Prêt en bulle
Tout d'abord, il est important de signaler qu'il existe plusieurs ramifications du teen-movie, comme les thrillers (Sex Intentions) ou les films d'horreur (tout un tas, à commencer par Scream). Mon texte traitera surtout de ce que je considère comme la plus pure expression du genre : la comédie. Simplement parce que le teen-movie a débuté ainsi et que c'est 100% teen-moviesque à l'intérieur — et ça se voit à l'extérieur — contrairement aux autres genres qui piochent un peu partout.
Comment reconnaître un teen-movie ?

Les titres à la française : perles et simplifications
Le teen-movie se passe aux USA, il est donc anglophone. C'est pour cette raison que les traducteurs pour la VF se sentent souvent obligés de transformer le titre, toujours dans la langue de Shakespeare. Une aubaine pour nous, cons d'adolescents que nous sommes, car nous avons droit à une super simplification afin que tout le monde comprenne de quoi ça parle. Ainsi, nous avons quelques perles comme American Girls (titre VO : Bring It On!). Vous supposez donc que ça va traiter de « filles américaines » — wouah, avec ça vous avez tout compris du film. Et quand ils décident de traduire en français, je ne vous raconte pas.
Non, j'ai dit je vous raconte pas.
La réalisation n'a pas besoin d'être évoquée non plus : le boulot est donné à de gros tâcherons qui se contentent du strict minimum. De toutes façons, les jeunes, dès que ça bouge un peu ils sont contents. Enfin, c'est ce qu'aimeraient nous faire croire les producteurs de ce genre de films. Dommage : une esthétique moins miséreuse rendrait peut-être plus crédible ce genre qui reçoit des notes de critiques inversement proportionnelles aux recettes engendrées.
Le langage : vulgaire et assumé
Autant vous le dire tout de suite, l'appellation teen n'est pas galvaudée : ce film s'adresse intégralement, exclusivement, entièrement et indubitablement aux jeunes en période pubertaire. Les autres catégories d'âge risqueraient de faire un rejet violent. L'élévation spirituelle des sujets traités dans un teen-movie ne dépasse pas celle de la tranche d'un ticket de cinéma, mais comme nous le verrons, c'est le désintérêt qui justifie son intérêt.
Le teen-movie parle souvent de cul, ou alors il ne peut pas s'appeler teen-movie. Après, cela dépend si on en fait le sujet principal du film ou pas (c'est préférable, il n'y a rien de plus vendeur que le cul). Donc ne vous étonnez pas si l'évocation de la réalité sexuelle est très explicite dans ce genre de film. J'entends déjà les détracteurs : « Bouh, c'est vulgaire, aucune finesse, meuh ! » Alors que nous les jeunes, la plupart du temps entre nous, on parle de cul comme ça. Ne nie pas, toi au fond là ! C'en est presque réaliste. Au lieu de « Mes sens énamourés frémissent devant cette beauté d'une pureté cristalline », on a le droit à un « Holy shit ! This chick is fucking hot, look at this cute ass! » (en VO pour pas shocked les âmes sensibles). Ça a quand même plus de gueule, non ?
On aborde ainsi le premier point du pourquoi-ils-aiment-les-teen-movies-ces-idiots : parce que d'une certaine manière, ça leur ressemble, et c'est plutôt réaliste quoiqu'on en dise. Les jeunes parlent comme des charretiers et de façon sub-ceinturienne. Ne sous-estimons pas ce pouvoir de catharsis dans notre société pincée du cul et remplie de tabous : les jeunes ne sont pas si cons. Ils ne rient pas en entendant bite parce que c'est marrant en soi (sinon on peut dire qu'ils sont vraiment cons, oui), mais parce que c'est un mot banni des échanges verbaux extra-amicaux. L'entendre en Dolby Digital 487521.1 DTC sur grand écran, ça a quelque chose de jouissif. Bite de couilles !
C'est également valable pour tous les gags au premier degré d'un teen-movie : on montre l'immontraible, c'est cradingue, scatologique, vulgaire et totalement improbable. Et nous les jeunes, qui avons pris soin de déposer notre bien-pensance et notre balai rectal dans les bacs prévus à cet effet, puis de régler notre incrémentaiton humoristique sur un cran plus élevé que 2° avant d'entrer dans la salle, eh bien ça nous fait rire ! Parce que c'est con, totalement assumé, et de plus en plus inventif au fil des nouveaux teen-movies. Le fait de se masturber avec une tarte aux pommes paraît inconcevable, déplacé et franchement crétin. Cependant, cela nous rappelle étrangement nous : le fait qu'on ait parfois des idées débiles inavouables, absurdes mais intriguantes. Néanmoins, toutes proportions gardées, et puis on passe rarement à l'acte.
Deuxième point positif pour le teen-movie : c'est un gros « fuck » au politiquement correct, à la bien-pensance et au soi-disant « bon goût ». Bref, tous ces trucs limitant la véritable liberté d'expression, renforçant l'hypocrisie et bridant la créativité au nom du « respect de la personne ». Fuck off. C'est jouissif de voir enfin un film qui est volontiers phallocrate, empli de méchanceté gratuite envers les rejetés sociaux, et qui n'est pas porteur de messages paquebots de tolérance et de respect. Ça devient tellement rare, les films qui ne s'entichent pas d'un humanisme pop-corn facile à mâcher pour spectateurs attardés. Essayez de renâcler n'importe quel film anti-raciste de base tel que American History X : cela paraîtra inconcevable pour beaucoup qu'on puisse critiquer un film à l'idéologie si saine.
À nuancer cependant, car malgré ses effets corrosifs, le teen-movie se finit souvent par une éclaboussure de guimauve fourrée aux bons sentiments, digne des pires happy ends de l'histoire du cinéma américain.
Le décor : le lycée américain et ses codes
Le jeune du teen-movie vit toujours chez ses parents. Souvent fils unique, il dispose de tout le confort possible. On l'observe souvent entouré d'une grande concentration d'êtres semblables à lui dans un endroit spécialement réservé à leur rassemblement : le lycée. J'ai entendu dire par des sources sûres que ce serait un endroit d'apprentissage destiné à former les jeunes pour qu'ils puissent sortir enfin de leur vie inactive de merde de sales cons d'alcooliques drogués d'inculture (mais on dit « rentrer dans la vie active », c'est plus joli). Seulement les couloirs semblent être plus usités que les salles de cours qui, elles, sont reléguées à des bavardages inter-pupitres. Normal : un film n'est pas censé rappeler le chiantisme de notre vie (même si certains cinéastes sadiques prennent un malin plaisir à le faire, ce qui ravit les critiques masochistes, mais le public déserte les salles obscures). Donc on zappe la majorité de ce qui se passe dans un lycée.
Les jeunes bavardent en classe, la sonnerie retentit, ils se cassent. Ils déambulent dans les couloirs et parlent de leurs déboires. Que vont-ils faire pendant les vacances de printemps ? C'est ce qui se passe dans leur tête pendant qu'ils traversent cette pelouse verte du campus. L'un est parti faire ses affaires dans sa chambre universitaire. Forcément, sur le chemin il rencontre quelqu'un. Celui-ci l'invite à une fête pour s'en mettre plein la tête. Content, il rentre chez lui retrouvant sa chambre, son amie. Il allume la télé et regarde un teen-movie. CUT. Le punk rock détone, la bière coule à flot, la caméra se faufile entre les figurants puis s'arrête devant les protagonistes qui matent comme des porcs les donzelles qui ont envahi cette grande maison de banlieue américaine. C'est un avant-goût du bal de fin d'année où chacun est stressé pour trouver une cavalière et se faire accompagner, mais ce qu'ils espèrent secrètement, c'est qu'ils pourront se la tringler.
Un teen-movie est une petite fenêtre sur une génération de jeunes Américains. Il est à recommander à n'importe quel anti-américain primaire, car c'est mieux de se renseigner sur un sujet qu'on aime aborder. L'aspect sociologique est indéniable : c'est une représentation d'une certaine jeunesse mise sur pellicule, très utile plus tard pour les jeunologues. Enfin, représentatif, faut peut-être pas exagérer sinon on passerait globalement pour des cons, ce qu'on n'est pas du tout, n'est-ce pas ? D'ailleurs, personne ne va voir les teen-movies, c'est bien connu.

Les personnages : archétypes du lycée américain
Comme j'arrive pas à trouver une putain de transition sensée être drôle, je vais parler tout de suite des personnages. Tout d'abord le personnage principal, qui est un loser. Pas le pire des losers pour qu'il puisse se réconforter, mais loin d'être un Don Juan, qui lui se cache parmi ses pseudo-amis. En gros, c'est nous : pas totalement nous pour qu'on puisse rire de lui, mais assez nous pour qu'on puisse s'y attacher. Et s'il ne suffit pas pour nous, il est souvent accompagné de copains hétérogènes pour trouver chaussure à notre pied en termes d'identification.
Je parlais du Don Juan justement. Il est absolument odieux et pourtant on l'adore parce que c'est un winner qui contraste bien avec les protagonistes. Mais on ne le laisse pas indemne non plus, sinon on trouverait ça dégueulasse. L'inoubliable Stifler dans la trilogie American Pie est le meilleur Don Juan teen-moviesque que je connaisse.
Pour que le Don Juan roule les mécaniques, il lui faut une tripotée de nanas sous la main. Inutile de vous dire que c'est un des principaux attraits du teen-movie : des filles en pagaille qui feraient saliver un brûlé au 3ème degré. Ce sont les éternels objets convoités, le complément de ces hommes, et souvent le sujet central des teen-movies. Naïade inaccessible ou laideron souffre-douleur, garce, nympho, sainte-nitouche, comères... Elles sont protéiformes et suscitent l'incompréhension chez la gente masculine.
Ces mecs, tombeurs, geeks, punks, et j'en passe, sont généralement détenteurs de l'histoire mais également des pires conneries du teen-movie. Leur présence est synonyme de cul, de merde et de rire. Cette description des personnages est limitée ? Regardez donc Sex Academy (l'affiche au moins), qui caricature à merveille des personnages de teen-movie déjà bien stéréotypés.
Cette pléthore de personnages dresse une belle représentation du social adolescent : une caste qui domine le lycée, essentiellement composée de beaux gosses (généralement de type sportif violent) et de bonnes meufs (généralement de type pom-pom girls), méprisent de nombreuses personnes se situant en dessous d'eux, qui elles aspirent à devenir « cool » comme eux. En bas du système, nous avons les losers : composés essentiellement de geeks et de nerds d'un goût vestimentaire douteux (du style chemise ringarde à carreaux, lunettes de vue maous et sale gueule de surcroît). Ce sont les persécutés de la « haute », qu'on ne plaint même pas tellement ils sont nuls. Même les protagonistes s'en donnent à cœur joie, car personne ne se soucie de ce que peuvent ressentir ces choses bizarres. Évidemment, dans un teen-movie c'est bête et méchant, mais abordé sous l'angle de la rigolade. La réalité est moins drôle : il ne faut pas s'étonner que des gens en apparence calmes et sans histoire s'exercent au tir au pigeon dans les couloirs d'un lycée pour ensuite se donner la mort. Il se fera ensuite taxer d'adorateur d'Hitler à titre posthume par les médias pour éviter l'affreuse vérité : sa tronche revenait pas à certains encasquettés, on lui a craché dessus. C'est le mollard qui fait déborder le vase. Il a facilement trouvé un flingue et a fait sauter la cervelle à ses « camarades ».
Sous des aspects légers et inconscients, la charge est plutôt forte contre cette jungle bahuesque où la loi du plus fort règne plus que jamais. Les teen-movies sont les meilleures satires lycéennes. Ce sont elles qui dénoncent le mieux l'infâme système de réputation, de popularité et de suicide social. Bien qu'il faille nuancer encore une fois : le trop grand usage de clichés nuit à cette portée critique. Prenons une sale pouffe (avec des gants, c'est hystérique ces choses-là). Quand elle va voir un teen-movie, elle va rire des pouffes à l'écran en se disant « Ahah les putes, heureusement que je suis pas comme ça, MOI ». Mais si ! Connasse ! T'es une pouffe qui s'ignore. Seulement voilà, outre l'indéniable fait que tu te maquilles à la truelle, que tu ne fais aucun effort intellectuel et que tes amis te sont semblables, tu as quand même, hélas, une petite part de personnalité propre qui t'empêche de te reconnaître dans la caricature. Et donc tu ne connaîtras pas l'immonde sentiment du « Merde je suis conne en fait » qui te ferait changer.

L'intrigue : scénarios simples et efficaces
Le scénario d'un teen-movie est absolument insignifiant. Il se résume à ce que doit globalement faire un film : faire évoluer des personnages dans un certain milieu et les confronter à certains problèmes auxquels ils trouveront certaines résolutions à la fin. Évidemment, il faut combler les trous : c'est pourquoi on multipliera les scènes au premier degré, généralement scato et sexuelles, parfois les deux.
En vrac, les trames peuvent être : le héros a un problème avec sa girlfriend, le héros et ses amis se lancent un défi idiot, le héros a des emmerdes, le héros est heureux. Certains scénaristes ne font pas les cons et savent très bien que ce qu'ils ont à fournir est une histoire multi-personnage avec un prédominant (ze hero) et des trames secondaires (zi friends of ze hero), mais qui sert de base à des sketches censés soulever l'euphorie du spectateur. Cependant, il arrive que le scénariste prenne son boulot au sérieux et étende l'étendue de son talent, équivalente à la superficie du Vatican vis-à-vis de la Terre.
