Image 1
Buzz

Converser avec...

Un dialogue poétique où s'entrechoquent traumatisme, quête de sens et rencontre avec une voix mystérieuse. Une exploration brute de la souffrance.

As-tu aimé cet article ?

Image 1

– Pourquoi as-tu fait cela ?

– J'en avais besoin, envie. Comme la libération d'un enfermement qui depuis longtemps me condamnait.

– Dans quoi ?

– Une chambre forte. Ou un jardin, un escalier qui descend vers un potager de tomates. Fermé, aveugle.

– De quoi parles-tu ?

– De vécu.

– Mais encore ?

– De « mon » vécu. De ses conséquences destructrices et inconditionnelles sur une vie.

– Mais qui ? Où ? Quand ?

– Je ne sais, sais plus. Flou, sale. Un mec, des questions, des conditions, une bouche, du dégoût et de l'étonnement, une langue dans la mienne, cette bouche qui questionne et qui tète ; incompréhension. Comme bourré, troublé, brouillé.

– Et après ?

– Après, sanglot et renvois, matin, pleurs. Un truc qui monte en partant du haut du ventre vers la bouche, vers les yeux et les oreilles, mais surtout dans la gorge.

– Puis ?

– Un de ces matins, un petit déjeuner avec maman, je fonds, je lui raconte, elle ne réagit pas, ou si peu. Après, plus rien, gouffre sans fond. Métamorphose en bouc émissaire, sans amis, un collège chaotique. Puis un lycée et là, tout commence à changer. Le monde s'ouvre à moi, je le découvre. Je découvre les gens, je découvre les joies. Des autres, avec et envers ; celles de l'alcool, du shit ou de la beuh. Après quelques recherches, triage des gens.
Tu m'écoutes toujours ?

– Je suis tout ouïe. Continue.

– Continue quoi ? Une évolution ratée parce que perturbée...

– Et maintenant ?

– Maintenant quoi ? Maintenant qui ? J'en sais rien. Je tâtonne, je suis aveugle et je développe de ce fait mes pensées et mes réflexions. Mon regard et mes analyses...

– Difficile ?

– Nan, simple mais complexe. Pour ne plus subir ça, je bois, je fume et me détruis, petit à petit.

– Te faire aider ? Changer ?

– Je m'y mets. D'autres sont là et m'aident, reste à savoir lesquelles sont en position de m'aider. Et toi, qui es-tu ? Toi !

– Celui qui est.

– Mais encore ?

– Tu ne comprendrais pas.

– Qu'en sais-tu ?

– Je sais ce que je sais. Je vois et j'entends ce que j'observe et écoute. Je n'existe pas et pourtant tu me connais mieux que personne. Je ne suis pas là pour moi. Pour toi !

– Pour moi, qu'est-ce que moi ? Sinon le résultat d'espérances perdues ? Pourquoi es-tu là pour moi ? Et où es-tu d'abord ?

– Je suis là !

– Où ça ?

– Ici et là. Par là, par ici. Dans lui, dans elle, dans ça. Dans le vide, dans la chair et dans le bois, dans le sable et dans les étoiles. Dans l'eau et dans la pierre. Dans la fumée, dans l'encre et le papier. Je suis partout.
Je suis nulle part. Je suis le fruit de ta créativité. Je suis le résultat de tes attentes. Une voix d'homme ou de femme. Un sourire ou une larme. Une expression, une émotion. Un cri, un soulagement et un soupir. Immortel et inexistant, je suis visible et indescriptible. J'aveugle et j'éblouis ;
je touche et j'indiffère.
Comprends-tu ?

– Non, du tout...

– Incompréhensible, telle est la chose que je suis. Blanc, noir, rouge, or, gris, argent. Inaudible et assourdissant, je suis...

– Tu es... ?

– Je

– Tu

Aparté – Seul, plus là. Seul avec moi-même. L'autre est parti. L'autre qui n'est pas, qui n'a jamais été et qui ne sera jamais mais qui m'a toujours suivi, poussé. Ne m'a pas dit ; m'a tout et rien expliqué. Suis-je avancé ? Ai-je régressé ? Je ne sais. Je ne suis pas sûr de vraiment vouloir le savoir. Je ne sais jamais ce que je veux de toute façon. Petite constatation, il y a au moins 50 « JE » ici. Égoïste ? Devoir arrêter de parler, d'écrire, d'écouter, de penser.
Plénitude, convoitée et recherchée, je t'aime. Je t'adore.
Bonheur, inventé, vrai ou faux, réel ou artificiel, je te bénis.
Plaisir, corporel ou intellectuel, constamment à ta poursuite, quête d'une vie humaine, je te prie et te vénère, pour qu'en ces jours noirs tu viennes, illuminer mon espace, emplir ce silence lourd et pesant. De ta légèreté et de ton effet, viens m'envahir et m'enivrer pour qu'à jamais je vive, vraiment.

As-tu aimé cet article ?
cypri20
3 articles 0 abonnés

Commentaires (1)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires