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Inde : Le décollage retardé par les castes

Le système des castes entrave le décollage de l'Inde. Analyse d'un héritage devenu obstacle au progrès social.

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Le système des castes est l'un des systèmes d'organisation sociale les plus anciens encore en vigueur aujourd'hui, et plus particulièrement en Inde. C'est sur ce territoire que ce type de structure a été observé pour la première fois. La République de l'Inde est l'un des rares pays au monde à appliquer strictement cet héritage médiéval. Contrairement aux idées reçues, ce système n'est pas d'abord politique : c'est un véritable mode de vie. Pour la majorité des Indiens, il s'agit même d'une tradition culturelle à sauvegarder. Le sujet est d'autant plus fascinant que plus de 80 % d'entre eux considèrent les castes comme une valeur fondamentale.

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Naissance et origine du système des castes

Dans l'Inde ancienne, l'économie était essentiellement agricole et fondée sur l'autosuffisance. Les paysans pratiquaient l'élevage vivrier et vivaient en petites communautés. La monnaie n'existait pas ; les échanges se faisaient par troc. Cependant, la rareté des ressources entraînait de fréquents conflits entre communautés.

Afin d'assurer le bien-être général et de former une société ordonnée, les chefs de villages ont cherché à harmoniser la vie sociale. Ils introduisirent la division du travail comme mode de vie, selon une logique de complémentarité. Dans leurs calculs, quatre types de travailleurs étaient nécessaires pour le bon fonctionnement de la communauté.

La première nécessité identifiée fut le Savoir. Certains individus, possédant une intelligence supérieure et la capacité de la transmettre, furent placés au sommet de la pyramide sociale. Il s'agissait des maîtres du savoir, en charge des dieux et de l'éducation.

Au deuxième niveau se trouvaient ceux chargés de la protection de la communauté et de son territoire. L'époque étant marquée par les guerres et les conquêtes, la défense nationale était primordiale pour garantir la sécurité interne et externe ainsi que la continuité des activités.

Au troisième niveau, les chefs estimèrent que les économiques et les échanges devaient être assurés par une catégorie spécifique. Ceux qui disposaient de ressources excédentaires les mettaient à la disposition des autres, favorisant ainsi le marché intercommunautaire. Comparables à nos hommes d'affaires et commerçants, ils géraient la vie économique du pays.

Enfin, au bas de la pyramide se classaient les démunis et les pauvres. L'idée admise était qu'un déséquilibre naturel existe : tous ne possèdent pas les mêmes qualités, ni les mêmes ressources, qu'elles soient matérielles ou immatérielles (force, intelligence, fortune). Ceux dépourvus d'atouts particuliers s'occupaient des tâches subalternes : élevage, corvées, nettoyage, service aux autres ou mendicité. Souvent qualifiés de "bons à rien" ou de "va-nu-pieds", ils formaient la dernière souche de la société.

Cette organisation permet d'apprécier le génie indien. La civilisation indienne était l'une des rares à posséder une telle division du travail, ce qui explique son grand succès historique. Contrairement à d'autres civilisations nomades, la population indienne était sédentaire et stable, vivant en petits groupes organisés. Certains considèrent ce système comme la mère de tous les systèmes politiques.

Cette pyramide sociale unique devint connue sous le nom de système des castes.

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Quelles sont les quatre classes de castes ?

  • Les Brahmanes (Brahmins) : chargés de l'expansion du savoir et des cultes religieux. Considérés comme les représentants directs des dieux, ils communiquaient avec eux et partageaient la connaissance brute.

  • Les Kshatriyas : chargés de la défense nationale, de la protection du territoire et du maintien de l'ordre. Maîtres de la guerre et grands guerriers, ils garantissaient les droits naturels et l'application des devoirs.

  • Les Vaïsyas (Vaishyas) : chargés des affaires et du commerce. Ils assuraient la vie économique de la communauté et les échanges intra et intercommunautaires pour la libre circulation des marchandises.

  • Les Shudras : chargés des petites activités journalières, de la salubrité et du gardiennage. Souvent démunis et sans atouts physiques ou mentaux particuliers, ils servaient les autres classes.

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Attribution et fonctionnement des castes

Comment déterminait-on sa caste à l'origine ?

À l'origine, l'appartenance à une caste n'était pas un droit naturel, mais un système basé sur le mérite. Il était donc impossible de déterminer la caste d'un nouveau-né. Pour pallier cet obstacle, il fut décidé que le groupe de caste ne serait attribué qu'à l'âge adulte, fixé à dix-huit ans, âge de raison.

Pour éviter les injustices, une commission était élue dans chaque communauté pour évaluer les potentialités des jeunes. Une série d'examens et d'activités était organisée, basée sur la connaissance de l'hindouisme, l'éducation, le commerce et la défense. Cette épreuve, qui durait plusieurs mois, visait à découvrir les talents de chacun.

À l'issue de ces évaluations, les résultats étaient rendus publics et les castes attribuées. Ce système fonctionnait sans distinction de couleur ni de sexe. Ceux qui excellaient dans le savoir devenaient Brahmanes ; ceux doués pour le commerce devenaient Vaïsyas ; ceux ayant un génie militaire rejoignaient les Kshatriyas. Enfin, ceux ne possédant pas de talents spécifiques étaient classés comme Shudras.

Une fois la caste attribuée, un troisième nom décrivant l'appartenance était ajouté au nom de famille. Ainsi, une même famille pouvait compter les quatre castes : un père pouvait être Brahmane et son fils Shudra. Le mariage entre personnes de castes différentes ne posait aucun problème, car la caste n'était pas une barrière sociale, mais un arrangement fonctionnel. L'Inde ancienne fonctionnait alors sur la méritocratie.

