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Les dépendances

L'écriture est ma drogue : sans elle, je me sens amputé. Entre mistral marseillais et souvenirs d'enfance, je traque l'âme des choses pour en faire des mondes.

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J'avais oublié mon journal. Je marchais tranquillement dans les allées d'Aix-en-Provence, ces ruelles bondées de piétons, de magasins exotiques et de vie chère... Tout se passait bien ; je chantais même. Soudain, la peur m'envahit ! Mon cœur se mit à gronder. Il me manquait quelque chose, je ne savais quoi. Pourtant, j'avais mon téléphone portable sur moi ! D'où me venait ce vide soudain ? Le trouble m'envahissait. Mon soleil s'assombrissait, je ne voyais plus les passants, ni les belles fontaines, ni les amoureux. J'étais ailleurs.

Une terreur m'accablait, comme si un ogre me poursuivait. Pourtant, je n'avais rien fait ! Il me traquait, courroucé, m'écrasant de son poids. Je ne savais ce qu'il voulait. L'épouvante... Il ne m'aura pas. Je me perdrai avant, et lui avec moi. Je me noierai dans l'alcool. Moi, je ne suis rien ; mais lui, il ne tient qu'à moi...

J'avais mal au ventre, un besoin impérieux de crier. L'indicible me traversait. Je cherchais les mots pour l'animer, le chérir, le consumer. J'avais chaud à la tête, et des chagrins s'agitaient en moi. Ils cherchaient des formes, des voies, des cris ; et je manquais de force. En ces jours-là, j'étouffe. Ce n'est pas un mensonge ; je rentre comme dans une transe, je veux survivre à tout prix. Alors, je crie, j'écris.

L'écriture, une question de vie ou de mort

S'il m'était donné le choix d'écrire ou de mourir, ma réponse serait toute faite. Quand bien même je pourrais végéter sans écrire, j'aurais toujours la certitude d'un membre manquant. Je serais comme écartelé ; l'on me prendrait pour fou. C'est en cela qu'il me manque des cases... Ce sont des tourments, des impressions, des mondes perdus ; ce sont des ivresses que je désire faire vivre à ceux qui, effarés par mes monologues, s'écartent gentiment...

Quand le monde parle autour de nous

Le saviez-vous ? Le vent, les choses, le regard des passants dans ma rue racontent mille histoires ; ils parlent, ils parlent sans cesse... Ils ne savent faire que parler. Qui a bien pu décider qu'ils sont inertes ! Je refuse d'y souscrire. Il m'est impossible de feindre la surdité. J'écoute, j'écoute, et comme ils sont melliflues !

Le mistral et les souvenirs d'enfance

Par exemple, le mistral d'avril me fait penser aux vents d'août de mon enfance. Des courants froids, humides, salés, qui précèdent le crachin, cette pluie fine. J'ai la nostalgie des vacances de mon enfance, où, lors de longues journées sans occupation, je m'amusais à flâner au soleil. En ces temps-là, j'étais un papillon. Le vent était chaud, la ville était calme, et les enfants pataugeaient dans les mares pleines de larves. J'étais un enfant, mais je ne pataugeais pas. On ne patauge pas dans un fauteuil roulant ! Comment pourrait-on s'y prendre, même avec des béquilles ? Mais j'écoutais les cris, les éclats de rire qui résonnent encore dans mes souvenirs. La tristesse était bien là, mais les gens savaient rire. D'un rire qu'aujourd'hui je n'entends plus...

Marseille et les caprices du vent

Ici, à Marseille, le mistral te joue des tours. Le vent qui s'amuse à bondir, s'élance, te tangue et te fait chavirer comme une épave. Mille détritus te sont renvoyés au visage, comme si la nature avait trouvé dans l'orage une occasion de se plaindre de ses indigestions... Le froid t'écaille les doigts ; les passants sont moribonds, la vieille ville perd ses attraits.

Mais le mistral ne peut me voler toutes les merveilles ! Car ces merveilles ne sont autres que celles d'ailleurs. Celles du crachin, avec les rires d'enfants et du sel sur la joue. Du pain à griller et des courses frénétiques... Ici, les courses ne se font qu'au supermarché. On pourrait courir aussi dans la rue ! On pourrait même y danser, chanter, flâner. Mais les gens ne flânent plus, ils rient jaune et dansent de travers. Sauf que Marseille a ses élans ; il faut y vivre pour les vivre.

Les saisons, cette femme capricieuse

Disons que l'automne et l'hiver, tout se taît. Les gens grossissent. Tant le froid les recouvre ! Qu'ils sont bedons dans leurs manteaux. Puis, le froid s'estompe, le soleil se maquille et les platanes s'habillent. Les hommes, eux, peu à peu se dénudent. On abandonne le manteau, puis la veste, puis la chemise, jusqu'au débardeur. On se retrouve en petites tenues. On s'aventure sur des plages roses et l'on goûte à l'oisiveté. Ainsi, les tristes mines s'amusent à muer au fil du temps. C'est comme si toutes les saisons étaient une femme unique qui veut son amant, plein de talents... Elle s'assied pour goûter le spectacle de l'étalon qui, petit à petit, se rhabille puis se déshabille pour elle : la coquette !

Et vous, quelles sont vos dépendances ?

Voyez-vous, j'aime voir tout cela. Que surtout rien n'échappe à mes yeux, sinon je crève. Je rêve de mordre l'âme des choses pour en faire des mondes. C'est une drogue coûteuse ; en amour, en sang, en passion. Et vous ? Avez-vous des dépendances ?

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pacôme.martin
Pacôme Martin @pacôme.martin
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