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Le service médical sur Londres

Le Dr Shipman a tué 250 personnes. Un journaliste s'inquiétait qu'un autre médecin puisse faire de même. Mais rassurez-vous : l'inefficacité légendaire du système de santé britannique nous protège.

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Le docteur Shipman est le serial killer le plus connu d'Angleterre. Il a tué environ 250 personnes d'après les derniers chiffres. Dans un reportage télé, j'ai vu que les psychologues estimaient que le pouvoir de vie et de mort que lui conférait son métier a fait de lui le plus grand assassin britannique. Et le journaliste d'en conclure : et si un autre médecin décidait d'en faire autant ?

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Le danger viendrait-il vraiment des gens qui ont du pouvoir ?

Et si un professeur se mettait à enseigner des conneries à ses élèves ? Et si les fonctionnaires arrêtaient de travailler ? Et si au McDo ils introduisaient de la merde dans mon sandwich ? Et si les chauffeurs de bus s'amusaient à écraser les passants ? Et si Zidane refusait de jouer pour la France ? Et si les vendeurs de téléphones portables se mettaient à être honnêtes ?

Imaginez : vous allez au bureau de tabac, vous achetez le journal : « Zidane ne jouera plus que pour le Real Madrid ! » Pour compenser le choc, vous allez manger un bout au McDo. Intoxiqué par la merde, vous essayez d'appeler des secours, vous foncez vers une cabine téléphonique... Mais celle-ci ne marche pas car l'opérateur qui la dirige a pris sa pause. Par chance, vous vous trouvez devant un magasin de téléphone portable, mais celui-ci refuse de vous vendre quoi que ce soit — il est devenu honnête, vous suivez ou pas ? Il ne vous reste plus qu'à vous réfugier au service médical le plus proche par vos propres moyens et là, alors que vous ouvrez la portière de votre voiture garée à gauche, vous êtes fauché par un bus en furie. Vous y croyez, à ça ? Non ! On sait très bien que personne ne se gare à gauche !

Les gens nous prennent vraiment pour des cons.

Le vrai visage du système de santé britannique

Mais le plus méprisant, c'est le journaliste qui a dit qu'un autre médecin, en Angleterre, pourrait être le nouveau docteur Shipman : de qui se moque-t-on ?

Tout le monde sait très bien que les médecins en Angleterre, ils ne servent à rien ! Leur unique pouvoir consiste à gagner 50 000 balles par mois pour te demander quel médicament tu veux.

Plus généralement, les services de santé sur Londres ont mis en place une rassurante politique qui saura empêcher nos médecins de devenir des docteurs Shipman.

La politique sur les salaires est assez simple : leur verser un salaire phénoménal de façon à ce que l'envie ne leur prenne pas de tuer leurs patients pour les voler.

La politique de recrutement, quant à elle, est plus subtile : plutôt que d'employer des génies qui, à long terme, peuvent se transformer en docteurs Shipman, on prend des buses qui même à long terme, restent des buses.

Le critère de sélection des médecins est à la fois simple et efficace : soin d'une patte coupée à la guerre.

Attention ! Les critères de sélection ne doivent pas être jugés laxistes : récemment, nous avons eu le cas d'une personne qui exerçait depuis 5 ans, avait traité plus de 2000 patients (ceci incluant des opérations chirurgicales et de la chirurgie esthétique) avec de faux diplômes, sans études, mais — et c'est là que le bât blesse — sans avoir soigné de patte coupée à la guerre... Et là-dessus, le ministère de la santé publique est impitoyable ! Plusieurs années de prison et une amende d'1,5 millions de livres.

