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Marre d'en avoir marre ?

Coups de gueule en boucle, infos anxiogènes, hypocrites qui dénoncent sans agir... Marre de tout ce négatif ? Une réflexion désabusée sur notre rapport au monde qui va mal.

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En fait, ça m'est tombé dessus comme ça. Dans la voiture. Je reviens d'Amiens avec ma mère et Juju. On écoute La Rue Kétanou, et j'entends distraitement les déblatérations de ma mère sur un certain nombre de sujets connus et reconnus. Je sais pas si ça vous fait ça aussi, vous, mais on dirait qu'à un certain âge — 41 ans chez la mienne — les parents ont appris le maximum de sujets de conversation qu'ils peuvent ingurgiter. Alors après, ils les ressortent en boucle. Avec l'âge, ça devient pire... Non non, tout se joue avant 40 ans...

Quand le blues du quotidien vous tombe dessus

On en était certainement au refrain : « Et puis de toute façon, maintenant, le permis c'est comme le reste, ça coûte cher, la société de maintenant, et il faut bosser pour... »

Et là, je me suis dit : non. Moi, je trouve qu'on en a déjà bien assez de porter les conneries des autres. Des exemples ? La guerre, la religion, les OGM, la politique, la mode. Tu manges ta banane au goûter, tranquilou. À priori, t'as rien fait de mal. La banane non plus. Pourtant, y'aura toujours, à ce moment-là, une personne malintentionnée qui viendra vous planter votre goûter en disant que « quand même, des bananes à cette saison, je vous demande par quel miracle... »

Pourquoi tout ce négatif m'épuise

J'en ai marre. Pas de la guerre à 12h et à 20h, ni des cimetières profanés, ni des OGM qui font polémiquer même ceux qui pensent que ça veut dire Organismes Gros et Malades. Ni des politiciens. Après tout, faut pas croire, la guerre a toujours existé. L'affrontement entre deux parties du peuple, c'est un peu la raison de vivre de beaucoup de gens sur la planète. Et alors ? Qu'ils se battent. Y'a toujours eu des cons. Le temps non plus, on peut rien y faire. Ça sert à quoi de se plaindre, c'est pas ça qui nous fera briller le soleil. Quant aux prix... Ah ça...

Je crois que c'est pas les faits en eux-mêmes qui me saoulent. Quand je regarde les infos, je me sens parfois même concernée, j'ai presque envie de partir en mission humanitaire. Mais y'a tellement à faire. On nous rabâche les oreilles avec les trucs qui vont pas sur Terre. On nous responsabilise. C'est de ma faute si la couche d'ozone est trouée... Je pleure.

L'hypocrisie de ceux qui se plaignent sans agir

Tout le monde se plaint. Ils œuvrent pour avoir la conscience tranquille. Démolissent un McDo pour lutter contre la mondialisation, c'est bien. Protestent contre les injustices, c'est bien. Et puis ils dénoncent la dictature des produits de marque (se déchaînent s'il s'agit de marques américaines), disent qu'il faut fermer les robinets, baisser la TVA, que les pays en guerre pourraient faire un effort. Que c'est vraiment déplorable, autant de sans-abris dans la rue. Qu'on devrait reconsidérer la situation des handicapés (« ils ont pas la vie facile »).

Mais eux, concrètement, ils font quoi ? Ils continuent à acheter leurs légumes à l'Aldi du coin, tournent la tête quand ils voient un SDF, craquent pour les tops Jennifer, prennent des bains après le shopping (des douches, on a dit !!!), et s'engueulent avec leur voisin de palier (« de sa faute naturellement. Moi je suis pour la courtoisie, moi »).

Des conneries sur Terre, y'en a. Mais pour dénoncer ces conneries, on est encore largement plus. Toute la journée, de nos parents à nos profs, à nos amis, à la radio où les chansons nous répètent la misère dont on est responsable. « Il faut que tu respires... »

L'envie de fuir ce trop-plein de négatif

Mais qu'est-ce que tu veux, Cam ? On peut pas ignorer la misère, faire comme si elle existait pas. En parler, c'est déjà lutter un peu contre. Ouais... Seulement à force d'en parler, moi, coupable déjà d'exister et d'être née dans le Nord (ah oui, n'empêche qu'on fait rien pour les pays du Sud), eh bah je suis découragée. Plus envie d'agir, mon champ d'action serait ridicule. Oui oui, je sais. Grosse crise d'ado, premières désillusions. C'est ce qu'on dit face à une gamine de 18 ans. Mais je me sens pas coupable. Juste que c'est dommage.

Beaucoup auraient aimé connaître mai 68. Pas moi. Ça me déplaît. Des foules qui se récrient contre tout, je dis non. Il faut bien vivre. Pas parce que j'ai déjà abandonné mes bonnes intentions d'avant la désillusion. Non, mais on peut pas tout changer, faut arrêter. Notre civilisation ne s'est pas faite par hasard.

Là, ce dont j'ai envie, c'est juste de sauter dans un jean Levi's — à la mode de préférence, taille basse car ça fait partie des addictions de la mode (pourvu qu'on voie pas mes deux grammes de cellulite) — et courir (oui bien sûr en Nike Air) jusqu'à un champ de maïs transgénique où je retrouverai mon amoureux, et on croquerait la pomme sans se demander si elle est génétiquement modifiée ou pas, pourvu qu'elle soit bonne. On ignorerait que demain, au 20h, on annoncera encore deux attentats à Bagdad, un incendie en Californie et une gamine noyée dans la Loire...

De toute façon, je sais très bien que comme tout le monde, je vais me lever et râler contre le temps qui est pas au beau fixe, et contre la baguette de pain qui a encore augmenté de... Combien déjà...

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eismawis
Camille Bulle @eismawis
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