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Le déclin et la corruption du système

L'instauration des castes fut un acte de génie visant à créer une société travailleuse et équilibrée, où chacun mettait ses talents au service de la communauté. Cependant, la population n'a pas respecté la vision de ses initiateurs, abandonnant l'aspect social pour une interprétation dévoyée.

Au fil du temps, les Brahmanes et les Kshatriyas estimèrent qu'ils servaient davantage la nation. Considérant leurs fonctions plus nobles et rémunératrices, ils exigèrent un plus grand respect et exigèrent que les deux autres classes se plient à leurs ordres.

C'est ainsi que l'on passa d'un système modeste à un système extrémiste. La discrimination s'installa. Les Shudras, exerçant des métiers jugés "sales" (collecte des ordures, nettoyage), furent déclarés intouchables. On considérait que leur peau était maudite et répugnante. La vraie idée du système de caste fut dévoyée, et ses conséquences continuent de frapper la société indienne, retardant son décollage économique.

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L'anarchie causée par l'hérédité des castes

L'ordre initial a été bouleversé. Aujourd'hui, il n'existe plus d'épreuves pour découvrir sa caste ; celle-ci est devenue un droit naturel attribué à la naissance. Si le père est Kshatriya, le fils l'est automatiquement. Cela a créé une anarchie sociale où le métier se transmet de père en fils, ignorant les talents individuels.

On exclut désormais l'hypothèse qu'un Shudra puisse donner naissance à un Brahmane. Pourtant, de nombreuses personnes issues des castes inférieures possèdent un potentiel intellectuel immense qui reste inexploité.

La question des castes reste taboue, même au parlement indien. Si 80 % des Indiens sont favorables à l'abolition de ce système criminel, ils préfèrent souvent le taire.

Chaque matin, un jeune homme frappe à ma porte pour collecter les ordures. Un jour, je l'ai invité à entrer. Il a hésité, puis est entré en laissant ses babouches dehors, se sentant clairement inférieur. Il m'a dit être Shudra. Je lui ai demandé ce qu'il ferait s'il recevait beaucoup d'argent. Il m'a répondu tristement : "Cela ne sert à rien, monsieur. Je suis né pour ce travail... Si j'ai la chance de te rencontrer dans ma prochaine vie, je serai dans une autre situation". Sa réponse traduisait une contrainte sociale implacable : il savait qu'un Shudra ne pourrait jamais être propriétaire d'un immeuble.

Le syndrome de caste est ancré dans les esprits. Tant qu'ils accepteront cette situation comme inférieure, ils ne s'en sortiront jamais.

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L'impact des castes sur le mariage

Le mariage est l'un des domaines où le système des castes exerce son impact le plus direct. En Inde, le mariage entre personnes de castes différentes est quasi inexistant et impensable.

Les mariages résultent d'un contrat entre deux familles, et non entre les individus. Les coups de foudre sont interdits et les relations amoureuses avant le mariage sont vues comme une offense aux dieux. Lorsqu'une jeune fille atteint l'âge adulte, la famille s'arrange pour lui trouver un mari, un processus comparable à un test d'embauche. Les étrangers ont très peu de chances de pouvoir entretenir une relation avec une Indienne, les familles y opposant généralement un refus catégorique.

Poussés par la mondialisation, certains jeunes vivent des amours en secret, conscients que ces histoires finiront le jour où les familles l'apprendront. Pour contrer ces rebellions, la société utilise parfois la religion : des Pandits (prêtres) sont consultés pour lire les astres et valider l'union. Bien souvent, ces conclusions, favorables aux familles riches, scellent l'interdiction du mariage.

La conséquence directe est une augmentation des divorces. Les femmes, de plus en plus modernes, réclament la liberté après un ou deux ans de mariages arrangés qui échouent, faute de connaissance préalable entre les conjoints.

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Le paradoxe entre ville et village

New Delhi, la capitale, est une métropole aux mélanges culturels et linguistiques. Dans la rue, les gens discutent et sourient, donnant l'image d'une société évoluée et fraternelle. Cependant, cette fraternité s'arrête aux portes de la ville.

Une fois revenus dans leurs villages respectifs, ces mêmes intellectuels doivent se plier aux règles extrémistes des castes. Ils ne peuvent plus se toucher ni se parler. L'intégration citadine n'est qu'une façade ; les divisions ancestrales reprennent le dessus dès le retour au village.

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Les conséquences économiques et sociales

L'Inde moderne a-t-elle encore besoin des castes ? La réponse est non. Pour rejoindre le concert des grandes nations, l'Inde doit mettre en valeur toutes ses intelligences. Pourtant, parmi les castes inférieures se cachent de vrais génies dont l'imagination est bridée par les contraintes sociales.

Un Indien est condamné à vivre la vie de ses parents. Le fils d'un charpentier ne peut rêver de devenir avocat. C'est un obstacle majeur à l'essor du pays. Comment expliquer qu'une puissance économique échangeant des tonnes de marchandises voie plus de 50 % de sa population souffrir de la faim ?

L'abolition des castes permettrait un véritable développement, mais elle se heurte à une minorité de 20 % qui détient le pouvoir et les ressources. Les Brahmanes et les Kshatriyas contrôlent l'économie, tandis que la pauvreté devient une "fièvre" et la mendicité un métier pour une grande partie du peuple.

Le décollage de l'Inde restera un rêve tant que ce système déséquilibrera la société. Le pays doit mettre fin au gâchis de ces cerveaux qui traînent dans la rue.

Je remercie mademoiselle Aatishya Mohanty et monsieur Arya Gaurav pour leur aide précieuse dans la réalisation de cet article.

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richie ronsard
Richie Lontulungu @richie ronsard
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