—— Intermède culturel qui colle bien dans l'actualité en plus ——
Le Vatican est le dernier régime totalitaire d'Europe. Le dictateur possède le titre de « Pape » et dispose de tous les pouvoirs sur les 890 habitants (recensement de 2000, un de moins depuis) qui parsèment le territoire de 440m². Cela nous fait une densité de 2 habitants au mètre carré, ce qui est plutôt inconfortable, sauf si la personne partageant mon mètre est la sœur Monique Bellucci du couvent de Sainte Cléopâtre. Le taux de natalité est vraiment nul puisque la population est entièrement composée de gigolos en soutane qui prohibent la capote et l'IVG, en plus de ne jamais baiser ni engrosser.
Le résultat, qui est plus chié que pondu, est une histoire sentimentalo-niaiseuse de type hétérosexuelle qui passe à la trappe tous les gags rigolos. De plus, on ne parle presque pas de cul ! Un comble ! Autant vous le dire tout de suite, c'est la partie fangeuse du teen-movie à éviter comme la bouse. À titre d'exemple, Elle est trop bien fait partie de cette catégorie. Remarque, certains poussent le vice tellement loin qu'ils en deviennent drôles à leur insu. Faites donc gaffe, vous pourriez laisser passer un authentique nanar sentimental qui vaut son pesant de Kleenex. Par contre, ces fins heureuses sont faites pour nous rassurer : ça montre des choses fausses qu'on a envie de croire, comme celle que même le pire des losers pourra réussir à avoir une copine et gagner de l'assurance. C'est dans le même but pour toutes les scènes invraisemblables d'un teen-movie : nous faire fantasmer.

Pourquoi le teen-movie mérite qu'on le défende
C'est aussi ça, le plaisir des teen-movies : on ne sait jamais à quoi s'attendre, quelles limites vont être franchies, et surtout si le film va être bon. Soit on rit avec le film parce qu'il est vraiment drôle, soit on rit du film lui-même parce qu'il est pitoyable. Mais dans les deux cas on est ravi, alors pourquoi s'en priver ? Pourquoi faire la fine bouche néo-péteuse et s'offusquer dignement d'une vanité cinéphilique latente contre la diarrhée d'images infectes pour nos cerveaux fragiles adeptes du bon goût ? J'échangerai 100 galettes de silicium de L'Esquive (le pire film que j'aie vu depuis bien longtemps) contre n'importe quel émule d'American Pie, pourvu que ça me divertisse.
Faites-moi des scènes démago de filles à moitié nues sous une avalanche de punk rock, ça me plaît, ça flatte mon esprit critique qui comprend bien où on veut en venir. C'est le McDo du cinéma : certains désertent parce que c'est bonne conscience de faire ça et c'est chargé de symboles. D'autres y vont bouffer sans complexe tout en connaissant la merde qu'ils ingurgitent, et ils s'en carrent parce que ça leur plaît. Le meilleur des teen-movies est sans doute le pire, celui qui pratique la surenchère assumée, renfermant la flopée d'adjectifs utilisés par le spectateur frustré allant régurgiter son mécontentement sur AlloCiné. Il est con jusqu'au bout, dépourvu de morale, dégoulinant de mauvais goût. Regarder un teen-movie ne signifie pas que je suis con et scatophile. Cela signifie que je veux combler une certaine partie de mes besoins gustatifs que les autres films ne peuvent pas délivrer. Les films d'horreur me fournissent la peur, le gore rassasie mon appétit sanglant, l'action m'impressionne, un film sentimental m'émeut, le fantastique et la science-fiction franchissent mes barrières du rationnel, la comédie me donne de la joie. Et le teen-movie me fait simplement rire de différentes manières, me rappelant que je suis jeune, que j'ai toutes les tares du monde, et que j'en profite.
Références utilisées pour l'article (avec les titres en VO pour rigoler) :
- American Girls (Bring It On!)
- American Pie (American Pie)
- American Pie 2 (American Pie 2)
- American Pie : Marions-les ! (American Pie: The Wedding)
- Elle est trop bien (She's All That)
- Hey mec elle est où ma caisse ? (Dude, Where's My Car?)
- Lolita malgré moi (Mean Girls)
- Road Trip (Road Trip)
- Sex Academy (Not Another Teen Movie)
- Sexy Boys
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