
Le suicide de Karen Lancaume en 2005 a révélé les réalités sombres de l'industrie pornographique et les abus systémiques endurés par les femmes qui y travaillent. Son histoire dénonce les dérives d'un milieu souvent méconnu et les conséquences tragiques de l'exploitation.
Karen Lancaume : comment une étudiante s'est retrouvée piégée dans le porno
En 1996, Karen Lancaume, jeune étudiante en communication, entre dans l'industrie pornographique pour des raisons financières. Son petit ami l'y encourage, promettant que cela résoudrait leurs problèmes d'argent. Repérée par Marc Dorcel, elle signe un contrat avec la condition de ne tourner qu'avec son petit ami.
Cependant, lors du tournage de L'Indécente aux enfers, une panne d'érection de son partenaire la force à tourner avec un inconnu. Cette rupture de contrat marque un tournant décisif : les agents lui interdisent désormais de refuser des acteurs. Elle tournera finalement une trentaine de films, y compris avec le réalisateur américain Andrew Blake.
Baise-moi : le cri de révolte d'une victime du système

En 2000, Karen Lancaume se libère du porno en tournant Baise-moi, film controversé qui choque dès sa sortie en France. Elle y incarne une femme victime des dérives et des pulsions des hommes, consumée par la haine et le dégoût, qui se lance dans une vengeance meurtrière. Ce film est, selon Karen, l'expression brute de ce qu'elle a vécu : ce sentiment d'être méprisée et réduite à l'esclavage par les hommes dans l'industrie pornographique.
Karen dénonce l'inégalité criante : « Pourquoi les femmes se prennent des mains au cul et pas les hommes ? Tout ce qu'on leur demande, c'est la compréhension, l'égalité. Le porno, c'est des mecs qui jouissent sur la gueule des filles, la femme qui en prend plein la tronche. Baise-moi, c'est le contraire. »
Son témoignage glaçant résume l'horreur quotidienne : « Double pénétration par 5 degrés, suivie d'une éjaculation. Couverte de sperme, trempée, morte de froid, personne ne m'a tendu une serviette. Une fois que t'as tourné ta scène, tu vaux plus rien. »
Le suicide de Karen Lancaume : dénonciation d'un système prédateur
Le 29 janvier 2005, Karen Lancaume est retrouvée morte dans un appartement du 15e arrondissement de Paris, décédée suite à une prise abusive de médicaments. Son suicide marque tragiquement la continuité de Baise-moi et dénonce les perversités du milieu pornographique, où les hommes assouvissent leurs désirs sans considération pour les femmes qui en subissent les conséquences.