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Mémoires d'un prisonnier politique

En 2048, un ancien militant écologiste raconte son calvaire : kidnappé par le FBI, il est contrôlé par des nano-puces qui manipulent son cerveau. Son esprit résiste encore.

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Nous sommes aujourd'hui le 1er mai 2048, soit 1 an après le début de cette guerre nucléaire presque totale. Beaucoup pensent savoir comment nous en sommes arrivés là, mais ne leur a-t-on pas volontairement caché certains documents importants de ce terrible dossier ? Ayant vécu une multitude d'expériences en faveur de cette triste cause : la soumission totale de l'Homme, j'aimerais vous conter la plus atroce des tortures.

Le contexte : un monde au bord de l'effondrement écologique

Au début du XXIème siècle, l'Homme avait pris conscience du danger qui le guettait : s'autodétruire en anéantissant son espace vital, la Terre. Beaucoup d'études furent menées pour estimer le plus précisément possible combien de temps la planète supporterait encore ce fardeau qu'est l'humanité. Une bonne partie de celle-ci vivait au détriment de son environnement et elle le savait parfaitement. La pollution, les accidents nucléaires, les marées noires, tout cela était bien connu et apparaissait aux yeux de tous comme un mal nécessaire pour répondre aux besoins toujours croissants de l'homme « moderne ».

Tous... Non, il subsistait encore quelques ONG conscientes et visionnaires d'un avenir qui s'annonçait sombre. Les recherches convergeaient toutes vers un même point : le point de non-retour écologique allait être atteint d'ici 10 ans. Un non-retour qui impliquerait alors une diminution progressive et irréversible des ressources terrestres, y compris l'oxygène de l'air nécessaire à la vie.

Cependant, tout était magnifiquement orchestré pour que ces quelques voix dissidentes ne soient pas entendues. L'humanité progressait à un rythme évident et c'était bien plus flagrant qu'au XXème siècle. Beaucoup de peuples accédèrent à un niveau de vie sans précédent, la technologie et l'informatique avaient infiltré tous les recoins d'une vie humaine. Rien ne se passait désormais sans elles. De l'autre côté de la Terre, on entamait tout juste la révolution industrielle, avec tous les désagréments que cela pouvait induire : bidonvilles, guerres civiles, épidémies...

L'économie devenue religion

« Globalement », le monde avançait et l'on estimait que ces pays en voie de développement connaîtraient le même succès que leurs prédécesseurs. Moi, j'étais très pessimiste à ce sujet, et mon action contre de nombreux meetings internationaux fit alors son effet. La vraie question fut posée : doit-on continuer à vivre aveugles ? Mais les économistes, manipulateurs de chiffres et de cerveaux, firent leur boulot en rassurant l'opinion publique par l'étalage de leur science et de leur expérience. Devenue véritable religion, l'économie était désormais source de justice, d'amour, de paix, mais elle était surtout un foyer d'arguments de « choc » lors de pseudo-débats télévisés.

L'enlèvement de mon fils et mon emprisonnement

Je recevais déjà des menaces anonymes par téléphone ou par mail qui tentaient de guider mon attitude dans des actions de la plus haute importance. Mais j'étais entêté et ma volonté portait tellement chaque parole que je prenais grand plaisir à contrecarrer perpétuellement les plans de « la pensée unique ».

Un jour, je reçus la visite de 2 agents du FBI en ultime avertissement : ils enlevèrent mon fils de 5 ans pour être certain de me réduire enfin au silence. J'aimais cet enfant et je me fis donc le plus discret du monde, sachant qu'une plainte pour enlèvement ou une remarque virulente sur telle nouvelle loi « liberticide » équivalaient à sa mort imminente.

J'avais le sentiment qu'on voulait ma peau à tout prix. J'étais l'homme à abattre, le gros obstacle à leur formidable projet. Je fus victime d'un complot : on publia un article polémique sous mon nom (alors que j'étais parti en vacances) dans l'hebdomadaire pour lequel je travaillais régulièrement. Même dans un journal indépendant, nous étions piégés, trahis, minés de l'intérieur !

Le FBI ne tarda pas à retrouver ma trace, puisque j'étais parti sur la côte Atlantique comme tous les ans. Au vu de l'influence que j'avais, « ils » jugèrent bon de m'isoler quelques temps dans une petite cellule de 2m sur 2m. Je perdis la notion du temps, mais j'estimais à 3 mois mon « agréable » séjour dans cette pièce vide de tout (pour cela, je me repérais aux repas servis en tenant compte qu'ils m'étaient donnés à des heures totalement irrégulières).

La torture par nano-puces : le contrôle absolu

Un vieil homme, mi savant-fou mi agent principal de sécurité, entra avec une petite mallette dans ma cellule qui sentait le renfermé. L'ouverture de la mallette me glaça le sang : la tête, ou plutôt le demi-crâne de mon fils, reposait sur une moquette tachée de sang. Je compris que ces gens-là ne plaisantaient vraiment pas, même si j'en avais déjà la conviction.

Très distinctement, il m'expliqua comment on traitait les opposants au régime chez les communistes ou chez les nazis. Lorsqu'il fit ces allusions, je me dis, très perturbé, que je ne retrouverais jamais le monde extérieur, car peu sont revenus des camps de la mort. Et quand je voyais le niveau de sécurité atteint dans cette prison, je n'avais strictement aucun espoir, certainement à cause des 3 mois d'affaiblissement que j'avais subi passivement.

Il me parla de technologie et de nano-puces. Il me dit que depuis 3 mois, j'en avais avalé par milliers par ma boisson et ma nourriture. Il me dit enfin que la science avait percé le secret des connexions neuronales. Je compris très vite où il voulait en venir quand je cognai ma tête contre la table. Une simple petite télécommande, une simple petite pression sur un simple petit bouton, et j'étais devenu totalement contrôlable.

L'intégralité des neurones de mon cerveau était reliée par des nano-puces programmables et téléguidables. Toute action, tout geste, toute pensée est dirigée par le cerveau. Un cerveau sous contrôle ne fait qu'obéir aux ordres. C'est ce que je fis durant de longues années. Je travaillais pour des causes et des projets dont j'avais toujours eu horreur. Je faisais des travaux répugnants, mais diversifiés ! Quel bonheur ! Heureusement (ou malheureusement), la science pouvait diriger mes actions mais pas mes pensées. Il fallait donc me télécommander en permanence, alors qu'un cerveau qui pense d'une façon imposée effectue lui-même les tâches qui lui semblent bonnes.

J'étais donc un travailleur pour la pensée unique malgré moi. Mon esprit, seul, résistait, car il n'était pas encore passé sous le contrôle : la science ne parvenait pas à percer cet ultime mystère. J'étais un prisonnier politique travaillant pour mon pire ennemi, et ayant tout à fait conscience de mes actes. J'étais sous-alimenté, sauf en nano-puces qui se détruisaient rapidement. Mais qu'importe, j'étais un cobaye et je le savais, j'étais condamné. Même si le bâtiment n'avait pas été sécurisé, je n'aurais pu sortir, car j'étais prisonnier de moi-même.

Suite au prochain épisode...

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Clem T @spoke
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