
Faire du sport sans boire : le défi absurde qui tourne au cauchemar
Et si vous en aviez marre que votre séance à la salle s’accompagne toujours des précautions draconiennes du bon petit pratiquant ? Deux paires de chaussures, deux serviettes, un cadenas pour le casier, et surtout la petite bouteille qui va bien. Halte, il est temps de s’indigner aussi des petites choses. N’hésitons pas à commencer par la plus infinitésimale : le tabou de l’eau ingurgitée durant une session sportive. Une goutte dans l’océan ? Qu’importe, nous avons testé pour vous un sevrage en règle.
Comment cette folle idée a germé
Comme les meilleures idées – qu’Einstein trépasse une deuxième fois si je mens –, celle-ci est née d’un concours de circonstances. J’étais persuadé d’avoir sorti la bouteille du frigo en préparant mon sac ce matin. Et puis, arrivé à la salle, ce fut la stupeur ! Enfer et damnation !
Pas de liquide à se mettre sous la langue. Deux options s’offraient à moi : un rapide aller-retour chez moi pour récupérer la précieuse bouteille de plastique, ou le déboursement d’un euro et dix centimes pour en extraire une du distributeur automatique. Je nageais entre deux eaux. Las, je refusai le premier choix par pragmatisme, un passage chez moi risquant de casser la dynamique de la journée. Je rejetai le second par principe : je donnais bien assez de sous à mon club pour négliger l’offrande de pourboires. Et puis à dire vrai, il ne me restait que ces infectes pièces de centimes rouges noirâtres dans le porte-monnaie et aucun distributeur respectable ne les tolère. « Maudit Euro tu nous tueras tous », pensai-je à voix basse, avant de dresser un parallèle avec ces élections où l’on nous explique que l’issue ne peut se jouer qu’entre deux voies principales.
Aujourd’hui, j’opterai pour la troisième voie : réaliser une séance entière sans absorber la moindre goutte d’eau. « Comment personne n’y avait pensé plus tôt ? Vive l’altermondialisme ! », parvins-je à me convaincre. Tel un Jacky Con énamouré de lui-même, je bombai le torse, comme un poisson dans l’eau, en direction de mon cher elliptique, simple exercice d’échauffement avant de véritablement envoyer du bois.
Les premiers avantages d’une séance sans eau
Dans les premières minutes, je ne relevai que des points positifs à ma judicieuse et subversive décision : fini l’obligation de ralentir le rythme de la marche au moment de prendre une gorgée, fini de devoir prendre cet air profond et détaché à la fois en se réhydratant, fini de reprendre en buvant les kilos éliminés en suant, fini de trimbaler sans cesse la bouteille d’une machine à l’autre.
Quand la sensation de soif devient incontrôlable
C’est alors qu’une désagréable sensation pâteuse vint investir ma bouche, un peu celle du réveil matinal quand on a omis de se brosser les dents avant de se coucher. Désagréable, mais supportable, cette gêne généra néanmoins en moi une réflexion : « Suis-je bête ? Je peux très bien boire une minute au lavabo entre deux exercices ! » Interrogation aussitôt suivie d’une réponse cinglante du même moi : « Non, je ne boirai pas ! Je ne boirai pas, j’ai dit ! » Devant tant d’arguments, le challenge ne pouvait que se poursuivre.
Direction les abdominaux et en premier lieu le mouvement de torture à réaliser debout, jambes placées sur une barre-balançoire. Je n’en menais pas large et salivais comme un toutou sachant l’heure du repas imminente. Or, ma libération était encore lointaine. Alors que je me dirigeais vers la deuxième phase des abdos, la planche, je croisai Wilson, mon « parrain » dans le milieu. À peine le temps d’échanger deux mots qu’il s’étonna de l’absence de bouteille d’eau à mes côtés : « Attention, faut pas rigoler avec ça ! Faut vraiment boire au fur et à mesure plutôt qu’un litre d’un coup à la fin. » J’acquiesçai mollement à ce Père-La-Vertu, mais je savais aussi que rien ne devait contrecarrer mes plans. Hors de question de céder à la pensée unique, quand bien même elle prendrait l’apparence d’un collègue. Non, je ne boirai pas, JE NE BOI-RAI PAS, point barre.
Déshydratation : les vrais effets sur la performance
Après avoir coupé court à cette intempestive discussion, étant de toute façon désormais incapable d’articuler un son distinctif, je me lançai, l’eau à la bouche, vers la zone de renforcement musculaire. Au programme, les épaules et les cuisses. Pas moins de trois appareils étaient consacrés à chacune de ces parties. Si mes jambes avaient toujours répondu présentes, trapèzes et rhomboïdes m’avaient trop souvent trahi pour envisager de battre des records aujourd’hui. Je n’excédai donc pas la charge habituelle de vingt kilos et entamai sereinement mes séries de quinze répétitions. Arf, je n’en ferais que dix après tout ! En cause, mon manque d’eau ? Que nenni, j’étais juste dans un jour sans.
M’envahissaient alors les discours maintes fois subis de savants docteurs : « Une perte de 1 % en eau représente une baisse de 10 % de vos capacités physiques. » Hum, comme par hasard ça tombe toujours sur des chiffres ronds leurs études, c’est sûr que ça sonnerait moins spectaculaire d’évoquer une perte de 7,4 %, il faut interpeller le quidam fana d’achats à moins de vingt euros, de préférence 19,99. Entre deux vertiges, je menais ma mission à bien. Les lobbys hydrauliques n’auraient pas raison de ma foi : JE NE BOI-RAI PAS.
La douche : l’épreuve fatale qui scelle la défaite
Ne restait qu’à affronter la tentation de la douche. Épreuve naïvement sous-estimée par mes soins, elle sonna le glas de mes ambitions. Est-ce le fait de voir ces litres se déverser sur mon corps ? Est-ce la vision de ces habitants du Sahara attendant désespérément la prochaine pluie ? J’ai craqué.
À l’abri des regards indiscrets, je propulsai le jet directement dans mon gosier. Je scellai ainsi ma défaite, cédant à ma prérogative sur le gong, tel un boxeur victime d’un K-O à la dernière reprise alors qu’une victoire aux points se profilait. Vais-je pour autant renoncer à tenter l’expérience ? Comptez là-dessus et buvez de l’eau !