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Si j'avais été une femme

Si j'avais été femme, aurais-je été prostituée ou princesse, avilie ou rehaussée ? Une exploration poétique des mille visages possibles de la féminité, entre fantasme et réalité.

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Si j'avais été femme, aurais-je été prostituée ou princesse ? Avilie par l'une, rehaussée par l'autre, ou tout simplement aurais-je été malléable, malicieuse, salope ou mielleuse ? Dans tous les cas, j'aurais plu et déplu, j'aurais eu mon territoire, mes chasses gardées, mes mues pour le temps et mes amants par la routine. Aurais-je été belle, laide, Paris ou Diana ?

Ou simplement, j'aurais été inconnue, à l'ombre de l'égocentrisme d'un mâle qui me ferait sienne. Peut-être rêverais-je de mariage, prison de quatre sous ; robe noire, gantée d'argent, sur tapis bordeaux, vers des prêtres passions, pour rejoindre un prince délicieusement immolé, par mes savants calculs, au pied d'un autel consacré par quelque ambiguïté.

Peut-être aurais-je été bonne à ne rien faire, sinon m'avachir dans mon canapé, me morfondre sur ma vaisselle, amoureuse de ma télé, ravie par « Venus et Apollon », émue aux larmes par Shakespeare et ses amours désespérées.

Peut-être serais-je sauvage, délicieuse, envoûtante, palette du désir, égoïstement charnelle, reine des oppressions mâles, femme objet divin, redoutable à souhait, éprise d'amants comme la houle de la violence. Câline, méduse, envoûtante, tranchante dans les pires fantasmes, de par les vices les plus inassouvis, impoliment vénale, mais toujours délicieuse, parfois même mystique, me jouant de la spiritualité féminine, tant méprisée.

Ou tout simplement, aurais-je été d'Harvard ? J'aurais fait du piano par mes rares ennuis, lu Socrate, Enguel et Proust, avec délectation. M'interdirais-je le chocolat et toutes les tentations sensuelles ? Rougirais-je par la grossièreté, me pâmerais-je devant les aveux d'un désir inconvenant et finirais-je, belle vestale, dans l'étroitesse d'un boudoir anonyme.

Dommage, je ne suis pas une femme. J'aurais aimé être tout cela à la fois, pour un inconnu. Je l'aurais fait, sans l'espoir d'un retour, juste pour lui appartenir, mais surtout pour le sceller... Et si cela s'avérait quelconque, j'aurais inventé d'autres femmes, avec d'autres secrets encore, pour paraître plutôt que d'être. Parce que les autres nous préfèrent enjoués, à leur image, selon leurs désirs... Ainsi, serait-ce drôle de feindre les exigences étrangères, sans qu'elles ne s'en doutent. C'est drôle, de s'imaginer femme.

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pacôme.martin
Pacôme Martin @pacôme.martin
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