
À la page 168 du Grand Atlas Géographique de Nathan par J.-P. Belmondo, on trouve en plein milieu de la carte du Zimbabwe une question capable de turlupiner plus d'un homme sur cette vaste Terre : « Peut-on aimer les enfants ? » Inutile de poser la question quand il s'agit de ses propres enfants, puisque la loi française nous oblige à les aimer, les chérir et les éduquer jusqu'à ce que mort s'ensuive, et sans discussion s'il vous plaît... Mais qu'en est-il des enfants des autres ? Peut-on les aimer ? Attention, pas de mésentente : je ne parlerai en aucun cas dans cet article de pratiques aussi horribles que la pédophilie, le non-port du casque en scooter et l'achat de films de Steven Seagal... Non, quand je dis aimer, c'est apprécier sans aucune forme de pédophilie, d'engin à deux roues ou d'acteurs décérébrés... Bref, que du politiquement correct, n'allons pas nous égarer sur des chemins qui pourraient amener une certaine haine envers l'auteur, pourtant si innocent, si honnête, si juste...

Entrons dans le vif du sujet
(Chirurgien esthétique avant de pratiquer une liposuccion sur Maïté)
Avant de développer ce qui fait que les enfants des autres sont totalement insupportables alors que les nôtres sont adorables (enfin... seulement avant l'adolescence... passé ce cap, on peut dire qu'il serait bon de les pendre avec la ficelle de leur string pour les filles et avec la chaîne longue de deux mètres qui pendouille nonchalamment pour les garçons — quoique parfois ce sont les filles qui ont des chaînes et les garçons qui... bref, ne nous égarons pas), intéressons-nous à l'enfant en lui-même. Qu'est-ce qu'un enfant ? Eh bien, pour faire court : un être humain plus petit que la normale et qui ne connaît pas les joies simples dont l'adulte se délecte (travailler, chômer, faire les courses, tout ce qui touche au sexe, se tirer dessus avec des M-16, bombarder des pays plus petits que le sien, se bourrer la gueule, se tuer en voiture, se suicider, tabasser les noirs, les arabes, sa femme, et les homosexuels, attraper le sida, etc.). Bref, on peut dire qu'apparemment l'enfant n'a rien d'un emmerdeur et serait même la personnification de la naïveté (pour ne pas dire la débilité) et de l'innocence (pour ne pas dire la stupidité)...

Pourquoi les enfants des autres sont insupportables
(Soldat français officiant en 1939 sur la célèbre et « invincible » ligne Maginot)
Il est vrai que si l'on s'arrête à cette courte définition, on peut penser qu'un enfant n'a rien de terrible. Mais cette définition n'est que succincte et il me paraît important de préciser quelques autres points. Tout d'abord, l'enfant (lorsque ce n'est pas le nôtre, je vous le rappelle) ne parle pas — non, il ne s'abaisserait pas à ce genre de pratique — il préfère tout simplement crier. En effet, tel le signal d'alarme de la Mégane jaune fluo du voisin lorsqu'il y a un peu trop de vent vers 3 heures du matin, l'enfant hurle. L'enfant est content ? Il hurle. L'enfant n'est pas content ? Il hurle. L'enfant s'est fait mal ? Il hurle. L'enfant a envie de pisser ? Il hurle. L'enfant s'inquiète de la situation précaire des jeunes femmes souffrant de dyspraxie immigrées du Venezuela ? Il hurle.
Vous me direz, à raison : « Mais c'est insupportable ! Comment peut-on faire taire cette chose avant que mes tympans ne finissent de fondre ? » Bref, pour revenir à nos moutons, il est pratiquement impossible de faire cesser le bruit insupportable de l'enfant qui gueule dans vos délicates oreilles... La méthode du ruban adhésif appliqué sur l'orifice buccal de l'être en question n'étant utile qu'au bout de la 37e couche, elle se révèle être plutôt une perte de temps et d'argent. On ne peut bien sûr ni frapper ni même tuer l'enfant, car comme c'est écrit dans la plupart des livres religieux respectables : « Tu ne frapperas et ne tueras point ton prochain... euh... enfin si, mais pas les enfants ! » En bref, la meilleure solution est certainement de l'enfermer pour un moment dans la cave insonorisée que vous avez construite pour votre fils qui voulait faire de la batterie...

Les méfaits des enfants : une liste non exhaustive
(L'empereur japonais en 1945 après avoir reçu les premières menaces des États-Unis sur une certaine bombe)
Et ce n'est pas le seul méfait des enfants ! Loin de là. Par exemple, l'enfant quand il n'est pas à vous et qu'il vient chez vous se met à pisser partout sauf à l'endroit prévu à cet effet, et vous ne vous en rendez compte que la nuit, quand, pris d'une envie pressante, vous êtes descendu (pieds nus, est-il utile de le préciser) dans vos toilettes. Je ne vous décrirai pas la sensation du posé de pied dans une flaque d'urine, mais sachez qu'elle varie de la crise de folie à l'envie de suicide...
On citera aussi les classiques cassages en tout genre : les vases de nos grands-mères, les télés 16/9e achetées il y a pas deux jours, la compilation de Patrick Sébastien que votre tante vous avait si gentiment offerte le jour de votre mariage, les vitres alors que le seul vitrier de la région vient de partir un mois en vacances... Bref, tout ce qui est cassable, les enfants ont un don pour le faire tomber, en lâchant avec un sourire qui a déjà coûté la défenestration à plusieurs personnes : « J'ai pas fait exprès... »
On citera également l'entrée du petit cousin dans votre chambre pendant que vous étiez avec votre charmante copine en train de faire ce que tout homme respectable ferait avec une charmante copine, le fait de manger les derniers Snickers qui vous restent, de vous forcer à regarder la collection complète des Barbapapa alors qu'il y avait un superbe documentaire polonais sous-titré en allemand sur Arte, de n'être malade que lorsqu'il vient chez vous, de vous obliger à lui payer un pistolet en plastique à chaque fois que vous allez acheter un paquet de pâtes... Bref, autant dire qu'en plus de nous faire chier, les enfants nous ruinent et nous empêchent de jouir de tous les plaisirs sains de la vie.

Conclusion : peut-on vraiment aimer les enfants des autres ?
(G. W. Bush après avoir appris la catastrophe provoquée par Katrina)
Mais peut-on les aimer malgré tout cela ? Parce que, autant vous le dire tout de suite, à moins que vous n'ayez pas de famille, ni d'amis, vous serez forcément confronté à des enfants durant votre vie. Et pour vous répondre : non. Non, on ne peut pas aimer les enfants des autres, à moins peut-être d'être une personne sado-masochiste ou un fan de Lara Fabian. Tout ce qui vous reste à faire est de prendre votre mal en patience, et de canaliser votre énervement sur tout objet se trouvant à proximité : une cible de fléchettes, un punching-ball, votre femme, un nid de guêpes, la voiture du voisin, ou encore une image grandeur nature de Besancenot...
Sur ce, ennemi du soir, bonne nuit !