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Fight Serviette Club

Le Fight Serviette Club réinvente la résolution de conflits : deux adversaires, des serviettes enroulées, et des arguments à chaque coup. Une méthode hilarante pour canaliser la nature humaine.

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Des écoliers aux professeurs, des ouvriers aux contremaîtres, des riches aux pauvres, des directeurs marketing chargés de la conception des affiches pour le cassoulet William Saurin (l'énonciation du nom de la marque est, je m'en excuse, élémentaire à la compréhension) aux colleurs d'affiches pour ce même cassoulet : chacun essaie de « manger » son prochain. Attention, ce terme ne signifie pas dévorer comme on déguste du cassoulet William Saurin. « Manger » prendra ici le sens de possession, de domination des autres. Il fait référence à la fameuse loi de la jungle : « manger ou être mangé ».

Chaque discussion, allant du simple débat sur la possession prochaine de l'intégralité des végétaux par quelques multinationales à des sujets autrement plus intéressants tels que qui sera le gagnant de la Nouvelle Star ; chaque désaccord sur n'importe quel thème est très souvent faussé par une envie : celle de démontrer sa supériorité à l'autre.

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Depuis toujours, l'homme ne fait que conquérir et détruire. Pendant des millions d'années, l'homme a évolué mais il n'en reste pas moins un animal. Toujours en quête de conflit, l'homme utilise toute une liste de procédés pour faire sentir à l'autre son infériorité. En voici quelques exemples :

  • La critique non constructive : la plus répandue, elle consiste à faire un inventaire des erreurs (les plus bêtes choisiront les fautes d'orthographe) qu'a fait votre interlocuteur dans le message qu'il a voulu transmettre, puis d'en faire un étalage insultant en utilisant les formules les plus compliquées que vous puissiez trouver (exemple : utiliser le mot « exhaustif » au lieu de « complet », ou le mot « rédhibitoire » au lieu de « radical »). NB : la relecture et l'usage du dictionnaire sont recommandés.

  • La dérision : très répandue aussi, cette technique consiste à faire, cette fois-ci avec humour, l'inventaire des erreurs de votre proie/interlocuteur. NB : cette technique requiert une certaine créativité ainsi qu'une certaine réflexion. Si vous en manquez, la méthode précédente vous est plus appropriée.

Si l'interlocuteur se rebelle, il existe différents procédés pour le rembarrer :

  • Réappliquer la première méthode.

  • L'utilisation d'un moyen de pression extérieur au débat : très dissuasive, cette méthode consiste à menacer votre interlocuteur de mettre à exécution le pouvoir que vous confère la société (exemple : hiérarchie sur le lieu de travail, différente classe sociale).

  • La dérive du sujet : des plus efficaces, cette technique consiste à changer subtilement de sujet jusqu'à trouver un point où vous avez raison. Votre interlocuteur, obnubilé par l'envie de vous voir avoir tort, ne se rendra pas compte que la conversation dérive. Au moment propice, dites quelque chose dont la vérité ne fait aucun doute et prétendez que vous n'avez cessé de le dire depuis le début. NB : il est important de vous éloigner de votre interlocuteur avant qu'il ne se rende compte de la supercherie. Si jamais il revient plus tard sur le sujet, sortez-lui une phrase condescendante du style : « Encore ? Écoute, j'ai pas le temps, j'ai des choses plus importantes à faire. »

Les plus vicieux iront chercher tout ce qui peut être phénomène de mode, allant jusqu'à se forcer à écouter Christina Aguilera ou regarder la Star Academy afin de trouver des proies faciles.

En vérité, la liste des procédés que l'homme utilise pour gagner un débat ne cesse de s'allonger car il sait faire preuve d'une impressionnante capacité d'improvisation dès lors qu'il s'agit de s'attaquer aux autres. Cette faculté naturelle et abondante chez l'homme est plus communément appelée « connerie ».

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Mais aujourd'hui, il est temps de dire stop à tout ceci. Aujourd'hui, une association à but non lucratif, voire anti-lucratif, se dresse pour parer à cet impressionnant gaspillage d'énergie. Le fléau de notre société qu'est la belliqueuse nature humaine a enfin trouvé son moyen de contrôle : le Fight Serviette Club.

Comment fonctionne le Fight Serviette Club ?

Deux personnes en désaccord se munissent de serviettes enroulées. Agissant tour à tour, chaque personne fouette son adversaire à l'aide de la serviette avant de lui donner un argument en faveur de ce qu'elle avance. La serviette canalise la permanente tentative de domination qui existe entre les individus, ce qui leur permet désormais d'avoir des propos constructifs. La séance est terminée lorsque les personnes ont enfin trouvé un accord.

  • La première règle du Fight Serviette Club est : ce qui se passe dans le Fight Serviette Club n'a rien à voir avec ce qui se passe hors du Fight Serviette Club. Pendant un Fight Serviette Club, vous n'êtes pas votre job, vous n'êtes pas votre compte en banque.
  • La deuxième règle du Fight Serviette Club est : on discute tour à tour.
  • Deux personnes par combat.
  • Un combat à la fois.
  • Il est interdit d'esquiver.

Le Fight Serviette Club vient de réinventer la civilisation.

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Un divertissement pour les misanthropes

Mais l'essence du Fight Serviette Club ne se limite pas à un moyen simple de résolution de conflits. Au-delà de ses effets diplomatiques, le Fight Serviette Club prend une toute autre dimension lorsque les gens refusent de trouver un compromis rapidement : il devient un divertissement pour les misanthropes. On peut alors assister à du grand spectacle : vous n'imaginez pas à quel point il peut être réjouissant de voir deux abrutis s'obstiner à continuer de « débattre », grimaçants de douleur.

Dans certains combats, vous pouvez admirer d'impressionnantes démonstrations de stupidité. Attention, il ne s'agit pas ici du petit con de bas étage qui comprend assez vite que son intérêt est de terminer la discussion. Ici, nous avons affaire à des artistes de la connerie. Ce sont des combats dirigés par des maîtres en la matière, des gens exceptionnels, capables, le nez dans la merde, de vous sortir sans un clin d'œil un : « Non monsieur, ça sent mauvais, certes, ça sort de l'anus de ce chien, certes, mais ça ne prouve rien monsieur. »

C'est dans ce genre de débats que vous aurez peut-être la chance d'assister à des blessures au sang des plus attendrissantes.

Les limites du système

Il reste cependant au Fight Serviette Club quelques limites : la dextérité que cela prend pour utiliser correctement la serviette, le dopage de la serviette (mouiller le bout pour qu'il soit plus lourd), ou une insensibilité à la douleur chez certaines personnes dont la lenteur des neurones est telle que le message nerveux est plus diffus. Mais les résultats très prometteurs des premiers Fight Serviette Club nous encouragent vraiment à en améliorer les règles. Cette nouvelle forme de divertissement est pleine d'avenir. Gageons qu'elle aura très bientôt conquis le cœur des grands et des petits.

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chandlermbiing
chandlermbiing @chandlermbiing
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