
Ainsi, je décidai d'aller chez mon vendeur habituel d'animaux domestiques pour acheter un nouveau Bonaparte. J'en avais trouvé à 1 euro la tête. Je trouvais ça plutôt bizarre — d'habitude, ils sont plutôt à 50 euros pièce, voire plus pour les bons reproducteurs. Je m'étais dit qu'il ne fallait pas chercher à comprendre et ne pas bouder sa chance. J'en avais pris 200.
Mais j'aimais tellement les chats.
J'avais ramené mes 200 chats chez moi. J'ai une grosse voiture. J'en avais laissé deux conduire l'automobile. Mais... ils étaient un peu débiles. En fait, aucun d'entre eux n'était très intelligent. Ils n'arrêtaient pas de se mordiller, de se griffer, de donner des coups de leurs petites pattes un peu partout. Ça me faisait bien rire. Quand l'un d'eux avait décidé de s'accrocher à mon entrejambe, j'avais arrêté de rire.
Je les avais parqués dans ma chambre. Ils ne s'étaient pas très bien adaptés à leur nouvel environnement. Ils n'arrêtaient pas de miauler, de sauter sur le lit, sur les meubles, de se jeter contre les murs à toute vitesse. Bien qu'assez drôle dans un premier temps, ce spectacle avait perdu beaucoup de son intérêt vers la troisième heure. Je m'étais éclipsé. J'étais parti me remémorer les bons moments passés avec Bonaparte, en versant une larme de nostalgie sur sa photo.
La terrible découverte
Deux heures plus tard, alerté par le silence, j'avais compris pourquoi ces chats étaient si peu chers. Ils étaient tous morts. Sans aucune raison apparente. Ils étaient tous tombés raides, sans un mot — ou plutôt sans un miaulement. Un peu comme ces poissons rouges qu'on achète à la foire et qu'on retrouve la gueule ouverte dans leur bocal quatre ou cinq heures plus tard.
Saloperies de chats au rabais !
Je ne savais pas quoi faire. J'étais désespéré. J'avais mes 200 chats morts étalés un peu partout : sur le lit, dans les tiroirs de la commode, dans la penderie, certains accrochés à la bibliothèque, d'autres aux rideaux...
J'avais essayé d'en jeter un aux toilettes, juste pour voir. Mal m'en a pris : ça n'avait pas marché, il était resté coincé. J'avais alors 200 chats morts : un mouillé et 199 secs.
Des tentatives désespérées
J'avais essayé d'imaginer que c'étaient des animaux empaillés. Je les avais disposés un peu plus artistiquement. Ça avait marché un temps, jusqu'à ce qu'ils commencent à se décomposer. Ça avait commencé à puer sérieusement.
J'avais eu une furieuse envie d'aller aux toilettes, mais je ne pouvais pas : j'avais un chat coincé dans les toilettes. J'avais hésité à appeler le plombier. J'ai préféré m'abstenir, vu mon embarras fort compréhensible face à la situation.
J'avais essayé de ralentir la décomposition en les congelant. Mais je n'avais pu en mettre que deux à la fois dans mon congélateur. Il aurait fallu que je reste là à les changer toutes les demi-heures. J'avais donc renoncé.
L'incendie manqué
J'avais donc décidé de les empiler et d'y mettre le feu. J'avais bien une moquette garantie je ne sais plus quoi contre le feu, mais elle n'avait pas résisté. J'avais dû vite éteindre le feu pour éviter que tout l'appartement y passe.
À ce stade, j'avais un chat mort mouillé dans mes toilettes, deux chats morts congelés au frigo et 197 chats morts à moitié calcinés en pile sur ma moquette. L'odeur ne s'était pas franchement améliorée.
Mon incapacité à se débarrasser des chats, doublée de l'impossibilité d'aller aux toilettes, avait commencé à me rendre nerveux. Je m'étais défoulé sur une des carcasses de chat que j'avais battue à mort. Enfin, que j'aurais battue à mort, si elle n'avait été déjà morte. Ça m'avait fait du bien !
Les éboueurs refusent
J'avais essayé de les jeter aux ordures, mais les éboueurs avaient refusé, me disant que la ville ne les avait pas autorisés à accepter les animaux calcinés. J'avais avancé que j'en avais un mouillé. Ils avaient refusé également. À ce stade, j'avais abandonné l'idée de leur parler des congelés.
La solution finale
Finalement, j'avais trouvé la solution. J'en avais offert à Noël à tous mes amis et parents. Ils n'avaient pas trop su quoi dire. Mais la plupart avaient prétendu apprécier, qualifiant cet objet d'insolite, mais intéressant. D'ailleurs, ils avaient vu quelque chose d'assez semblable à la FIAC...
Les hypocrites ! Les vilains menteurs !
Je savais bien qu'ils mentaient.
Mais maintenant, je m'en fous. Car ce que je sais, par contre, c'est que je n'aime plus les chats ! Et avec mes étrennes, je me suis acheté un livre de recettes chinoises et un flingue à double canon. Et j'attends de pied ferme le retour de Bonaparte.