
Lundi matin : 8h05, le début du cours de philo
À peine assis, chacun choisit la position la moins désagréable pour les deux heures de philosophie matinales, un peu comme pour les voyages en avion. Les gros sacs à dos servaient donc d'oreiller pour les uns, de haie pour ceux qui avaient quelque chose à cacher, tandis que les petits sacs se voulaient cales-dos.
Habitué, je m'appliquais à ralentir les battements de mon cœur afin de limiter au maximum mes dépenses d'énergie durant les 120 minutes (plus précisément les 7200 secondes) à suivre... Je pris donc de grandes bouffées d'oxygène, à intervalles de plus en plus espacés et, lorsque j'atteins un état somnolent quasi comateux, je me tournai discrètement vers mon voisin.
Quand l'ennui fait observer le moindre détail
Celui-ci avait une petite goutte de sueur qui entama lentement sa descente le long du front, sillonnant à travers les rides et jouant avec les boutons pleins de pus, avant de se réfugier dans ses sourcils broussailleux. Le temps d'une hésitation interminable, nul ne sut ce qui allait advenir de cette gouttelette ; rythmé par l'impitoyable tic-tac de nos montres, le suspense fut mordant. La goutte oscilla légèrement et sembla un instant pouvoir échapper à la loi de la gravité ! Soudain, elle se mit à glisser le long d'un poil brun et tomba dans une superbe chute libre pour exploser sur la table dans un subtil « Plof » qui me fit sourire. Que d'émotions en ce matin d'automne...
8h06 : quand le temps s'étire à l'infini
Lassé d'observer de tels phénomènes naturels, je pris alors un bout de papier et me mis à griffonner avec application, bien que dérangé dans mon expression artistique par le son trop grave et désagréable du cadavre enseignant ainsi que par les ronflements rauques et profonds de mes camarades qui en profitèrent pour allonger leurs nuits trop courtes. À ce moment, le cours était sûrement presque terminé. Imprudent, je jetai un œil anxieux et plein de sollicitude à ma montre...
Avant de sombrer dans une sombre dépression. Ô Malheur, Ô Destin, Ô Désespoir... Ô Satan, qu'ai-je donc fait pour mériter ça ?
Il était 8h06.