Dans Abîmes (Below), film de David Twohy sorti en 2002, la peur ne vient pas seulement des coursives étroites de l'USS Tiger Shark. Elle naît surtout de ce que l'équipage - et le spectateur - ne peut ni voir ni comprendre entièrement. À bord, un bruit contre la coque peut annoncer une attaque ou une présence surnaturelle. Le sous-marin devient ainsi moins un simple décor clos qu'une machine à fabriquer le doute.

En pleine Seconde Guerre mondiale, le Tiger Shark recueille des survivants britanniques, puis doit faire face à la fois à la menace d'un destroyer allemand et à des événements étranges. Le film superpose donc deux dangers : l'un militaire, l'autre inexplicable. Le huis clos entretient leur confusion.
Des vues partielles, des bruits sans origine
À bord, les personnages n'observent pas directement l'océan : ils le scrutent à travers un périscope, des jumelles ou les instruments du sous-marin. Ces intermédiaires ne rassurent pas. Ils réduisent le champ de vision et rappellent que l'équipage dépend de machines susceptibles de faillir. La critique de DevilDead souligne ce jeu sur le regard : les cadrages rapides, les lumières et les rideaux laissent entrevoir sans toujours permettre de vérifier.
Le son produit une incertitude comparable. Des coups ou des frottements contre la coque semblent venir de l'extérieur, mais leur origine reste inaccessible. Le spectateur entend ce que les hommes entendent, sans disposer d'une vue qui expliquerait le bruit. Dans un espace où chacun dépend des autres pour interpréter les signes, la peur circule aussi vite que les informations.
Des couloirs qui cachent autant qu'ils montrent
La pénombre ne sert pas seulement à donner au film une allure inquiétante. Les éclairages partiels découpent les coursives et leurs occupants en fragments : une silhouette apparaît, un recoin demeure obscur, une porte peut dissimuler une menace. Le sous-marin ne révèle pas un espace entier ; il impose une succession de vues incomplètes.

Cette contrainte transforme les déplacements ordinaires en moments de tension. Il suffit qu'un personnage fouille une cabine ou s'avance dans un couloir pour que l'attention se porte sur ce qui pourrait surgir hors champ. La critique de DevilDead relève notamment une apparition dans une coursive, brève et troublante, où les sources lumineuses compliquent la lecture de l'image. Le malaise tient alors moins à ce qui est montré qu'à l'impossibilité d'en saisir tous les détails.
Le secret, autre forme de confinement
Attention, révélations sur l'intrigue. Peu à peu, le film déplace la menace : le mystère surnaturel renvoie aussi à la faute de l'équipage. Le Tiger Shark a coulé par erreur un navire-hôpital britannique, et des officiers ont tenté de dissimuler leur responsabilité. Le secret n'est donc pas seulement enfoui dans l'obscurité du sous-marin. Il enferme les personnages dans une histoire qu'ils ne peuvent plus éviter.
Cette dimension donne au décor une fonction morale. À la surface, on pourrait s'éloigner ; sous l'eau, l'équipage reste prisonnier du même espace et de la même version des faits. Le fantôme devient, dans cette lecture, moins une menace surgie de nulle part que le retour d'un passé que les hommes ont voulu étouffer.
Une tension que l'action ne maintient pas toujours
Le dispositif a ses limites. Lorsque les attaques et les incidents prennent le dessus, l'attention se déplace vers l'action et l'incertitude surnaturelle perd de sa force. DevilDead estime que le film finit par laisser de côté certains éléments inquiétants, tandis que la critique de Moria apprécie son atmosphère tout en jugeant son rythme parfois inégal. Ces réserves rappellent que l'étroitesse du décor ne suffit pas : pour faire peur, le film doit aussi préserver l'ambiguïté.
Dans ses meilleurs moments, Abîmes fait du sous-marin une prison perceptive : on ne sait pas ce qui rôde dehors, ce qui se cache dans un couloir, ni quelle version du passé croire. La peur tient moins au manque de place qu'au manque de certitude.