'Empire State Building — l'amènent à penser que la fiction va devenir réalité. Comme Deborah et Cary, elle et lui vont se retrouver.
Tout semble cousu de fil blanc. Elle va vivre le remake d'Elle et Lui. Mais les choses sont souvent plus compliquées dans la « vraie vie »… même si on est encore dans un film ! La vraie vie de Fanette va prendre d'autres directions. Je ne raconte pas la suite.
Une mise en scène qui perd le spectateur
Bon, ça a l'air à peu près simple comme ça. C'est une histoire d'amour. Mais la mise en scène complique les choses à mon sens. D'abord, parce que pour Tonie Marshall, il semble évident que tout le monde a vu Elle et Lui. Même s'il y a des extraits du film, ceux qui ne l'auront pas vu se demanderont peut-être : c'est quoi ce trip de se donner rendez-vous en haut de l'Empire State Building ?
Ensuite, la réalisatrice essaie de jouer sur les non-dits, mais à force de ne pas en dire assez, on est un peu perdu et il nous manque des morceaux du puzzle. Curieusement, le film reste bavard. Ce qui est dit n'est donc pas ce qui aide à faire avancer l'intrigue, un peu trop elliptique à mon goût. Des scènes inutiles, d'autres absentes font que ça devient un peu le bazar. C'est dommage parce que l'histoire devient artificielle et plaquée. Les scènes qui se voudraient oniriques sont plates. Pour schématiser, on reste dans une réalité artificielle.
Des personnages secondaires sous-exploités
Personnellement, je suis restée sur ma faim parce qu'il y a tout un tas de personnages secondaires, comme celui d'Hélène Fillières (la fille de Catherine Deneuve dans le film), qui sont très intéressants mais pas du tout exploités. Au lieu d'enrichir l'histoire, ils nous entraînent vers des sentiers ensuite abandonnés. On se dit : mais qu'est-ce qu'ils font là ? Quel rôle vont-ils jouer par la suite ? Aucun, c'est bien là que le bât blesse.
La froideur légendaire de Mademoiselle Catherine Deneuve, toujours aussi belle il est vrai, et les problèmes de doublage (ou de jeu ?) de William Hurt, malheureusement visibles à l'écran, accentuent la distance avec le spectateur. Là, on est vraiment en dehors du coup.
Un décor canadien pour un rêve américain
Enfin, les scènes censées se passer sur la Côte Est des États-Unis ont été tournées au Canada, principalement à Montréal. Vous me direz : qu'est-ce que ça peut faire ? Ce ne sera pas le premier film à utiliser ce genre de subterfuges. Catherine Deneuve et William Hurt pourraient tout aussi bien être en Belgique tant on est loin des paysages et des ambiances à l'américaine. Voilà le problème !
Quand Wim Wenders part à Paris, Texas, on est au plus près de la réalité ou du mythe américain. Mais quand Madame Deneuve from Paris, France va faire un tour à New York, on a le sentiment de se balader en Europe. C'est magique : tous les Américains parlent français… Si ça pouvait être vrai, qu'est-ce qu'on serait contents ! Les Américains sont sympas, ouverts, entonnent en chœur des chansons dans des restaurants chics… Si ça pouvait être vrai ! C'est ça le rêve américain. Dans les films américains, ça fonctionne. Mais là, Tonie Marshall n'arrive pas à nous en convaincre. Les scènes qui se veulent « typiquement américaines » détonnent, elles font « cliché ».
Un hommage au cinéma classique
Mais il faut reconnaître un certain charme à ce film qui rend hommage à celui de Leo McCarey (je vous conseille vivement de voir ce grand classique). J'en profite pour vous en recommander un autre qui avait réussi avec brio à exprimer le mélange entre cinéma et réalité : vous l'avez peut-être déjà vu, il s'agit de La Rose Pourpre du Caire de Woody Allen.
Le cinéma Mac-Mahon : un lieu mythique
Et puis, j'aime beaucoup le cinéma où ont été tournées certaines séquences : le Mac-Mahon. Il est à Paris, dans le 17ème arrondissement (près de la place de l'Étoile). On avait la chance jusqu'à pas très longtemps de pouvoir voir et revoir des vieux classiques hollywoodiens. La programmation a un peu changé, c'est dommage aussi…
Ce serait bien qu'il y ait un happy end pour ce cinéma qui s'enfonce faute d'une bonne programmation. En tout cas, moi je suis contente puisque j'ai pu assister aux scènes qui y ont été tournées.
Fans de Catherine Deneuve, dites-vous qu'elle est venue, a fumé, a respiré dans cette salle, et puis elle s'est assise dans ses fauteuils… C'est aussi ça qui fait l'âme d'un cinéma. Catherine Deneuve, un « monstre sacré » de plus à être passée dans ce cinéma.