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Mon calvaire dans le système médical britannique

Le stress aurait lui aussi pu être une raison pour laquelle le docteur Shipman est devenu un tueur. Pour éviter tout risque, l'État a créé un maximum de barrières administratives qui réduisent le flux de patients. Je les ai testées pour vous :

Ayant une inflammation croissante de l'oreille, je cherchais un médecin un vendredi soir (16h45 — qui est assez fou pour appeler à une heure pareille). La première chose à faire a été de chercher le médecin local le plus proche dans l'annuaire. À peine trois refus plus tard, je tombe sur une très charmante jeune fille qui me dit : « Lundi matin 9h00, et s'il y a un problème, voici le numéro d'urgence. » Fort bien, me dis-je, jusqu'à ce que, réveillé par la douleur à 2h00 du matin, je sois obligé d'appeler le numéro d'urgence. (Au passage, discuter avec la moitié de mon visage rouge et paralysé rendait la situation des plus cocasses, surtout si l'on prend en compte qu'à l'autre bout du fil il y avait une Indienne qui avait l'accent de l'Essex.) Le numéro d'urgence me dit : « Oui, c'est vrai, il y a peut-être urgence, il faut aller à l'hôpital. » J'appelle donc un taxi pour m'y emmener (aaah, les taxis de Londres et leur amabilité légendaire : « Je te pose à 200 mètres sinon ça me fait faire un détour » — ben voyons !)

Arrivé là-bas, on me dit... « Oh là là ! Ce service ne traite pas les inflammations de l'oreille, prenez donc cette tablette de paracétamol et revenez lundi, l'hôpital ouvre à 9h00. »

Fort bien, je passe donc le week-end à conjuguer le verbe souffrir, mais je le conjugue dans ma tête parce que ma mâchoire est paralysée par la douleur. C'est ballot, hein !

Le lundi, j'arrive chez mon médecin local à 9h00 : « Qui vous a dit de venir ? Il faut que vous appeliez pour prendre un rendez-vous pour vous inscrire, et ensuite on pourra prendre rendez-vous pour vous soigner... » Ah, c'est embêtant, ça : travaillant comme serveur dans un grand restaurant, il serait dommage que quelque chose giclant de mon oreille droite tombe dans l'assiette d'un client.

J'explique alors qu'on m'a dit de passer à 9h00 vendredi dernier au téléphone. « Je comprends, mais cette personne était bientôt en week-end, il fallait donc qu'elle raccroche le téléphone. » Oh, c'est ballot, pensais-je.

« Auriez-vous l'amabilité de m'indiquer la démarche à suivre à partir de maintenant ? Le week-end est loin à présent. » Elle me dit d'aller à l'hôpital.

Fort bien, je vais donc à l'hôpital.

« — Ah non monsieur, il faut voir avec votre médecin local. Nous, on ne peut rien faire.
— J'en viens, ils n'ont pas le temps de m'inscrire.
— Alors nous n'avons pas le temps de vous soigner, ici c'est un service d'urgence.
— Qu'est-ce que vous me conseillez alors ? De me jeter sous une voiture ou de sauter de la station de train pour pouvoir être soigné ?
— Vous allez voir votre médecin local. »

L'idée me vint à l'esprit de faire gicler mon oreille sur leur visage, mais c'eût été trop d'honneur. J'appelle donc un médecin de garde au hasard et j'ai la chance de tomber sur quelqu'un qui travaille pour de vrai ! Cette dame, dont je tairai le nom (elle casse la barrière administrative, ce qui est là-bas synonyme de faute professionnelle), m'inscrit directement et me dit : « Reste là, j'ai quelqu'un qui vient d'annuler, tu vas prendre sa place... »

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Pourquoi aucun nouveau docteur Shipman ne naîtra en Angleterre

En 10 minutes, j'étais pris par un médecin, très TRÈS cool... à 8 patients par jour, il peut l'être en même temps.

Alors qu'on ne me dise pas qu'un autre docteur Shipman puisse naître en Angleterre !

Nous sommes en sécurité, enfin ! Soyons reconnaissants pour la politique appliquée au niveau de la santé publique.

La fainéantise qui règne dans leur service médical a la beauté d'une perle et leur inefficacité, la pureté d'une colonie de fourmis. Les cirrhoses du foie et les arrêts cardiaques, fierté de ce pays, ont encore de beaux jours devant eux.

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chandlermbiing
chandlermbiing @chandlermbiing
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